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Malin Björk : "l'indépendance économique des femmes est accessoire, alors que pour nous c'est une question de vie ou de mort".

Actualité 09.03.2017

Le 8 mars a eu lieu la journée internationale des droits des femmes, l'occasion pour Toute l'Europe de dresser un bilan des avancées et des progrès qui attendent encore l'Union européenne pour faire face aux défis de l'égalité hommes-femmes. Rencontrée le 13 février lors de la session plénière du Parlement européen, Malin Björk, femme politique suédoise, députée européenne au sein de la GUE/NGL (gauche radicale) et membre de la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, a répondu à nos questions sur la situation actuelle des droits des femmes dans l'UE.

Egalité hommes femmes

Droits des femmes : quel bilan en Europe ?

Le 8 mars a lieu la Journée internationale des droits des femmes, le Parlement européen s'est donné comme objectif de faire passer le taux d'emploi des femmes de 65 à 75% en 2020. Va-t-on y arriver ? Qu'est ce qui nous y empêcherait ?

Malin Björk est une femme politique suédoise, députée européenne, membre du groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (gauche radicale) et de la Commission Femmes.
Avant d'entrer au Parlement européen, elle a travaillé pendant plusieurs années pour le lobby européen des femmes à Bruxelles, et s'est également engagée pour les droits des homosexuels et contre le racisme.

Malin Björk. Je dirais qu'il y a plusieurs choses qui pourraient l'empêcher mais j'en retiendrai deux. Il s'agit en premier lieu des politiques d'austérité, car elles compliquent la vie des femmes et notamment leur situation économique. Dans nos sociétés aux codes sociaux très ancrés, il y a un déséquilibre entre les responsabilités exercées par les hommes et les femmes, puisque les femmes se retrouvent souvent assignées à la prise en charge des enfants ou d'autres personnes en situation de dépendance comme les personnes âgées.

Deuxièmement, depuis 2000, nous avons des objectifs européens, mais nous n'avançons pas, où à peine. Le taux d'emploi des femmes ne peut pas augmenter si nous ne sommes pas capables d'assurer dans nos sociétés un bon accueil des enfants et une bonne prise en charge des soins pour les personnes dépendantes. Il faut absolument investir dans les crèches, les accueils extrascolaires. Pour que les femmes aient un accès plus égalitaire au marché du travail, il faut aussi que les hommes s'occupent davantage des enfants et pas seulement, qu'ils participent davantage aux tâches domestiques.

Le taux d'emploi des femmes a-t-il baissé à cause de la crise ?

Malin Björk. Je n'ai pas la réponse à cette question. Je dirais que cela dépend des pays. Je sais que la précarité des femmes a augmenté dans les pays les plus touchés par les politiques d'austérité de la Troïka. En Suède, le taux d'emploi des femmes n'a pas baissé, nous ne sommes pas tellement touchés par la crise. Il vaudrait mieux demander aux femmes portugaises, espagnoles et grecques. Mais il est vrai que les femmes sont surreprésentées dans les secteurs où le recours aux contrats précaires et au temps partiel est fréquent.

Trouvez-vous qu'il y a un manque de volonté au sein des institutions européennes et de certains Etats membres pour améliorer l'intégration des femmes dans l'économie?

Malin Björk. Le monde et l'Europe sont gouvernés par les hommes. Pour eux, l'indépendance économique des femmes est accessoire, alors que pour nous c'est une question de vie ou de mort.

Cette année, la journée internationale des droits des femmes est l’occasion pour Citoyennes pour l’Europe de mettre à l’honneur Salima Ghezali qui a reçu le prix Sakharov du Parlement Européen en 1997 pour sa défense militante des droits des femmes puis des droits de l’Homme et de la démocratie en Algérie.

Dans les pays nordiques, l'indépendance économique des femmes est ce qui permet l'épanouissement et la construction de rapports plus modernes, plus égalitaires et plus intéressants entre les hommes et les femmes. Il manque une volonté politique de la part de ceux qui décident et qui gouvernent.

Cela est certainement lié au fait que les femmes ne sont pas représentées correctement dans la prise de décision. Si nous avions 50% de femmes parmi les chefs d'Etat et de gouvernement, on parlerait d'autre chose, et je pense même qu'on parlerait différemment d'une question aussi cruciale que celle du terrorisme.

Au Parlement européen, la situation est certainement moins mauvaise que dans certains parlements ou gouvernement nationaux. Quel regard portez-vous sur cette institution et notamment sur la commission Femmes ?

Malin Björk. Il y a encore énormément de choses à faire. Ce qu'il faut ce sont des quotas : cela permettra de changer la situation un peu plus vite et nous évitera d'attendre trois ou quatre générations. Il faut les imposer pour les postes les plus hauts, au sein des institutions, des présidences et des vices-présidences du Parlement européen, ou dans le cabinet de M. Tajani [nouveau président du Parlement européen, ndlr] par exemple. Le groupe auquel j'appartiens [GUE/NGL, gauche radicale] est le seul à respecter la parité hommes/femmes au Parlement.


Quelles sont les grandes priorités de la commission Femmes du Parlement européen jusqu'à la fin 2019 ?

Malin Björk. Il y a les questions économiques, le combat contre les violences faites aux femmes, la question des droits sexuels reproductifs – dont le droit à l'avortement – l'éducation sexuelle ou encore les droits LGBT. Il y a une majorité progressiste dans la commission Femmes. On travaille aussi beaucoup sur les populations féminines minoritaires comme les femmes atteintes de handicap ou les demandeuses d'asile. Il y a une démarche sur le long terme, qui permet de développer une analyse sur certains sujets ainsi qu'une démarche à court terme, qui nous permet de répondre à des questions urgentes.

Subissez-vous l'action des lobbies qui pourraient avoir un impact négatif sur les textes que vous défendez ?

Malin Björk. Au niveau de la commission Femmes nous ne sommes pas auteurs de nombreuses législations. Cependant, dès que nous travaillons sur des textes, comme par exemple celui sur les discriminations dans l'accès aux biens et services, alors les groupes d'intérêt s'en mêlent. Dès que l'on touche à un marché, les lobbies sont présents. Sur la question des droits sexuels et reproductifs notamment et sur le droit à l'avortement, les droits LGBT, ou encore l'accès à une éducation sexuelle compréhensible, c'est le lobby des conservateurs qui intervient, celui des anti-choix, des fondamentalistes.

Nous avons vu que les droits sociaux et humains pouvaient reculer comme en Pologne ou en Espagne. En même temps on voit la Russie qui dépénalise les violences domestiques. Cela pourrait-il arriver en Europe ?

Malin Björk. L'Union européenne a démontré qu'elle ne jouait pas de rôle sérieux dans la protection des droits humains. Par exemple en Hongrie, l'Union européenne n'est pas intervenue alors que les droits de la presse étaient affaiblis. Il y a un réel risque en Europe de voir émerger des gouvernements avec un but autoritaire, patriarcal et paternaliste envers les femmes. Nous ne sommes absolument pas vaccinés contre cela.

Discuter avec ces Etats membres doit être difficile mais est-ce que vous parlez avec des partis nationaux ou des associations ?

Malin Björk. En Pologne il y a une mobilisation fantastique des femmes, c'est notamment grâce à elles que la partie la plus dure de la loi sur l'avortement, proposée par le gouvernement il y a quelques semaines, a été retirée. Sur les questions d'égalité hommes/femmes, il faut travailler avec un pied à l'intérieur du Parlement européen et un pied à l'extérieur. Ce n'est que quand ces dynamiques se rencontrent que l'on peut changer les choses. On ne peut pas avancer sans le soutien des associations ou des partis politique locaux.

On dit que la Suède est certainement l'un des meilleurs pays au monde vis-à-vis des femmes, êtes-vous d'accord avec cette idée ? 

Malin Björk. Au niveau des infrastructures ou de l'indépendance économique des femmes, nous faisons beaucoup de choses. Cependant nous devons être humbles et rester très ouverts à ce qui se passe dans d'autres pays afin de saisir les opportunités de nous améliorer. Je me suis engagée pour le droit des femmes, car il y a encore énormément de choses qui doivent changer.