Derniers articles publiés

Louis Chauvel : "La France est le pays qui est allé le plus loin dans le sacrifice de sa jeunesse"

Actualité 29.10.2007

Louis Chauvel est sociologue, professeur à Sciences-Po Paris. Ses travaux portent notamment sur les inégalités entre les générations. Touteleurope.fr l'a interrogé avant son intervention sur le thème "Inégalités, jusqu'où s'en iniquiéter ?", dans le cadre du séminaire organisé le Centre d'Analyse Stratégique et la Représentation en France de la Commission européenne.

 

 


La France et les autres pays d'Europe connaissent-ils les mêmes inégalités entre générations ?


Avec l'Italie et l'Espagne, la France est le pays qui est allé le plus loin dans le sacrifice de sa jeunesse. Lorsque l'on travaille sur des donnés telles que le niveau de salaire, l'évolution des chances d'accès à l'emploi, au logement, à l'indépendance familiale, les pays latins, dont al France, ont fait excessivement de mal à leur jeunesse lors du ralentissement économique.

A partir de la fin des années 70, les seniors, les gens qui étaient déjà en milieu de carrière ou installés dans la vie, ont continué leur trajectoire de mobilité sociale ascendante, avec des droits liés à l'ancienneté. Qui a payé pour leur bien-être ? Et bien ce sont les nouvelles générations, qui n'ont jamais pu rentrer décemment dans le monde du travail, comme les générations précédentes.

 

Pensez-vous que l'UE mette à mal le "modèle social français" ?

Je pense que cette vision là est trop simpliste, de part et d'autre du débat. Les questions sont très mal posées. L'Italie, l'Espagne, la France et un certain nombre d'autres pays sont marqués par un refus de considérer l'avenir. L'Europe peut apporter des solutions à nos difficultés de formalisation et de choix d'avenir. Mais, en même temps, l'Europe peut faire taire les capacités des nouvelles générations à exprimer une réelle nouveauté.

Ce que je crains, c'est que, de part et d'autre du débat, on refuse de prendre position par rapport à un vrai diagnostic de nos problèmes français. Cette question du diagnostic a complètement disparu derrière le fait de savoir s'il faut être pour ou contre l'Europe.

Je crois pour ma part qu'on peut avoir une Europe parfaite et excellente pour l'avenir des nouvelles générations, comme on peut avoir une Europe absolument ignoble. De même, nous pouvons avoir des proeuropéens et des anti-européens extrêmement responsables, qui nous permettent de mieux réfléchir sur les problèmes de l'avenir de la société française. Comme on peut avoir exactement le contraire, c'est-à-dire des gens engoncés dans la magnification d'un passé qui n'existe absolument plus, sauf dans la poche des seniors qui en bénéficient encore.