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Londres et l’UE : Cameron prépare son discours

Actualité 16.01.2013

C’est un discours "historique" qui aura lieu ce vendredi 18 à La Haye. Le Premier ministre britannique clarifiera, une fois pour toutes, le futur européen de son pays.  Pressé par les eurosceptiques du parti conservateur, David Cameron pourrait en effet demander une renégociation des conditions d’appartenance du Royaume à l’Union. Un geste qui pourrait empoisonner définitivement les relations entre Londres et Bruxelles.

Should I stay or should I go ?

Ce n’est pas la première fois que l’on se demande si la Grande-Bretagne finira par couper les ponts avec le continent. La dernière fois c’était il y a à peine un an : le 9 décembre 2011 le Royaume-Uni est alors le seul Etat membre à refuser la négociation d’un nouveau traité budgétaire, en obligeant ainsi les autres 26 (puis 25 avec la République tchèque) à passer de la méthode communautaire à la voie intergouvernementale.

Le véto sur le Pacte budgétaire est pourtant le dernier d’une longue liste de no anglais. Depuis son entrée dans la Communauté européenne en 1973, le Royaume Uni dit "non" au Système Monétaire Européen (SME) en 1979, à la Politique Agricole Commune (Margaret Thatcher obtient en 1984 un rabais sur la contribution britannique au budget européen) et, évidemment, à la monnaie unique en 1991.

Pendant ces 40 ans, Londres n’est pourtant jamais arrivé jusqu'à la menace  de quitter l’Union européenne. David Cameron est, à cet égard, le chef de gouvernement qui a donné le plus d’espace aux revendications des eurosceptiques, ces derniers lui demandant ouvertement d’organiser un référendum sur la présence du Royaume Uni dans le club européen.

L’UE vers un "Brexit"? Au plus tôt en 2015

"Exit ‘Grexit’, bonjour ‘Brexit’", écrit Sylvie Kauffmann sur Le Monde (édition de mardi 15 janvier). En effet, l’Union venait tout juste de rassurer les marchés sur le maintien de la Grèce dans la zone euro que, Outre-Manche, le Royaume-Uni menace de prendre le large. Cependant, le risque d’un "Brexit" est en réalité moins probable et, surtout, moins urgent.

David Cameron a effectivement plaidé pour un référendum sur la question, mais il ne l’envisage pas avant les élections de 2015. En outre, il a affirmé, lors d’une interview à la BBC lundi matin, que ce scrutin offrirait "un mauvais choix" aux Britanniques, étant donné que le Royaume-Uni "se porte mieux à l'intérieur de l'Union".

Mais alors que ces paroles ont sans aucun doute fait plaisir aux autres leaders européens, le Premier ministre britannique n’a pas tourné le dos aux eurosceptiques. La Grande-Bretagne "ne s'effondrerait pas" si elle devait quitter les 27, assure-t-il. Et, dans tous les cas, le Royaume restera dans le club seulement si un "nouveau contrat" est mis en place.

Que peut demander Cameron à La Haye ? S’il décide d’être le porte-parole des eurosceptiques, il pourrait exiger de Bruxelles le rapatriement de certaines compétences législatives, tout comme la réduction de la contribution britannique au budget européen. Dans ce cas, Cameron suivrait les opinions des cent députés Tories (un tiers des conservateurs) qui ont fondé le groupe "Fresh Start"("Nouveau Départ"). Dans leur manifeste, ceux-ci réclament entre autres la compétence législative nationale en matière d’emploi, d’affaires sociales et de justice, le blocage des lois sur les services financiers et la fin du déplacement mensuel du Parlement européen entre les sièges de Bruxelles et de Strasbourg.

Cette "négociation à la carte" dépend toutefois de l’accord des autres partenaires européens, qui n’ont pas hâte de rentrer dans ce type de discussions. En outre, la renégociation de l’appartenance de Londres à l’UE rouvrirait un front de crise en Europe, une situation qui pourrait nuire non seulement aux 27, mais également aux partenaires de l’Union, notamment aux Etats-Unis. Ainsi l’ambassadeur américain à Londres a cherché à modérer la position de Cameron : "Nous avons une relations croissante avec l’UE comme institution, qui a un rôle de plus en plus important dans le monde", a-t-il déclaré la semaine dernière, "et nous voulons voir une voix britannique forte dans l’UE. C’est dans l’intérêt des Etats-Unis".