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Libye : toujours pas de réponse européenne coordonnée

Actualité 15.03.2011

A l'heure où les forces kadhafistes continuent leur avancée vers l'Est libyen, afin de, selon les mots du colonel, "purger" le pays, les diplomaties occidentales ne sont toujours pas en mesure de s'accorder sur la posture à adopter. Sur les solutions qui circulent depuis la semaine dernière (bombardements, zone d'exclusion aérienne, fourniture d'armes à l'opposition), et malgré la réunion de nombreuses enceintes de décision (en particulier du G8 depuis hier), les Etats restent encore et toujours divisés.

Entre urgence et besoin de légitimité

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Entre Paris et Londres qui prônent le recours à une intervention armée, Berlin qui reste très réservée, Washington qui souhaite à tout prix éviter d'ajouter la Libye à la liste des conflits dans lesquels elle est engagée, la balance au sein des pays du G8 semble pencher en faveur d'un statu quo. "Pour l'instant, je ne les ai pas convaincus", a reconnu Alain Juppé ce matin, soulignant aussi que la communauté internationale avait "peut-être laissé passer une chance de rétablir la balance" en faveur des insurgés.

La Russie a elle aussi pris position lundi, interdisant la famille Kadhafi de séjour sur le territoire russe, et lui interdisant toute transaction financière.


C'est que, dans le camp de l'opposition libyenne, les positions n'ont pas été unanimes depuis le début de cette crise (qui dure depuis 29 jours), entre ceux qui voulaient à tout prix vaincre les forces de Kadhafi, quitte à faire appel à l'aide internationale, et ceux qui tenaient à mener ce combat seuls. Mais aujourd'hui, après le retournement de situation qui a fait prendre un très net avantage aux forces légitimistes, les rebelles ont clairement appelé la France, et avec elle le reste de l'Europe, à les soutenir par des bombardements.

La question de la légitimité d'une intervention étrangère continue de diviser les Européens. Pour le Président turc, par exemple, "ni le peuple, ni le gouvernement ni l'opposition en Libye ne veulent d'une force étrangère dans le pays". Il a insisté sur le caractère indispensable d'une résolution de l'ONU, conférant une "légitimité internationale", avant toute action, contrairement à ce qu'avait pu sous-entendre la France, par exemple.

Dans cette même optique, les membres du G8 se sont au moins accordés sur la nécessité d'associer la Ligue Arabe à toutes leurs décisions. Ainsi Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a-t-elle rencontré le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pour évoquer la tenue éventuelle d'un sommet réunissant également les pays africains.

Or la Ligue avait écarté ce week-end l'idée d'une intervention militaire. En revanche, elle avait préconisé la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne afin d'empêcher l'aviation libyenne de bombarder les insurgés. Mais sur ces deux éléments, et bien qu'employant par ailleurs des termes assez sévères, le communiqué final du G8 ne prévoit rien.

Dans un entretien accordé au quotidien italien Il Giornale, le colonel Kadhafi a indiqué que la communauté internationale "ne sait pas ce qui se passe vraiment en Libye". "Le peuple est avec moi, le reste n'est que propagande", a-t-il déclaré. Il a également manifesté sa déception vis-à-vis de Berlusconi, avec qui il était ami jusqu'à ce que celui-ci rompe tout contact : "Je suis tellement choqué, je me sens trahi, je ne sais pas quoi dire à Berlusconi".

D'autres formes d'intervention

C'est pourquoi une autre solution circule, proposée par le Foreign Office britannique par la voix de son chef, William Hague : fournir des armes aux insurgés, pour apporter son soutien sans avoir à intervenir directement. Cette solution n'a été écartée par personne, mais aucun accord n'a encore été trouvé.

Une autre forme d'intervention dont les Etats commencent à discuter est l'aide humanitaire. Sur cet aspect, l'Italie a mis en avant le fait qu'elle était la seule à aider les Tunisiens après leur révolution, et a encouragé ses partenaires à se mobiliser pour la Libye.

En revanche, les Italiens ont également bloqué l'accès à leurs eaux d'un ferry transportant 1 850 personnes, essentiellement des Marocains fuyant les combats libyens. Un geste qui n'a pas plu à la Commission européenne, qui a exhorté les autorités à vérifier si certaines personnes à son bord pouvaient bénéficier du statut de réfugiés, et être, à ce titre, protégées en Europe.


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