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Libéralisme, privatisations et rigueur au Royaume-Uni

Actualité 03.04.2012

Depuis son arrivée au 10 Downing Street, David Cameron a fait de la réduction du déficit public britannique son premier cheval de bataille. George Osborne, Chancelier de l'Echiquier, a présenté le 21 mars un budget de rigueur faisant la part belle à la réduction des dépenses publiques et aux réformes "pro-business". Si le pays semble maintenir sa confiance en le gouvernement, les mesures favorisant les plus riches et la finance provoquent des remous et pourraient écorner l'image du Premier ministre.

Réduire le déficit et la dette

Le déficit public britannique a atteint 8,3 % du PIB en 2012, tandis que la dette représente 67% du PIB. Le gouvernement de David Cameron, élu en 2010 et gouvernant avec les libéraux-démocrates, fait front commun dans l'assainissement des comptes publics et s'est fixé comme objectif de retrouver l'équilibre à l'horizon 2017. Pour mener à bien cet engagement, George Osborne a multiplié les projets de réforme ces dernières semaines, jouant sur la fiscalité et se montrant favorable aux privatisations.

George Osborne (notre photo), 40 ans, est membre du Parlement britannique depuis 2001. Chargé des Finances au sein de l'Opposition entre 2005 et 2010, David Cameron lui renouvèle sa confiance lors de l'élection des conservateurs en mai 2010. Chancelier de l'Echiquier, il est l'une des personnalités les plus importantes du gouvernement de David Cameron.


La réduction de la dette britannique fait également partie des priorités du Premier ministre et du Chancelier de l'Echiquier. A cet égard, M. Osborne envisage d'émettre des obligations à cent ans, voire à perpétuité afin de profiter de taux d'intérêt exceptionnellement bas et ainsi pouvoir financer la dette souveraine à un prix très modéré. Pour réaliser une telle opération, Londres compte sur les fonds de pension et sur les caisses de retraites, mais ces derniers ont souffert de la crise. De plus, le Royaume-Uni doit également composer avec la récente dégradation de sa note par l'agence de notation Fitch qui a jugé ses perspectives "négatives". A terme, le pays pourrait en effet perdre son "AAA" ce qui aurait de graves conséquences considérant l'importance des investissements étrangers.

 

Une nouvelle vague de privatisations

Avec la présentation du budget pour l'exercice 2012-2013, le parallèle a pu être fait entre la politique actuelle et celle qui avait prévalu durant les années au pouvoir de Margaret Thatcher, partisane du libéralisme économique. En effet, George Osborne a annoncé le lancement de la plus importante vague de privatisations depuis celle des chemins de fer en 1993. Le gouvernement évalue actuellement la possibilité de moderniser le réseau routier britannique par le biais de fonds privés. De fait, les autoroutes britanniques sont engorgées et nécessitent d'importants travaux d'infrastructures dont la facture est de l'ordre de 20 milliards de livres (environ 24 milliards d'euros). De cette manière, les 3% des routes les plus fréquentées du pays seraient confiées en concession à des entreprises privées. Ces dernières recevraient en échange une partie de la taxe sur les véhicules.

Autre projet de privatisation : celui du Royal Mail – la poste britannique. A l'étude des différents gouvernements conservateurs et travaillistes ces dernières années, le Royal Mail pourrait connaitre une introduction en bourse en 2013 ou une vente à un groupe privé. La valeur du Royal Mail est évaluée entre 3 et 4 milliards de livres (3,5 et 4,8 milliards d'euros). Les syndicats se sont d'ores et déjà déclarés en désaccord avec cette réforme.

 

Une politique fiscale impopulaire

Au-delà de la proposition relative aux obligations de long terme et des privatisations, le gouvernement risque de rencontrer des blocages avec sa politique fiscale. George Osborne propose en effet de baisser l'impôt sur le revenu pour les Britanniques gagnant plus de 150 000 livres (180 000 euros) par an. Leur taux d'imposition, de 50% depuis le passage de Gordon Brown à Downing Street, passerait à 45% en 2012 et à 40% en 2013. Accusé de privilégier les plus riches, le Chancelier de l'Echiquier Osborne a assuré que ce taux, "le plus élevé des pays développés, fait du tort à l'économie britannique et handicape sa compétitivité, tout en ne rapportant presque rien au budget de l'Etat". Ed Miliband, chef de l'Opposition, n'a pas manqué de rappeler au gouvernement l'iniquité de cette mesure alors que ce dernier avait déclaré que tous les Britanniques se trouvaient "dans le même bateau" en ce qui concerne l'effort de rigueur. A noter également la hausse de la TVA à 20%, taxe touchant tous les contribuables sans tenir compte du niveau de revenu.

A cette réduction d'impôts pour les plus riches, s'ajoute la baisse immédiate de l'impôt sur les sociétés. Passant de 26 à 24% en avril 2012, elle devrait s'élever à 22% d'ici 2014. De plus, le gouvernement milite en faveur de la régionalisation des salaires des fonctionnaires, afin d'indexer les rémunérations sur le niveau de vie des régions. D'après George Osborne, dans certaines régions, les entreprises privées ne recrutent plus car elles ne parviennent pas à s'aligner sur les rémunérations dans le service public. Cette annonce a entrainé une levée de bouclier de la part des syndicats, dénonçant l'accroissement de la fracture nord/sud au Royaume-Uni.

Pour compenser ces mesures favorables aux investisseurs étrangers et aux entreprises, le gouvernement a annoncé une chasse à l'évasion fiscale, s'adressant notamment aux célébrités, et une augmentation de la taxe immobilière. En outre, le seuil en-deçà duquel les Britanniques ne sont pas imposés devrait être également augmenté.

Dernière source d'inquiétude pour David Cameron : la hausse de la fiscalité portant sur les retraités. Baptisée "taxe grand-mère", cette mesure vise à récolter 1,2 milliard de livres d'ici à 2017. Si la perte pour les retraités ne devrait pas excéder 0,25% des revenus, soit entre 83 et 323 livres (100 à 390 euros), cette taxe impopulaire représente un risque électoral pour le parti conservateur qui compte traditionnellement sur le vote des séniors.