Derniers articles publiés

Les sanctions de l'UE contre les dirigeants iraniens vont dans le bon sens pour les opposants

Actualité 14.04.2011

Mardi 12 avril, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont décidé de geler les avoirs et interdire de visa plusieurs responsables iraniens. Toute l'Europe a interrogé à ce sujet Yashar Mohtashem, membre du Comité indépendant contre la Répression des Citoyens iraniens (Where is my vote), branche proche du mouvement vert en Iran.


Touteleurope.eu : L'Union européenne vient de geler les avoirs et interdire de visas 32 responsables iraniens pour leur implication dans la violation des droits de l'Homme dans leur pays. Est-ce que cela va dans le bon sens ?

Les ministres européens se sont dits "profondément préoccupés du fait que la situation des droits de l'Homme continue à se détériorer" en Iran avec "l'augmentation importante des exécutions ces derniers mois et la répression systématique à l'encontre de citoyens iraniens, parmi lesquels des défenseurs des droits de l'Homme, des avocats, des journalistes, des militants des droits de la femme, des bloggeurs, des personnes appartenant à des minorités ethniques et religieuses et des membres de l'opposition" a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague.


Yashar Mohtashem:
Le mois dernier à Genève devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi avait préparé une liste de 80 noms de personnalités iraniennes qui avaient participé activement à la répression de 2009 justement pour cela. Les Etats-Unis avaient commencé par prendre des sanctions contre huit des dirigeants iraniens.

Cette décision européenne va exactement dans le sens des demandes que nous faisions. Ce qui a fait bouger les choses, c'est la mort sous la torture de deux jeunes prisonniers politiques : Yavar Khodadouft et Hagi Aravand. Leurs familles subissent toujours des pressions pour qu'elles retirent leur plainte et ainsi empêcher toute enquête publique sur leur mort.

Touteleurope.eu : Est-ce que ce type de mesures peut avoir un impact sur le régime iranien ?

Yashar Mohtashem: Vu la propagande sur les organes officiels du régime depuis deux jours sur ce sujet, je dirais que ces mesures ont atteint leur objectif... même si d'après le discours officiel ces dirigeants n'auraient pas d'avoirs à l'étranger et n'auraient pas envie de voyager sur "les terres des incroyants".

Aujourd'hui, l'équivalent du Garde des sceaux iranien a déclaré que cette décision était illégale, le président Amadinedjad y a fait aussi allusion dans un communiqué... ce qui montre que cela les touche effectivement.

Touteleurope.eu: Est-ce important que ces sanctions visent précisément les dirigeants iraniens et non l'Iran dans son ensemble (et donc ses institutions) ?

Yashar Mohtashem: C'est toujours délicat. Quand on a interdit aux banques iraniennes de faire des transferts de fonds, cela a quelque part mis en difficulté le régime, mais les parents ne pouvaient plus également envoyer de l'argent à leurs enfants faisant des études à l'étranger. Ce sont les responsables du régime qui sont ici touchés. C'est bien entendu plus intéressant que quand l'ensemble de la population souffre de ces sanctions.

Les principales compagnies pétrolières occidentales ont progressivement cessé depuis l'automne dernier de ravitailler les appareils iraniens dans les aéroports européens, conséquence du contentieux sur le nucléaire. Cet embargo oblige les avions iraniens desservant les principales capitales européennes à effectuer une escale technique à Prague ou Budapest où opèrent des pétroliers russes.



Touteleurope.eu: L'Iran vient de prendre des mesures de rétorsion en cessant le ravitaillement des avions européens. Est-un bon type de contre-feux allumé par le régime pour souder la population contre l'Occident ?



Yashar Mohtashem:
Il y a une telle méfiance de la population iranienne envers le régime.... une expression en persan dit "quand ils disent que le yaourt est blanc, on peut être sûr que le yaourt est noir". Les Iraniens savent que c'est un régime fondé sur le mensonge. Le coup d'Etat électoral de 2009, comme nous l'appelons, a vraiment été le summum de ce mensonge étatique qui dure depuis trente ans.


Touteleurope.eu : Peut-il y avoir une révolution en Iran sur le même mode que ce qu’il s’est passé dans les pays arabes en 2011 ? Le mouvement vert s'est-il essoufflé ?


Yashar Mohtashem: L’une des différences entre les mouvements dans les pays arabes et du Moyen-Orient et ce qu'il s'est passé en Iran, c'est que notre révolution a été faite il y a trente ans. L'idée d'un changement radical n'a jamais fait partie de nos mots d'ordre. Les élections de 2009 ont parfaitement démontré une volonté dans l'ensemble de la population iranienne d'aller plutôt vers des réformes et non vers un affrontement direct et radical vers le régime.

Les Iraniens sont plutôt dans une optique de changements progressifs vers la démocratie. Nous ne nous attendons pas à un départ à la Ben Ali. Notre révolution nous l'avons déjà vécu et que nous savons que ce changement du jour au lendemain a un prix à payer… que nous remboursons encore aujourd'hui.

Les manifestations en soutien aux peuples arabes ont été très largement suivies et pas uniquement dans la capitale mais dans beaucoup de villes de province. Les différentes autres formes de manifestation continuent. C'est le cas des cris de "Allah Akhbar" sur les toits des immeubles la nuit à Téhéran. La quantité de slogans écrits contre le régime sur les billets de banque a été telle que l'Iran a été obligée de réimprimer 40% de ses billets en circulation !

 

En savoir plus:

les conclusions du Conseil des ministres des affaires étrangères [en] - Concilium

Dentelles et tchador - le blog du journaliste franco-iranien Armin Arefi

L'action extérieure de l'Union européenne - Toute l'Europe