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Les réseaux sociaux sont-ils l'avenir de la sphère publique européenne ?

Actualité 17.01.2011

Blogueurs, politiques, institutions, lobbyistes, citoyens et médias étaient tous réunis le 12 janvier à Bruxelles par Lo spazio della politica et les Euros du village pour réfléchir aux réseaux sociaux et à l'avenir de la sphère publique européenne. Partenaire média de cet événement, Toute l'Europe vous présente un résumé des débats de "Butterfly Europe" sur l'état des lieux et l'avenir du web politique en Europe.

 

Les Blogs vs les réseaux sociaux : les gagnants et les perdants en 2010

L'utilisation des réseaux sociaux par les parlementaires européens a doublé en 2010 selon le nouveau rapport de Digital Europe présenté par Steffan Thejll-Moller. Cette intensification de l'usage des réseaux sociaux par les politiques européens s'est accompagnée d'une baisse de l'activité sur les blogs : une question de temps et de disponibilité pour les députés. L'activité sur les réseaux sociaux est moins chronophage pour les députés par rapport à un blog qui demande plus d'effort pour garder un rythme de publication soutenu. Pour communiquer leur action aux citoyens, les politiques préfèrent aller à leur rencontre sur les réseaux sociaux car, comme l'a expliqué Alexander Alvaro, député européen allemand, "il est très difficile d'attirer des lecteurs vers des blogs politiques".

Toutefois, selon Steffan Thejll-Moller, consultant en communication, le fond ne remplace pas la forme. Le récit ou la qualité des articles est le facteur le plus important pour la réussite de la communication politique d'un député. "Même si les réseaux sociaux ont le vent en poupe, certains députés européens préfèrent toujours les blogs", affirme-t-il. "S'ils cherchent à influencer et à faire passer des messages, un blog peut être un réel atout, alors que les réseaux sociaux sont plus efficaces pour dialoguer avec le grand public" explique M. Thejll-Moller.

Les députés 2.0 témoignent


Très présents lors de ce colloque, les députés européens - français, néerlandais, italien et allemand - sont venus témoigner sur leur pratique des nouveaux outils. Pour M. Alvaro, il est très important que le député trouve le temps de gérer sa propre communication sur les réseaux sociaux. "Il faut que vos propos reflètent vos opinions, cette tâche ne peut pas être déléguée aux assistants. On peut créer un dialogue direct avec le citoyen sur les réseaux sociaux, récolter leur avis sur un sujet, voir s'ils "aiment" ou pas une proposition ou une idée".

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Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue le fait que les internautes ne soient pas nécessairement représentatifs de la société européenne dans sa globalité, souligne Marietje Schaake, la "reine de Twitter" au Parlement européen. Pour Mme Schaake, Twitter est une source importante d'informations. Grâce aux "tweets" de ses contacts en Tunisie, elle a pu suivre très tôt les manifestations et en faire un des premiers articles dans la presse néerlandaise.  "La Tunisie était déjà très présente sur twitter il y a trois semaines !". Pour elle, l'internet est un moyen dynamique d'apprendre et de partager avec les autres.

Qu'en est-il de la diversité linguistique sur les réseaux sociaux ? Les députés conviennent qu'ils alternent entre leur langue maternelle et l'anglais selon les sujets. Sur des questions de politiques européennes pour toucher les plus de personnes possibles ils choisissent le plus souvent cependant de dialoguer en anglais.

Quel impact sur la vie politique ?

"Les idées se répandent de plus en plus vite, le dialogue est plus rapide et du coup la politique change" nous explique M. Alvaro. D'après les intervenants, il existe une démarcation entre les conservateurs et les progressistes au Parlement quant à leur usage des nouveaux outils du web. Certains suggèrent même, un peu injustement, que ce serait une question d'âge, les députés de moins de 40 étant plus adeptes des nouveaux médias.

Un dernier clivage politique sur les réseaux sociaux a été signalé, celui des partis minoritaires. Les nouveaux médias sont une aubaine pour les députés des partis des deux extrêmes du spectre politique, souvent absents des grands médias, en leur donnant accès à un mode de diffusion de masse. Marie-Christine Vergiat insiste sur l'importance de Facebook pour sa communication avec ses sympathisants et pour rendre compte de son mandat auprès des électeurs de sa grande circonscription du Sud-Est. Elle préfère le contact privilégié avec ses "amis / soutiens" via Facebook et refuse de créer une "page fans" pour cette raison.  

Les institutions s'emparent des nouveaux médias

Que de mieux pour constater la progression des réseaux sociaux dans la sphère européenne qu'un tour d'horizon des chiffres du site du Parlement européen lui-même ? 60% des députés européens sont présents sur les réseaux sociaux et, au total, les députés européens comptabilisent 900 000 fans à eux tous sur Facebook. La page du Parlement européen a recueilli 100 000 fans.  Moins connu du grand public, mais en forte progression, 215 000 personnes suivent l'activité des députés sur Twitter, le site de micro-blogging.

Ces nouvelles technologies semblent rapprocher les députés des citoyens et insuffler un plus grand désir de participation à la politique européenne. Les prochaines élections seront cependant le vrai test de leur impact. Marietje Schaake prévient que les "tortues" vont profiter de leur travail en amont sur les réseaux sociaux. Il n'est pas possible, selon elle, de créer une présence sur le web en quelques semaines. Alexander Alvaro la rejoint sur ce point, les réseaux sociaux joueront un rôle majeur lors des prochaines élections. Rendez-vous sur Facebook et Twitter en 2014 pour connaître la suite.  


En savoir plus :

Butterfly Europe - site de l'événement

Lo Spazio della politica

La sphère publique européenne passera-t-elle par Facebook ? - Parlement européen 

Les Euros du Village