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Les Françaises dans la construction européenne

Actualité 07.03.2007

Ces Françaises qui ont fait l'Europe - © Louis Audibert, 2007 Yves Denéchère, professeur d'histoire contemporaine et spécialiste des femmes dans les relations internationales, consacre un ouvrage au rôle des Françaises dans la construction européenne. Il ouvre son propos sur le constat suivant : "l'Europe n'a que des "pères fondateurs". Parmi eux, "pas de femmes", et pour cause : "elles n'ont dans les années 1940 et 1950, aucune place dans la vie politique nationale des six Etats fondateurs".

Le Parlement européen investi par les femmes

Les premières élections européennes au suffrage universel, en 1979, "constituent pour les femmes une occasion unique d'accéder à la politique". Simone Veil est désignée tête de liste de l'UDF, Louise Weiss, "caution européenne de Jacques Chirac", est 5ème sur la liste du RPR qui comporte 12 femmes, tandis que les femmes socialistes, dont Edith Cresson, obtiennent, grâce à leur combat, 30 % des places sur la liste du PS dirigée par François Mitterrand. "L'élection européenne est un événement pour les femmes", qui n'ont jamais été aussi nombreuses à se présenter à un suffrage populaire : 226 pour 891 candidats. Louise Weiss préside la première réunion du Parlement élu, dont elle prononce le discours "historique" d'ouverture, tandis que Simone Veil est élue présidente de l'assemblée.

Les élections successives au Parlement de Strasbourg sont l'occasion pour l'auteur de décrire le renforcement de la position des femmes au sein de l'assemblée européenne et l'établissement progressif de la parité. Les eurodéputées représentent aujourd'hui 40 % des élus européens.

Les femmes au coeur de la politique européenne de la France

L'ouverture aux femmes des gouvernements français, à partir du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, va leur permettre de s'occuper directement de la politique européenne de la France. L'auteur souligne le rôle prépondérant mais méconnu de Catherine Lalumière, collaboratrice de Roland Dumas, dans les négociations d'adhésion des pays ibériques et la préparation de l'Acte unique. Cette expérience illustre, selon Yves Denéchère, un constat général : "les Françaises qui ont fait l'Europe sont mal connues".

En 1987, Edith Cresson devient ministre "plein" des Affaires européennes. Sachant sa marge de manoeuvre limitée au sein de gouvernement Rocard, elle cherche à affirmer le rôle du ministère des Affaires européennes par rapport au ministère des Affaires étrangères et se montre omniprésente sur de nombreux dossiers. Elle avouera au moment de sa démission : "je me faisais taper dessus de tous les côtés".

Avec Elisabeth Guigou, l'auteur décrit un autre parcours de femme, celui de la "boîte à idées" de Mitterrand pour l'Europe, "passée de l'ombre à la lumière". Conseillère technique à la présidence de la République, puis Secrétaire générale du SGCI avant d'accéder au ministère des Affaires européennes, elle joue un rôle prépondérant, à la fois dans la marche vers l'Union économique et monétaire et dans les négociations du Traité de Maastricht.

Des femmes "condamnées à l'excellence" ?

L'auteur évoque enfin les fonctions occupées par Edith Cresson à Bruxelles entre 1995 à 1999, au poste de Commissaire européen chargé de la Science, de la Recherche, de l'Education et de la Jeunesse. Pour Yves Denéchère, les événements qui ont conduit à la démission de la Commission Santer ont fait oublier l'action d'Edith Cresson, qui fut la principale accusée lors du scandale de malversation financière qui toucha alors l'exécutif européen. L'auteur se demande si cet épisode n'illustre pas le traitement particulier des femmes en politique, "condamnées à l'excellence".


Yves Denéchère, Ces Françaises qui ont fait l'Europe, Louis Audibert, 2007