Derniers articles publiés

Les droites souverainistes et extrémistes à l’assaut du Parlement européen

Actualité 07.05.2014

C’est la chronique d’un succès annoncé. Celui des droites souverainistes et des extrême-droites européennes. France, Royaume-Uni, Autriche, Pays-Bas, Belgique, Italie, Grèce, Hongrie, ou encore Bulgarie : la poussée de ces partis n’est pas un cas isolé. Toutefois, une fois que les résultats du 25 mai seront tombés, l’épineuse question de la constitution d’une ou plusieurs alliances se présentera. Des jalons ont d’ores et déjà été posés, mais l’hétérogénéité des partis s’annonce comme un obstacle de taille.

Marine Le Pen au Parlement européen

Nigel Farage et Nicolas Dupont-Aignan pour redonner le pouvoir aux nations

A l’heure actuelle, les droites souverainistes et extrémistes européennes ne disposent pas d’un poids conséquent au Parlement européen. En effet, lors des élections de 2009, un parti comme le Front national n’avait obtenu que 6,34 % des suffrages à l’échelle nationale et 3 sièges d’eurodéputés. Il n’y a guère que le UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui peut aujourd’hui s’appuyer sur un socle électoral d’ores et déjà significatif pour la campagne 2014. En 2009, le parti dirigé par Nigel Farage avait obtenu 13 sièges, arrivant en deuxième position, juste derrière les Conservateurs. 

En cinq ans, le discours de M. Farage ne s’est pas infléchi. A en croire les affiches de campagne du UKIP, affirmant que la libre circulation des travailleurs européens est responsable du chômage britannique, il s’est même radicalisé. A la faveur d’un taux de popularité en hausse, le parti souverainiste pourrait arriver en tête au Royaume-Uni, devant les Conservateurs, les Travaillistes et les Libéraux Démocrates. Son influence croissante a même pu inciter le Premier ministre David Cameron à organiser un référendum sur l’avenir du pays dans l’Union européenne. A ses côtés, le leader du UKIP peut compter sur le soutien de Nicolas Dupont-Aignan et de son parti, Debout la République, dont le programme est très similaire. Son but : "rapatrier 80 % des pouvoirs vers la nation : la loi, la frontière, la monnaie, le budget".

Marine Le Pen à la recherche d’une alliance

Approché par le Front national, Nigel Farage a souhaité ne pas donner suite, considérant qu’une telle alliance porterait atteinte à ses résultats et le ferait entrer parmi les partis d’extrême-droite, potentiellement anti-démocratiques et racistes. Pourtant, les programmes du UKIP et de Debout la République, même s’ils s’en défendent, ne sont pas totalement opposés à celui de Marine Le Pen. Le Front national fait en effet campagne sur les thèmes du rejet de l’Europe, jugée libérale et technocratique, de la sortie de l’euro et du rétablissement des frontières. Et à l’image du UKIP, le Front national a le vent en poupe. S’appuyant sur son succès lors des élections municipales, le parti pourrait lui-aussi arriver en tête dans plusieurs circonscriptions (nord-ouest, grand est et sud-est), voire à l’échelle nationale. Les dissensions internes à l’UMP et la forte érosion de la popularité de la majorité présidentielle lui servant de terreau favorable.

Obtenir un nombre important de sièges au Parlement européen semble donc acquis. L’enjeu, tant pour la droite souverainiste que pour l’extrême droite, est désormais de préparer la constitution de groupes parlementaires. Pour ce faire, le regroupement d’un minimum de 25 eurodéputés, issus d’au moins 7 Etats membres différents, est requis pour avoir accès à ce statut, donnant droit à une importante manne financière et à une visibilité accrue lors des sessions plénières.

Dans cette optique, si Marine Le Pen a échoué à se rapprocher de Nigel Farage, la dirigeante du Front National se trouve néanmoins en discussions avancées avec plusieurs formations d’extrême droite. C’est notamment le cas avec le Parti de la liberté autrichien : son principal stratège, Andreas Mölzer, a récemment été évincé de la campagne en raison de propos racistes, mais a eu l’opportunité de jeter les bases d’un vaste accord avec Marine Le Pen ou encore le Néerlandais Geert Wilders. Dirigeant du Parti pour la liberté hollandais, M. Wilders a lui-aussi fait l’objet d’une importante controverse en raison de déclarations racistes à l’encontre de la communauté marocaine au Pays-Bas, qu’il préfèrerait moins nombreuse. Associés aux Démocrates suédois, au Vlaams Belang belge ou encore à la Ligue du Nord italienne, ces trois partis devraient aisément atteindre le seuil de 25 députés.

Une cohabitation idéologique peut-être impossible

Toutefois, il est probable que la conquête du pouvoir sera plus aisée que son exercice pour l’ensemble de ses partis. Car même en cas de constitution d’un ou plusieurs groupes parlementaires, leur alliance ne sera pas tant idéologique que technique. Leurs programmes et ambitions étant extrêmement disparates, il leur sera probablement difficile de peser réellement sur les débats et de s’entendre pour proposer ou amender des textes. Ces partis ne sont pas familiers de la culture du compromis régnant à Strasbourg et Bruxelles, et ne sont pas non plus réputés pour leur assiduité en commission parlementaire, lieu où la teneur des lois se décide. Leur cohabitation s’annonce par conséquent difficile, pour ne pas dire houleuse. D’autant que leurs électorats nationaux respectifs ne sont pas toujours similaires. Le Front national lutte par exemple ouvertement contre le communautarisme et ne fait pas mention d’un rejet de l’islam ou du judaïsme dans son argumentaire. Ce qui n’est pas le cas du Parti pour la liberté de Geert Wilders ou, à plus forte raison, de partis comme le Jobbik hongrois ou l’Aube dorée grecque, avec qui toute discussion semble, a priori, impossible.

Au lendemain du 25 mai, le Parlement européen intègrera un nombre croissant d’eurodéputés souverainistes, anti-européens voire fascisants. Mais si leur victoire semble assurée, reste l’inconnue de leur organisation et donc de leur poids réel dans le fonctionnement de l’institution.