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Les dix Européennes à suivre en 2018

Actualité 12.03.2018 Camille Richir (dirigé par Jules Lastennet)

Elles sont cheffes de parti ou de gouvernement, députées ou commissaires européennes. Surtout, leurs prises de position pourraient bien changer le cours de la politique européenne dans les mois à venir. À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Toute l'Europe a sélectionné dix Européennes à suivre pendant l'année 2018. 

Margrethe Vestager, Soraya Saenz de Santamaria, Emma Bonino

De gauche à droite : Margrethe Vestager, Soraya Saenz de Santamaria et Emma Bonino

Parmi les Européennes à l'influence mondiale, il y a celles dont les visages apparaissent quasi-quotidiennement sur les écrans de télévision : la chancelière allemande Angela Merkel, la Première ministre britannique Theresa May, ou encore la Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini. Et puis il y a les autres, moins célèbres hors des frontières de leur pays. Cheffes de gouvernement, commissaires européennes, eurodéputées, cheffes de parti, elles figurent pourtant parmi les personnalités les plus puissantes d'Europe.

Emma Bonino, bastion européen de la politique italienne

Emma Bonino

Crédits : Francesco Pierantoni

Le Financial Times la qualifie de "figure légendaire" de la politique italienne. Aujourd'hui âgée de 69 ans, elle fut tour à tour militante pour le droit à l'avortement (lui valant trois semaines de prison), député européenne, commissaire européenne et ministre des Affaires étrangères. En 2015, elle annonce être atteinte d'un cancer du poumon. Depuis sa guérison un an plus tard, elle se fait une fervente avocate du droit des migrants.

"Cessez de m'aimer autant et votez plus pour moi"

Deuxième personnalité politique préférée des Italiens, elle se lance en 2017 dans la campagne pour les législatives italiennes. En novembre, elle crée sa propre formation européiste, "+ Europa", et vise une entrée au Parlement italien lors des élections du 4 mars 2018. Sa popularité ne s'est pourtant pas totalement traduite dans les urnes : si elle a été élue sénatrice à l'issue du scrutin et fera donc partie de l'opposition, + Europa n'est pas parvenu à atteindre le seuil des 3% pour entrer au Parlement.

Laura Codruța Kövesi, figure de l'anticorruption roumaine

Laura Codruța Kövesi

Crédits : Cristian Tudor Popescu, Youtube

On la décrit souvent comme "adulée" des Roumains. Probablement un peu moins de la frange politique corrompue du pays. Car depuis sa nomination comme procureure générale de la direction nationale anticorruption du pays (DNA), ce sont plus de 2 000 personnalités politiques et fonctionnaires corrompus qui ont été jugés coupables par ses services, dont l'ex-Premier ministre Victor Ponta, alors qu'il était en exercice. 

"La corruption est quelque chose de révoltant et elle constitue un risque majeur pour le système judiciaire"

Malgré cette popularité, la DNA subit des attaques sans précédent depuis 2017. Celles-ci viennent particulièrement du Parti-social démocrate roumain au pouvoir (PSD), dont nombre de hauts dirigeants sont accusés ou condamnés pour corruption. La dernière tentative de déstabilisation  date de février 2018, lorsque le ministre de la Justice (PSD) a réclamé la destitution de Laura Codruța Kövesi. Des milliers de Roumains sont alors descendus dans les rues de Bucarest en protestation. A la suite des manifestations, le président Klaus Iohannis en personne a pris position en sa faveur.

Ada Colau, maire d'une Barcelone entre Catalogne et Espagne

Ada Colau

Crédits : Ajuntament Barcelona

Lors de la crise économique en Espagne, Ada Colau fut d'abord une militante contre les expulsions de propriétaires surendettés. A Barcelone, ses promesses de démocratie participative et de rétablissement des services publics balayés par l'austérité la hissent à la tête de la municipalité en 2015. 

Le défi est alors double : maintenir la stature internationale d'une ville figurant parmi les plus innovantes au monde, tout en gérant la crise catalane dont Barcelone est bien entendu l'épicentre. Ainsi depuis son élection, Ada Colau ne cesse de jouer les équilibristes entre son refus de l'indépendance et la défense du "droit à décider" des Catalans. Une position de plus en plus difficile à maintenir à mesure que la crise s'enlise.

Mariya Gabriel, cheffe d'orchestre du marché unique numérique

Mariya Gabriel

Crédits : Union européenne

Députée européenne du Parti populaire européen (PPE) entre 2009 et 2017, Mariya Gabriel est devenue commissaire en charge du numérique en juillet 2017. Cette Bulgare francophone de 38 ans arrive à un moment clé : la Commission se donne jusque fin 2018 pour finaliser les négociations sur le marché unique numérique, alors même que la quasi-totalité des propositions n'a pas dépassé le stade des négociations. Parmi les propositions portées par Mariya Gabriel figurent la très controversée réforme du droit d'auteur, le renforcement de la législation sur la vie privée en ligne, ou encore la régulation des géants du web.

Annegret Kramp-Karrenbauer, dauphine d'Angela Merkel

Annegret Kramp-Karrenbauer

Crédits : Olaf Kosinsky

Allemands et Européens ont découvert son visage en janvier 2018, lors de son élection au poste de secrétaire générale du Parti chrétien-démocrate allemand (CDU). Annegret Kramp-Karrenbauer – plus souvent désignée par ses initiales AKK – jusqu'ici dirigeante de la Sarre et ministre de la Recherche, est la successeuse désignée d'Angela Merkel. Comme elle, elle défend une ligne centriste pour le parti, même si ses prises de position sur l'accueil des réfugiés et la politique familiale sont plus dures que celles de la chancelière.

Désormais numéro deux du parti, AKK doit parvenir à rassembler une CDU affaiblie électoralement et de plus en plus divisée. La première grande étape aura lieu en fin d'année, avec l'organisation d'un grand débat sur le programme fondamental du parti.

Mary Lou McDonald, avocate de la réunification irlandaise

Mary Lou McDonald

Crédits : Sinn Féin

Cela fait moins d'un mois que Mary Lou McDonald est à la tête du Sinn Féin, le principal parti favorable à la réunification des deux Irlande. Dirigé par Gerry Adams depuis 1983, il fut longtemps associé à l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et est encore aujourd'hui lié à ce passé violent. 

"L'Accord de paix de 1998 et le Brexit sont incompatibles"

A l'heure du Brexit, ce changement de direction est tout sauf fortuit. La frontière entre les deux Irlande étant la seule frontière terrestre entre l'UE et le Royaume-Uni, elle cristallise les tensions. Le Sinn Féin s'oppose en effet à tout retour d'une frontière "dure" entre les deux pays, dans la mesure où elle raviverait les tensions. Mary Lou McDonald  aura donc la charge de redorer le blason du Sinn Fein et de plaider pour la réunification de l'Irlande auprès du gouvernement britannique, actuellement allié au parti unioniste nord-irlandais et favorable au retrait du marché unique européen.

Brexit : quelles conséquences pour les deux Irlande

 

Soraya Sáenz de Santamaría, dame de fer du gouvernement espagnol

Soraya Sáenz de Santamaría

Crédits : Gouvernement espagnol

Depuis 7 ans, elle est la vice-présidente du gouvernement conservateur espagnol et décrite par le quotidien El Pais comme "la femme qui possède le plus de pouvoir" dans le pays. Son influence s'étend d'autant plus qu'en 2016, elle devient ministre des Administrations territoriales : un portefeuille spécialement créé pour gérer la crise catalane. C'est d'ailleurs elle qui assure les fonctions de chef du gouvernement (Generalitat) de Catalogne depuis octobre 2017 et le référendum d'autodétermination considéré comme illégal par Madrid. Elle remplace ainsi temporairement Carles Puigdemont, destitué pour avoir déclaré unilatéralement l'indépendance de la région, et ce jusqu'à ce qu'une solution à la crise soit trouvée

Róża Thun, ennemie des ultraconservateurs polonais

Róża Thun

Crédits : Union européenne

À 63 ans, Róża Thun (lire : "Rouja Toune") est loin d'être une nouvelle venue dans le paysage politique polonais. Ancienne militante de Solidarność, figure pro-européenne, deux fois députée européenne, elle est aussi une fervente opposante à Droit et Justice (PiS), le très conservateur parti au pouvoir.

"Si cela continue, la Pologne va devenir une dictature. Mais nous ne laisserons pas cela arriver"

Seuls ses détracteurs utilisent son nom complet : depuis son mariage avec un Allemand, elle se nomme en effet Róża von Thun und Hohenstein. En mettant en avant son patronyme étranger, ses adversaires fustigent son européisme et l'accusent de défendre les intérêts allemands. Róża Thun ne compte pourtant pas arrêter son combat. Jeudi 1er mars, elle a fait partie des 5 eurodéputés polonais (sur 51) à voter en faveur de l'enclenchement de procédures de sanctions contre son propre pays, suites aux violations d'État de droit constatées par la Commission européenne.

Margrethe Vestager, la commissaire qui fait trembler les firmes

Margrethe Vestager

Crédits : Union européenne

Son visage est peu connu en France. Pourtant Margrethe Vestager compte parmi les dirigeants les plus puissants de l'UE. Depuis sa nomination comme commissaire européenne à la Concurrence en 2014, elle ne cesse d'épingler les multinationales qui ne se plient pas aux règles du droit de la concurrence. Après s'être attaquée à Starbucks, Gazprom ou encore Apple, elle inflige la plus grosse amende de l'histoire de la Commission à Google en 2017, pour abus de position dominante.

"Le pouvoir devrait être vu comme un outil qui vous est prêté, non pas parce que vous seriez une personne exceptionnelle, mais pour vous permettre d’accomplir une mission"

Extrêmement populaire à Bruxelles, le journal La Tribune soulignait que les "mentions de critiques à son égard sont très rares". Certains aimeraient même la voir à la tête de la Commission en 2019. Si le scénario est peu probable compte tenu du système d'élection du président de l'institution, elle s'est en tout cas déclarée candidate à sa propre succession.

Margrethe Vestager, une certaine idée de la concurrence en Europe

 

Cecilia Wikström, la pasteure devenue députée

Cecilia Wikström

Crédits : Union européenne

Passer de la religion à la politique : le choix pourrait sembler incongru. C'est pourtant celui de Cecilia Wikström, qui fut pasteure luthérienne avant d'être élue députée libérale au Parlement suédois. Elle se hisse ensuite au Parlement européen en 2009, où elle est considérée comme l'une des députés ayant le plus d'influence.  

Cecilia Wikström est notamment en première ligne pour trouver une solution durable à la crise migratoire. Depuis novembre 2016, elle porte devant le Parlement européen une réforme du règlement de Dublin sur l'asile européen. Elle souhaite ainsi supprimer la disposition stipulant que ce sont les pays dans lesquels les migrants sont pour la première fois enregistrés, qui doivent se charger de la procédure d'asile. Alors que son texte a été adopté par le Parlement, Cecilia Wikström doit maintenant le défendre devant le Conseil des ministres de l'UE, extrêmement divisé sur le sujet.

Bonus : Catherine De Bolle, future pilote de la coopération policière européenne

Crédits : Union européenne

Hasard de calendrier : alors que la journée du 8 mars fut rythmée par les multiples mobilisations pour les droits des femmes, elle fut également marquée par la nomination de la Belge Catherine de Bolle comme directrice exécutive d'Europol. Actuelle commissaire générale de la police fédérale de Belgique, elle prendra la tête de l'agence européenne de lutte contre la criminalité à partir du 1er mai prochain.

"Europol doit être à la pointe de l'innovation. Pour combattre la cybercriminalité, échanger des informations et lutter contre le crime organisé et le terrorisme"

Menace terroriste, trafic de drogue, cybercriminalité : pour lutter contre les menaces qui pèsent sur la sécurité européenne, Catherine De Bolle souhaite faire du partage d'information entre les pays membres sa priorité. Lors de son audition devant le Parlement européen, elle a également expliqué vouloir mettre l'accent sur la lutte contre le trafic d'êtres humains, en particulier lorsque celui-ci concerne les mineurs non-accompagnés.