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Les créanciers de la Grèce se divisent sur le délai de deux ans

Actualité 14.11.2012

Pour aider la Grèce, "nous devons trouver une solution réelle, pas une solution à la va-vite", a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe lundi dernier. Pour autant, cette solution qui ne saurait découpler la question de la soutenabilité à moyen terme de la dette et le déblocage des tranches d'aide ne trouve pas un écho chez tous les créanciers.  Pour la première fois, l’Union européenne et le FMI affiche leur désaccord sur le dossier grec.

Le rapport de la troïka à l'arrière-plan

Rappelons que le rapport provisoire  de la troïka comprend un examen des mesures prises par Athènes et une évaluation des besoins financiers du pays, qui doivent être réajustés compte tenu notamment de la récession plus profonde que prévue traversée par le pays.

Les ministres de la zone euro seraient  favorables à un sursis de deux ans pour qu'Athènes mette justement en œuvre les réformes susceptibles de redresser ses finances. Personne, en effet, ne conteste le fait que la réduction à 120% de PIB de la dette grecque en 2020 est devenue un objectif irréaliste. Cependant, selon la version provisoire du rapport de la troïka, il faudra une rallonge de 32,6 milliards d'euros si les créanciers de la Grèce lui accordent deux ans de plus. Sans ce délai, le trou à combler atteint déjà la somme conséquente de 22,9 milliards d'euros jusqu'en 2016, en raison de l'explosion des intérêts de la dette grecque et du retour incertain du pays sur les marchés, indique le rapport.

Vif échange entre l'UE et le FMI

Un conflit est désormais ouvert entre les bailleurs de fonds de la Grèce sur les moyens de rendre la dette du pays soutenable à long terme. Cela ralentit encore plus le processus de versement d'une nouvelle tranche d'aide et réveille les inquiétudes d'une dislocation totale de la zone euro.

Du côté européen, le délai de deux ans fait l'objet d'un relatif consensus. Les ministres des Finances de la zone euro pensent que la Grèce devrait avoir jusqu'en 2022 pour ramener son ratio d'endettement à 120% de son PIB : "Il faut un accord politique pour permettre la validation du programme grec... il restera des questions à résoudre ensuite par exemple sur la soutenabilité", indiquait Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et des Finances, en arrivant à Bruxelles en distinguant ainsi la question de la soutenabilité à moyen terme de la dette de celle du déblocage des tranches d'aide.

A l’inverse  l'institution de Washington insiste pour que l'échéance reste fixée à 2020. "De notre point de vue, le calendrier approprié, c'est 120% en 2020", a déclaré Christine Lagarde, affichant au grand jour un conflit feutré existant depuis plusieurs semaines. "Nous avons clairement des points de vue différents. Ce qui importe au bout du compte, c'est la soutenabilité de la dette grecque afin que ce pays puisse être remis sur pied", a-t-elle ajouté lundi soir.

Le différend s'est vraiment confirmé lorsque le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a déclaré mardi à la presse que l'échéance de 2020 était "un peu trop ambitieuse". Le vif échange qui a également eu lieu entre Christine Lagarde et  le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, cache un désaccord plus profond  sur la nécessité d’effacer, ou non, une partie de la dette de la Grèce pour permettre au pays de reconstruire une économie viable, selon un grand nombre d'articles de la presse française.