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"Le risque qu'Ebola se propage dans l'UE ne sera pas éliminé tant que sa transmission se poursuivra dans les pays touchés"

Actualité 24.10.2014

Depuis le début de la propagation du virus Ebola en Afrique de l'Ouest, plusieurs personnes infectées ont été rapatriées en Europe. Des contagions ont ensuite eu lieu sur le sol espagnol, faisant craindre une propagation du virus sur le territoire européen. Le docteur Marc Sprenger, directeur du centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), nous explique l'action de l'Union européenne pour lutter contre la propagation du virus Ebola sur le continent.

Marc Sprenger

Qu'est-ce que l'ECDC et comment fonctionne-t-il ?

La mission du centre est d'identifier, évaluer et communiquer sur les menaces actuelles et émergentes pour la santé humaine engendrées par les maladies contagieuses. Pour accomplir cette mission, l'ECDC travaille en partenariat avec les organismes nationaux de protection de la santé à travers l'Europe, pour renforcer et développer la surveillance des maladies à l'échelle continentale et les systèmes d'alerte précoce.

En travaillant avec des experts à travers toute l'Europe, l'ECDC met en commun les informations sur la santé en Europe. Il développe ainsi des avis scientifiques faisant autorité, à propos des risques présentés par les maladies infectieuses actuelles et émergentes. Celles-ci ne connaissent pas de frontières, et seule une réponse internationale peut résoudre ce problème.
 

Au cours de l'épidémie d'Ebola dans l'ouest de l'Afrique, le rôle de l'ECDC réside dans l'évaluation des risques, ainsi qu'au soutien à la Commission européenne et aux États membres de l'UE. À cet égard, l'ECDC surveille de très près la situation, en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé. L'ECDC met à jour son évaluation des risques et fournit des mises à jour hebdomadaires à travers ses rapports sur les menaces.

L'UE a-t-elle adoptée une stratégie particulière pour lutter contre la propagation d'Ebola sur son territoire ?

En vertu de la nouvelle législation de l'UE sur les menaces transfrontières graves pour la santé, la Commission européenne se coordonne avec les États membres dans le cadre du comité de sécurité sanitaire, pour assurer l'échange d'informations et d'assurer la synchronisation des mesures à travers l'Europe.

Le comité de sécurité sanitaire a activé les réseaux pour sécuriser les hôpitaux et avoir une haute sécurité dans les laboratoires. Il a entrepris des travaux sur les procédures permettant aux aéroports et autorités sanitaires de traiter les cas possibles d'Ebola identifiés lors d'un vol et sur la préparation des systèmes de santé pour le traitement des cas d'Ebola.

Doit-on craindre une contagion importante en Europe ? 

Le risque que le virus Ebola se propage dans l'UE ne sera pas éliminé tant que sa transmission se poursuivra dans les pays touchés. Il y a un besoin urgent d'aide internationale substantielle pour mettre cette épidémie sous contrôle.

En général, quand on parle du risque pour l'Europe, nous devons faire la différence entre deux choses : le risque d'une éventuelle importation d'Ebola en Europe et le risque d'une propagation ou de continuation-transmission au sein de l'UE.

L'augmentation du nombre de nouveaux cas d'Ebola dans les pays touchés d'Afrique de l'Ouest au cours des dernières semaines augmente aussi la probabilité que des voyageurs n'entrent en contact avec des personnes infectées. Une personne infectée peut arriver en Europe pendant la période d'incubation typique de trois semaines après l'exposition. Par conséquent, cette personne peut développer des symptômes seulement après l'arrivée. Sinon, une personne peut arriver déjà malade, après avoir développé les symptômes ou que sa condition se soit détériorée pendant le voyage. Le virus Ebola peut se développer rapidement et les personnes infectées ne sont pas toujours conscientes du fait qu'elles ont été exposées.

Bien que nous puissions voir une transmission - limitée - en Europe, en particulier chez les contacts directs - comme les membres de la famille, les proches ou au sein des établissements de santé - il est très peu probable que le virus puisse se propager davantage, étant donné les normes élevées de procédures de contrôle des infections en Europe.

La capacité à détecter et confirmer les cas d'Ebola dans l'UE est considérée comme suffisante pour interrompre à temps toute transmission possible d'Ebola en Europe, même pour un agent pathogène aussi hautement infectieux.

Des rapports récents de Madrid et Dallas indiquent, cependant, qu'il n'y a pas de place pour la complaisance sur les risques de santé associés à la transmission, et que les mesures de contrôle des infections doivent être strictement et assidûment appliquées et suivies. Il faut aussi garder à l'esprit qu'Ebola n'est pas aussi facilement transmissible que, par exemple, la grippe, car il ne se propage pas dans l'air mais nécessite un contact direct avec le sang, les sécrétions, les organes ou des liquides biologiques des personnes ou des animaux morts ou vivants.

L'Espagne a été critiquée sur sa gestion de la propagation d'Ebola sur son territoire. Les États membres sont-ils équitablement préparés à ce genre d'épidémie ?

Avant tout,  la capacité de détecter et de confirmer les cas d'Ebola dans l'UE est considérée suffisante pour interrompre toute transmission d'Ebola à temps, même pour un agent pathogène hautement infectieux comme le virus Ebola. Les États membres ont déclaré au comité de sécurité sanitaire que des procédures sont en place pour répondre, si un patient atteint d'Ebola entre dans l'UE.

L'Union européenne est-elle plus préparée maintenant qu'en 2009, lorsque nous nous attendions à la grippe H1N1 ?

Cette épidémie en Afrique de l'Ouest est la plus grande épidémie d'Ebola rapportée à ce jour, la première ayant été documentée en Afrique de l'Ouest et c'est aussi la première fois qu'elle s'est répandue dans les grandes villes. Cependant, c'est encore une épidémie qui n'affecte essentiellement que les trois pays ouest-africains, Guinée, Libéria et Sierra Leone. A cet égard, il n'est pas possible de comparer cette épidémie à une pandémie comme en 2009. 

Ebola est transmis d'une manière très différente de la grippe, et les comparaisons en termes de potentiel pandémique ne sont pas pertinentes.