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Le Retour du Dr No

Actualité 15.09.2009

Alors qu’il affirmait encore récemment vouloir se tenir éloigné de la scène politique, Declan Ganley est entré de nouveau en campagne contre le traité de Lisbonne le week-end dernier en Irlande. Pourtant, lors de sa défaite aux dernières élections européennes il a déclaré qu'il se retirait de la vie politique et, que sans mandat du peuple, il ne ferait pas campagne contre le traité. Son pari de transformer les élections européennes en plébiscite contre le traité de Lisbonne a échoué. Ses fidèles collaborateurs de l'année dernière ont même publié des tribunes dans l'Irish Times pour prôner le oui.

 

Pourquoi est-il de nouveau en campagne ?

 

Après une période de silence, durant laquelle il a dit vouloir se consacrer à son travail d'entrepreneur, il est de nouveau sur le devant de la scène. "Il est du droit de chacun de changer d'avis" a-t-il expliqué. " Ce n'est pas un débat sur moi, je suis pas important. Il s'agit de la place de l'Irlande dans l'Europe, d'un pays que j'aime et que je défends contre ceux qui disent des mensonges. On n'a pas besoin de mandat électoral pour dire la vérité" a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse dimanche.

Il a été invité lundi matin sur la plus grande émission matinale de radio irlandaise pour débattre du traité avec Brigid Laffan, Professeur des études européennes à UCD et membre du groupe Ireland for Europe.  

"Pas une virgule n'a changé"

Ses arguments contre le traité n'ont pas évolué beaucoup en un an. Les garanties que l'état irlandais a obtenu du Conseil européen lui ont enlevé quelques-uns de ses arguments phares de l'année dernière: la réduction de la taille de la Commission et l’harmonisation fiscale sont couvertes par ces garanties. Néanmoins, il martèle son argumentation sur la démocratie selon lequel le traité de Lisbonne augmenterait le déficit démocratique en Europe. Il vise particulièrement le Président du Conseil qu'il appelle incorrectement un Président de l'Europe. Selon Declan Ganley, il serait préférable d'avoir un Président du Conseil européen élu au suffrage universel. Son slogan principal est que "pas une virgule n’a changé dans le traité".

Il se concentre sur des arguments économiques car il n'y a pas d’hommes d'affaires contre le traité alors que de grandes entreprises telles qu’Intel, Microsoft et Ryanair s'engagent pour le oui. Selon M. Ganley ces entreprises sont entrées en campagne afin d'amadouer la Commission qui leur impose des amendes lourdes dans des procès sur la concurrence. M. Ganley soutient qu'un vote pour le traité serait "une catastrophe" pour l'économie irlandaise. "Si le traité est ratifié on cédera à l'Europe notre politique industrielle et notre stratégie pour attirer des investissements étrangers" a-t-il dit sur l'antenne. M Ganley se positionne en contre-courant des chefs d'entreprises irlandais qui selon un sondage de IBEC (la confédération des entreprises irlandaises) pensent à 86% que un vote positif serait très important pour l'économie.

 

En recentrant sa campagne sur les arguments économiques M. Ganley espère bénéficier du mécontentement des Irlandais quant à la situation économique du pays. Il vise à décrédibiliser le Premier Ministre Brian Cowen qui est très impopulaire et qui est contesté sur son bilan au Ministère des finances entre septembre 2004 et avril 2008.

 

Un débat plus informé et équilibré

Avec le bénéfice des débats de l'année dernière les journalistes sont beaucoup plus informés sur le traité. Ils ne laissent plus passer les grands slogans sur la nature anti-démocratique de l'Union sans contradiction ou précision. La campagne du oui est aussi beaucoup plus organisée à en juger par les messages en majorité en faveur du traité qui arrivaient à l'émission.

La campagne du oui a aussi tiré des leçons sur son style de campagne. Ils ont appris qu'il ne servait à rien d'attaquer la personnalité des représentants du non. Des heures de radio et de télévision ont été passées à discuter des liens éventuels de Libertas avec la CIA ou l'armée américaine. Au lieu de nuire à son image cela a contribué à lui donner une allure d' "anti-establishment" c'est-à-dire sa non appartenance à la classe politique et de créer un certain mysticisme autour de Libertas. Cette fois le camp du oui vise uniquement les arguments défendus par Declan Ganley, sans entrer dans une polémique sur les sources de son argent.

Lors de l'émission de lundi matin, Brigid Laffan a su mettre à mal plusieurs de ses déclarations infondées. De façon très claire et pédagogique elle a rappelé les fondements démocratiques de l'Union. Elle a suggéré aussi que "des forces politico-médiatiques au Royaume-Uni veulent un deuxième non en Irlande, ils veulent une Europe fragmentée". Elle s'est étonnée de la couverture médiatique que M. Ganley a eu pendant le week-end dans la presse anglaise.

 

En effet, le référendum sur le traité est devenu un champ de bataille pour des groupes eurosceptiques et souverainistes au Royaume-Uni. Ironie de l'histoire, le chef de UKIP Nigel Farage est venu à Dublin débattre du traité aux côtés de Mary Lou McDonald, Vice-Présidente du Sinn Fein. La campagne n'a pas fini de nous réserver des surprises.

 

En savoir plus

Ecoutez les extraits des débats sur la chaîne nationale irlandaise (en anglais)

Les sondage montrent une campagne très ouverte

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