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Le retour de Nicolas Sarkozy vu par la presse européenne

Actualité 24.09.2014

On y est. Le 19 septembre, Nicolas Sarkozy a mis un terme à un secret de Polichinelle : son retour dans l’arène politique, après deux années au cours desquelles il n’aura jamais vraiment été en retrait. Il rêvait d’un retour triomphant et fracassant, en sauveur, à quelques encablures de l’élection présidentielle de 2017. Il devra se contenter de la campagne pour la présidence de l’UMP, parti malade, empêtré dans les affaires… comme lui. Risqué. La presse européenne relate cette actualité, avec un intérêt et un enthousiasme relatifs. Tour d’horizon.

Nicolas Sarkozy

Un événement surtout franco-français

Le 19 septembre sur Facebook. Le 20 dans le Journal du Dimanche. Le 21 sur France 2. Nicolas Sarkozy a savamment orchestré l’officialisation de son retour aux affaires. En trois temps, il a informé les Français, expliqué sa motivation et… taillé des croupières à ses concurrents. Les éléments de langages sont clairs : l’ancien président a changé, il s’est assagi, a eu le temps de réfléchir sur l’état du pays et de son parti et ne peut, selon toute logique, rester en retrait.

Naturellement, les médias français n’ont parlé que de ça pendant trois jours. Entre défense, et surtout attaque – du bilan de François Hollande – Nicolas Sarkozy a repris l’occupation du terrain médiatique. Les éditoriaux, analyses et autres commentaires de son passage à la télévision se sont accumulés. Les opinions sont souvent similaires : l’ancien président n’a pas réellement changé, il pratique la politique avec une agressivité intacte, il n’a pas été maître du calendrier pour son retour et demeure, quoiqu’il en dise, extrêmement menacé par la justice. Reprendre la tête de l’UMP avant d’être lessivé par les affaires et trop concurrencé par le populaire Alain Juppé est une nécessité, l’obligeant à un peut-être trop long combat en vue de 2017.

Ailleurs en Europe, la presse s’est logiquement emparée de cette actualité, mais avec une ampleur et une bienveillance très diverses. A cet égard, rares ont été les journaux à consacrer de larges articles au retour de Nicolas Sarkozy. Assez logique, car l’élection du prochain patron de l’UMP est un événement strictement national et que la prochaine élection présidentielle est encore très éloignée.

Pour la presse britannique et francophone, Nicolas Sarkozy n’a pas changé

Des quotidiens britanniques comme le Times, le Guardian ou l’Independent ont néanmoins couvert l’actualité, détaillant la stratégie de Nicolas Sarkozy destinée à critiquer tous azimuts le quinquennat de François Hollande et à marginaliser ses rivaux à droite que sont François Fillon et Alain Juppé. Plus précisément, le Guardian, quotidien de centre-gauche, a insisté sur ses déclarations ambiguës concernant le mariage pour tous, qui risquent de ne satisfaire ni ses partisans ni ses opposants. L’Independent, journal plutôt centriste, met quant à lui en avant le fait que 60 % des Français conservent une plutôt mauvaise opinion de lui. Le quotidien rapporte en outre que les amis de l’ancien président cherchent à lui façonner un destin à la de Gaulle sortant de sa traversée du désert, tandis que ses détracteurs le dépeignent plus comme le comte de Monte-Cristo, dévoré par l’esprit de revanche. Enfin, le Times, proche du parti conservateur, a également publié un éditorial sur le retour de Nicolas Sarkozy, le présentant comme un "politicien défectueux" et "narcissique", ne devant son passage à l’Elysée qu’à son charisme. Le quotidien londonien continue son acide éditorial intitulé "Le Comeback" avec un exercice de "Hollande bashing" dans les règles de l’art et affirme que l’ancien président pourrait néanmoins avoir "les médicaments" dont le pays a besoin.

La presse belge francophone, faisant traditionnellement la part belle à l’actualité française, a également abordé le retour aux affaires de Nicolas Sarkozy. Le Soir se montre sceptique sur sa capacité à réussir à reconquérir la présidence de la République et raille sa prétendue retraite annoncée en 2012 : "si je perds [l'élection présidentielle de 2012] j'arrête". Dans la même lignée, la Dernière heure titre "Sarkozy flingue Hollande… et les affaires alors ?", laissant poindre que la critique, aussi féroce soit-elle, du bilan de son successeur pourrait ne pas suffire face à la justice. En Suisse, la presse francophone ne dresse pas un tableau plus positif du retour de l’ancien président. Le Temps, quotidien genevois, estime ainsi que "rien ne semble différencier Sarko 1 de Sarko 2" et que s’il s’efforce de cacher ses tics gestuels, il continue de faire la démonstration de "son inébranlable confiance en lui".

Circonspection européenne vis-à-vis des affaires judiciaires

Ailleurs en Europe, le discours n’est pas sensiblement différent. Que ce soit en Espagne, dans les colonnes d’El Pais, ou en Italie, dans la Stampa, le retour de Nicolas Sarkozy est commenté de la même façon qu’en France, au Royaume-Uni, en Belgique ou en Suisse. L’ancien président pourrait compter sur sa détermination à toute épreuve, sa capacité à survivre aux affaires judiciaires et sur le bilan désastreux de la gauche au pouvoir. Toutefois, indiquent l’ensemble des journaux, la route sera incroyablement longue jusqu’en 2017. L’économie française peut se redresser, redorant le blason des socialistes. L’UMP est dans un état calamiteux et le "combat des coqs" - expression de la députée écologiste Barbara Pompili reprise par El Pais – est tout sauf terminé. Alain Juppé est lui-aussi "entré dans le match" et a réaffirmé sa volonté de participer à des primaires ouvertes en 2016. Et, encore et toujours, la multiplication des affaires pourrait finir par définitivement entamer sa crédibilité. A cet égard, comme l’explique El Pais, l’implication de Nicolas Sarkozy dans le scandale Bygmalion pourrait sonner le glas des ambitions de l’ancien président, désormais objet des investigations de la police.

Pas plus qu’en France donc, le retour de Nicolas Sarkozy à la vie politique n’a suscité l’enthousiasme en Europe. Les choses devraient en être ainsi encore durant quelques mois, sauf nouvelles péripéties judiciaires ou politiques. La presse allemande illustre d’ailleurs parfaitement ce phénomène, préférant insister sur la visite de Manuel Valls à Berlin et Hambourg les 22 et 23 septembre, plutôt que sur le retour d’un ancien président candidat, en attendant mieux, à la présidence de son parti.