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[Le Récap' des européennes] Ursula von der Leyen en quête de voix au Parlement européen

Actualité 11.07.2019 Steven Kakon & Marianne Lazarovici

Alors qu'Ursula von der Leyen, désignée par les Vingt-Huit pour présider la Commission européenne, mène campagne au Parlement européen pour obtenir le soutien des eurodéputés, en France, les partis affaiblis par les élections européennes se cherchent toujours.

Ursula von der Leyen lors de sa rencontre avec le PPE

Ursula von der Leyen lors de sa rencontre avec le PPE - Crédits : Mathieu Cugnot / Parlement européen

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De Bruxelles à Strasbourg, la présidence de la Commission au centre des tractations

La semaine prochaine, le Parlement européen fraîchement élu se prononcera sur la nomination de l'Allemande Ursula von der Leyen à la Commission européenne. Issue de la CDU, rattaché au niveau européen au PPE (droite), le groupe majoritaire de l'hémicycle, elle n'en était toutefois pas la cheffe de file lors de la campagne des européennes. Ce rôle est revenu à Manfred Weber qui, suivant le système des Spitzenkandidaten, était le candidat désigné pour devenir président de la Commission.

Mis en œuvre pour la première fois en 2014, ce système n'a pas été reconduit cinq ans plus tard. Les chefs d'Etat et de gouvernement ont préféré garder la main sur le choix de la personnalité qui présidera l'exécutif européen. Au grand dam des eurodéputés, qui appellent à un processus plus démocratique, et dont certains risquent ainsi de ne pas approuver la nomination de Mme von der Leyen.

Pour remporter ce vote à un tour et à bulletin secret, la candidate devra recueillir 374 voix en sa faveur (sur 747, car un député danois et trois députés espagnols, indépendantistes catalans, manquent encore à l'appel).

Ursula von der Leyen s'est ainsi lancée dans une campagne électorale en accéléré pour rencontrer les différents groupes politiques du Parlement européen et s'assurer de leurs votes. Elle a d'abord rencontré les élus du PPE, puis du CRE (les conservateurs et réformistes européens), avant d'être reçue par les sociaux-démocrates du S&D, les libéraux de Renew Europe, les Verts et la GUE (gauche radicale).

Une stratégie payante : "le fait qu’elle soit venue à Strasbourg la semaine dernière, juste après le Conseil européen, pour se présenter et expliquer son parcours, en trois langues, a été salué comme un signal important", a déclaré un membre du PPE.

Si le soutien du S&D demeure incertain, voter contre Ursula von der Leyen n'apparaît pas non plus comme la meilleure stratégie pour le groupe, qui a hérité du poste de Haut représentant pour les affaires étrangères (avec la nomination de Josep Borrell) et de la présidence du Parlement européen. En outre, le social-démocrate Frans Timmermans devrait hériter de la première vice-présidence de la Commission. 

Mais les sociaux-démocrates allemands du SPD, qui représentent 10 % du groupe, ont exprimé leurs réticences à élire Mme von der Leyen : "le SPD rejettera uniformément [sa candidature]", a ainsi affirmé Jens Geier, le chef de la délégation allemande du S&D. L'appui unilatéral apporté par la chancelière Angela Merkel, pourtant cheffe d'un gouvernement de coalition qui allie la droite (CDU) et la gauche (SPD), n'a pas été apprécié.

La candidate à la succession de Jean-Claude Juncker ne pourra pas non plus compter sur le soutien des Verts. Les "oubliés" du mercato européen, malgré leur percée aux européennes qui fait de leur groupe le 4ème de l'hémicycle, ne sont pas certains de compter le moindre commissaire dans le futur collège.

Beaucoup attendent néanmoins encore un programme clair d'Ursula von der Leyen, alors que les eurodéputés négocient l'agenda politique qu'ils lui soumettront pour les cinq prochaines années. En effet, bien qu'elle souhaite faire de l'Europe "le premier continent neutre" en carbone, la candidate à la présidence de la Commission n'a pas d'expérience en politique climatique, alors que la prochaine Commission devra œuvrer pour obtenir un consensus européen sur cet objectif pour 2050, ont relevé certains observateurs.

Cependant, si l'hypothèse d'un rejet par le Parlement européen apparaît aujourd'hui peu probable, car Mme von der Leyen remporterait la majorité des voix rien qu'avec les votes du PPE, des libéraux et d'une partie des sociaux-démocrates, tous les scénarios restent encore sur la table.

Elle s'affirme cependant déjà dans son rôle, qu'elle devrait endosser officiellement le 1er novembre prochain. Ursula von der Leyen a ainsi rencontré Charles Michel, futur président du Conseil européen, pour échanger autour des nouvelles priorités de l'Union européenne.

Elle s'est également exprimée le 10 juillet sur le dossier du Brexit : bien qu'espérant un "développement positif", elle a déclaré : "le Brexit n’est pas la fin, mais le début d’une relation future" et ainsi estimé qu'un Brexit sans accord serait "catastrophique".

En ce qui concerne le collège de commissaires, la candidate s'est déclarée en faveur du respect de la parité. Pour le poste de commissaire français, plusieurs noms circulent déjà. Notamment ceux de Michel Barnier, Jean-Pierre Raffarin ou encore Ségolène Royal et Brune Poirson, selon les portefeuilles attribués.

Si le nom de Pascal Canfin - figure écologiste de La République en marche - avait aussi circulé, ce dernier a finalement obtenu la tête de la commission Environnement du Parlement européen. Celle-ci devient, pour la première fois, la plus importante en volume, forte de 76 eurodéputés. Chacun des sept groupes politiques y a en effet envoyé environ 10 % de ses élus, même à l'extrême droite.

Deux autres Français occupent par ailleurs des postes clés : l'eurodéputée écologiste Karima Delli a été reconduite à la présidence de la commission Transports, tandis que Younous Omarjee, élu La France insoumise, préside la commission du Développement régional.

Notons enfin que le groupe Identité et démocratie (notamment constitué de la Ligue italienne et du Rassemblement national) n'a obtenu la présidence d'aucune des 20 commissions. Les partis traditionnels se sont alliés, afin de former un véritable cordon sanitaire.

 

France : les vainqueurs capitalisent, les perdants se cherchent

Jean Leonetti - Crédits : compte FacebookSix semaines après leur revers électoral du 26 mai, 150 parlementaires et cadres locaux Les Républicains (LR) étaient à Paris le 6 juillet pour élaborer une nouvelle charte des "valeurs et principes", à l'initiative de Jean Leonetti (photo ci-contre), président du parti par intérim. Le texte, débattu à huis clos, a pour objectif de redéfinir l'identité du parti, débordé à sa droite par le Rassemblement national et au centre par La République en Marche. Il reprend ainsi des mots d'ordre traditionnels comme "libérer le travail pour mieux récompenser le mérite", "autorité" ou encore "préserver notre mode de vie et notre culture". Mais aussi des éléments moins habituels pour le parti conservateur, comme l'attachement à "la solidarité nationale envers les plus vulnérables" ou la "conscience de l'urgence écologique et climatique".

C'est bien sur la déroute de LR que le Rassemblement national (RN) entend capitaliser, pour obtenir le soutien d'électeurs et d'élus de la droite ou anti-Macron. Le parti de Marine Le Pen, qui a réuni en début de semaine sa commission nationale d'investiture en vue des municipales de mars 2020, souhaite cibler ses conquêtes et ouvrir ses listes à des candidats non RN.

De son côté, le gouvernement français continue aussi de tirer les leçons des européennes. Constatant que le RN était en tête des élections européennes dans la quasi-totalité des collectivités ultramarines, il tente de reconquérir ces territoires. Lundi 8 juillet, le président de la République, le Premier ministre et de nombreux ministres ont ainsi participé à la signature des 7 premiers contrats de convergence avec la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, Mayotte, la Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna.

A gauche, les socialistes veulent redéfinir leur matrice intellectuelle. Une tâche difficile dans un environnement politique recomposé, où les écologistes sont désormais le premier parti de gauche. Certes, le parti a placé la transition écologique au centre de son programme européen, mais derrière le mantra "justice environnementale/justice sociale", difficile de trouver une pensée articulée et des propositions traduisant le chemin souhaité.

Ian Brossat Considérant que "sur 80 % des sujets, [comme] le commerce international, les libertés publiques, l’écologie", les partis de gauche "voteront de la même manière" au Parlement européen, le chef de file de la liste PS-Place publique Raphaël Glucksmann prône toujours l'union. Contrairement à l'eurodéputé EELV Yannick Jadot, qui préfère faire chemin seul. Pour sa part, Ian Brossat, ancienne tête de liste aux européennes et actuel chef de file des communistes aux élections municipales, veut unir sur la base d'une rupture avec le libéralisme. Et fustige l'ambiguïté de M. Jadot sur de potentielles alliances avec la droite dans certaines villes : "rappelle-toi que tu es de gauche", a ainsi appelé le maire-adjoint de Paris.

A l'extrême gauche, les militants LFI ont adopté de nouvelles orientations après la déroute du parti aux européennes. Reconnaissant l'échec de la stratégie de référendum anti-Macron, il réaffirme cependant la stratégie "dégagiste", la rhétorique populiste et le rôle de La France insoumise (LFI) comme appui à une "révolution citoyenne".

 

Et aussi...

Yves Gernigon, tête de liste du Parti fédéraliste européen (PFE) qui a récolté 0,5 % des voix au dernier scrutin européen, a déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour demander la suppression du seuil d'éligibilité au Parlement européen, fixé à 5 %.

Selon une étude menée par la Fondation Jean Jaurès, le vote pour le parti animaliste (2,2 % des voix aux européennes) ne serait pas écologiste mais plutôt "périurbain" et "freiné dans les régions d'élevage, urbanisées ou déchristianisées". Il apparaît ainsi comme "antithétique" au vote en faveur des Verts (EELV), et présente en revanche "certaines similitudes" avec le vote pour le Rassemblement national (RN).