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[Le Récap' des européennes] Quelles intentions de vote à deux semaines du scrutin ?

Actualité 10.05.2019 Steven Kakon & Boran Tobelem

Cette semaine dans la campagne : les listes officielles - 34 en France, un record - ont été déposées. Sur l'ensemble du continent européen, les intentions de vote se précisent.

Crédits : Bet_Noire / iStock

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En France, 34 listes sur la ligne de départ

Après la clôture du dépôt des listes pour les élections européennes vendredi 3 mai, 33 listes de 79 candidats ont été enregistrées par le ministère de l'Intérieur. Une 34e a été depuis validée, après avis du Conseil d'Etat.

Ce sont ainsi 41,1 millions d'électeurs - 93 % des Français en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales - qui devront les départager,  dimanche 26 mai. Un nombre record qui représente… 2 686 candidats, un casse-tête pour les communes. Une inflation du nombre de prétendants à un siège au Parlement européen qui n'est pas propre à la France. En Allemagne, 40 listes sont en lice…

Parmi ces listes françaises, près de la moitié sont issues de partis traditionnels.

Les candidats français liste par liste

Alors que la constitution d'une ou plusieurs listes Gilets jaunes était encore incertaine il y a peu, ces derniers ont finalement réussi à en déposer deux. A noter également, la présence de certains d'entre eux aux côtés de formations politiques traditionnelles. 10 ont rejoint Les Patriotes de Florian Philippot, dont l'intitulé de sa liste les mentionne directement. D'autres figurent sur les listes de Debout la France, du Parti communiste français ou encore de l'Union populaire républicaine.

Fait inédit également, deux listes expressément "anti-islam" se présentent au scrutin européen. La première est celle de Renaud Camus, théoricien du "grand remplacement". La seconde est celle du leader identitaire Vincent Vauclin.

Mais selon le dernier sondage Ifop du 9 mai, seules sept listes seraient susceptibles de recueillir au moins 5 % des voix nécessaires pour obtenir des sièges. C'est le cas notamment de l'alliance PS-PS-ND baptisée "Envie d'Europe", qui atteint de justesse ce seuil. En attendant, sa tête de liste, l'essayiste Raphaël Glucksmann, a présenté son projet lundi 6 mai, qu'il veut être une "rencontre du social et de l'écologie". Il bénéficie du soutien de l'ancienne garde des sceaux Christiane Taubira, qui a annoncé participer à un meeting du PS à Rouen le 15 mai prochain, ou encore de l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve.

D'après le même sondage Ifop, le Rassemblement national (RN) apparaît exactement au même niveau que LaREM, après lui avoir volé la première place l'espace de quelques jours. Marine Le Pen, qui était en meeting à Bruxelles dimanche 5 mai, cherche toujours à constituer une alliance aussi large que possible à l'approche du scrutin. Elle a tendu une main au PiS polonais et au Hongrois Viktor Orban. Mais ce dernier, qui a rencontré le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini à Budapest, jeudi 2 mai sans Marine Le Pen, pourrait bien ne pas donner suite à l'appel. Dans l'actualité du RN également, la tête de liste du parti Jordan Bardella est à son tour visée par des accusations de fraude : selon des informations du Canard enchaîné et de Challenges, rapportées par Le Monde, le protégé de Marine Le Pen est soupçonné d’usage irrégulier de l’indemnité d’assistant parlementaire lorsqu'il était l'assistant de l'eurodéputé RN Jean-François Jalkh, du 16 février au 30 juin 2015. "A un mois des élections, on essaie de salir ma candidature", avait déjà réagi, fin avril, Jordan Bardella.

Sa liste en difficulté, le chef de l'Etat Emmanuel Macron pourrait bien intervenir dans la campagne, en jouant la carte de la "dramatisation". Présent lors d'un meeting, lundi 6 mai à Caen, son Premier ministre Edouard Philippe a déjà commencé à voler au secours de Nathalie Loiseau. Le parti, qui a présenté son programme le 8 mai, compte bien se donner une image plus "verte" avec de nombreuses propositions centrées autour de la transition écologique. L'une d'entre elles étant la création d'une banque européenne pour le climat. Une stratégie vivement critiquée par ses adversaires. Quand le chef de file des Verts Yannick Jadot compare la liste LaREM à un pot de yaourt "vert" aux arômes "artificiels", Marine Le Pen dénonce unprojet économique du parti qui serait selon elle "profondément anti-écologique", et jouerait les "opportunistes" à quelques jours des élections.

En troisième position dans les sondages : Les Républicains, qui veulent constituer une alternative entre la "déception" de LaREM et le "chaos" du Rassemblement national. Ces derniers axent leur campagne autour de la thématique identitaire. Le parti de droite s'est donné vingt jours pour convaincre, lors d'un meeting tenu à Marseille, lundi 6 mai. Et a fait l'objet d'une attaque frontale de la part de Jordan Bardella, qui accuse le parti de double discours sur la Turquie, en ayant voté les crédits "pour l'intégration de la Turquie" à l'UE. Une fake news démentie par le journal Le Monde.

A gauche, La France insoumise (LFI) et Europe Ecologie-Les Verts sont toujours au coude-à-coude dans les sondages pour occuper la quatrième place (le sondage quotidien de l'IFOP daté du 9 mai les place à respectivement 8,5 % et 8 % des intentions de vote). Les deux formations politiques ne sont cependant pour l'heure pas entrées en confrontation directe dans leurs discours. Un duel surviendra-t-il en fin de campagne ?

Le même jour, Daniel Cohn-Bendit, ancienne figure de Mai 68, ex-Vert et maintenant soutien de LaREM, a de son côté appelé les têtes de listes Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot à ne pas "insulte[r] l'avenir" pour créer une "force commune écologiste" au Parlement européen. Selon lui, les alliances entre sociaux-démocrates, verts, libéraux et la droite sont essentielles au Parlement européen.

Des critiques balayées par les principaux intéressés. Pour Eric Andrieu, troisième de la liste PS-Place publique-Nouvelle donne, cité par Le Figaro, la liste LaREM est "composée d’ingrédients opportunistes. Quand Daniel Cohn-Bendit aura fait le ménage idéologique chez lui, on pourra peut-être commencer à discuter…", a-t-il rétorqué.

 

En Europe, la campagne bat son plein

En Italie, 18 listes nationales ont désigné des candidats dans les cinq circonscriptions régionales. Selon les projections de Politico ainsi que du Parlement européen, le parti de la Ligue de Matteo Salvini devrait obtenir le plus d’eurodéputés (environ 26 sièges), suivi par le Mouvement 5 étoiles (environ 18 sièges) qui a désigné uniquement des femmes en tête de liste. Le Parti démocrate, de centre-gauche, arriverait en troisième position.

Frans Timmermans - Crédits : Jennifer Jacquemart / Commission européennePlus au nord, les Néerlandais, pour qui la participation est estimée entre 37 et 45 %, devront choisir le 23 mai entre 16 partis. Selon Politico, ce sont le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), qui siège aujourd'hui dans le groupe des libéraux au Parlement, ainsi que le Parti populiste de droite Forum pour la démocratie (FvD), qui arriveraient en tête. Suivent la Gauche verte (Verts/ALE) de Bas Eickhout et le PvdA (sociaux-démocrates) de Frans Timmermans, tous deux désignés comme candidats pour la présidence de la Commission européenne dans leurs partis européens respectifs.

Ce dernier a d'ailleurs proposé un salaire minimum européen "équivalent dans chaque pays membre à 60 % du salaire moyen dans ce pays". Le "Spitzenkandidat" aura l'occasion de défendre cette idée, par ailleurs largement débattue en France, lors du débat télévisé du 15 mai avec ses concurrents : Manfred Weber pour les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), Margrethe Vestager pour le parti centriste ADLE, Ska Keller pour les Verts/ALE, Jan Zahradil pour les conservateurs et réformistes européens (CRE), Nico Cue pour la gauche européenne (GUE/NGL).

Qui sont les candidats à la présidence de la Commission européenne ?

Au Royaume-Uni, les conservateurs ont accéléré les négociations avec le Labour, dans l'optique d'éviter une participation du pays aux élections. Mais quand bien même Theresa May serait prête à faire des concessions, notamment sur le sujet de l'union douanière, les Européens ne semblent plus attendre de nouveau rebondissement sur le sujet avant juin. Dans ce cas, les citoyens britanniques devront bien élire leurs eurodéputés le 23 mai.

Conservateurs et travaillistes pressés de trouver un accord

A l'Est cette fois, le Fidesz de Viktor Orban tente de mettre toutes les chances de son côté à l'approche des élections. En effet, le régime de Budapest propose des passeports aux millions de Hongrois de la diaspora résidant en Ukraine, Slovaquie ou Serbie. Une opération qui pourrait bien payer.

En Roumanie, le 26 mai, les citoyens devront choisir leurs eurodéputés… mais pas seulement. Le président Klaus Iohannis a confirmé par décret qu'un référendum national serait organisé le même jour. Deux "questions d'intérêt national" seront soumises au vote : l'interdiction d'amnistier ou de gracier les personnes condamnées pour corruption et l'interdiction pour le gouvernement d'utiliser les ordonnances d'urgence pour mettre en œuvre la réforme de la justice. Un moyen, pour un président qui dispose pourtant de peu de pouvoirs, de contrecarrer les projets du gouvernement portant atteinte à la justice du pays.

 

Et aussi...

La tête de liste de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) Jean-Christophe Lagarde propose de supprimer les 115 milliards d'euros de contributions financières nationales au budget de l'UE, qui selon lui "nourrissent les égoïsmes nationaux". Il propose de les remplacer notamment par "une taxe sur les transactions financières" ainsi qu'une "taxe sur le carbone que nous importons, une taxe aux frontières européennes". 

Benoît Hamon déplore une campagne qui, selon lui, n'est pas à la hauteur. "Mon adversaire, c'est la nullité de cette campagne", a ainsi déclaré le chef de file de la liste Génération.s, invité de l'Instant politique sur Franceinfo le 6 mai.

Plusieurs personnalités soutiennent publiquement la liste du Parti communiste français (PCF). Notamment le cinéaste Costa-Gavras, l'urgentiste Patrick Pelloux, le syndicaliste Bernard Thibault ou encore l'actrice Josiane Balasko.

Crédité de seulement 1 % des intentions de vote, Florian Philippot tente de mettre toutes les chances de son côté pour concrétiser son projet de Frexit. Le leader des Patriotes a confirmé avoir proposé une liste commune au patron de l'Union populaire républicaine, François Asselineau, défendant également une sortie de la France de l'Union européenne. M. Philippot a en effet proposé 300 000 euros à l'UpR en échange de la 3e place sur sa liste. L'ancien bras-droit de Marine Le Pen aurait soumis une offre encore plus alléchante au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan : "la troisième place" sur la liste "en échange de 400 000 euros". En vain. "Un frexiter sur une liste non-Frexit, c'est bizarre", a déclaré le troisième de liste Jean-Philippe Tanguy.