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[Le Récap' des européennes] Première bataille sur l'écologie

Actualité 28.03.2019 Marie Guitton

Dans la campagne cette semaine : les électeurs n'ont plus que quelques heures pour s'inscrire, la République en marche dévoile ses candidats menés par Nathalie Loiseau, et la guerre des programmes débute sur l'écologie... Ailleurs en Europe, Viktor Orban peut compter sur son ami Nicolas Sarkozy, tandis que Donald Tusk appelle à ne pas "trahir" les Britanniques europhiles.

LaREM, Génération.s et EELV vantent leur programme écologique - Crédits : Twitter

LaREM, Génération.s et EELV vantent leur programme écologique - Crédits : Twitter

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LaREM lance sa campagne

A deux mois du scrutin, la République en marche a enfin présenté, mardi 26 mars, les 30 premiers candidats de sa liste intitulée "Renaissance" pour les élections européennes. Nathalie Loiseau, qui en a pris la tête, a démissionné le lendemain du ministère des Affaires européennes.

Rejointe par le Modem, le parti Agir et le Mouvement radical, la liste de LaREM réunit divers représentants de la société civile, comme des exploitants agricoles, des juristes, des médecins et des journalistes.

Surtout, trois écologistes y figurent en 2e, 3e et 18e positions : l'ancien président du WWF Pascal Canfin ; l'ex-journaliste et navigatrice Catherine Chabaud, issue du MoDem ; et l'eurodéputé sortant Pascal Durand. Des ralliements qui n'ont pas manqué de susciter la critique dans le camp d'Europe Ecologie - Les Verts (EELV). Mais que Pascal Canfin a justifié par une "convergence très forte sur le fond".

Européennes : La République en marche dévoile ses 30 premiers candidats

"Ce qui nous rassemble, c'est la vision que porte le président de la République […]. Nous voulons concentrer les moyens de l'UE sur l'urgence climatique et environnementale", a pour sa part énoncé Nathalie Loiseau. LaREM prône également une "révision" du droit de la concurrence "pour faire émerger des champions européens", mais "aussi les réguler". Et une "vraie politique européenne de l'asile", accompagnée d'un "renforcement des contrôles" aux frontières extérieures.

Un meeting "de lancement des européennes" est prévu à Aubervilliers samedi 30 mars. Et selon le directeur de campagne Stéphane Séjourné, celle-ci devrait ensuite "s'accélérer". Pour l'heure, avant de publier son programme, la majorité continue d'insister sur le clivage entre les "progressistes" et les "nationalistes", cher au président de la République. "Battre le RN aux européennes serait la première victoire", a ainsi déclaré Nathalie Loiseau dans un entretien au Figaro.

Guerre d'éléphants

Ces deux partis, crédités de plus de 20% des voix dans les derniers sondages, occuperont-ils tout l'espace médiatique ?

Le parti de Marine Le Pen bat activement campagne sur le terrain, et notamment en Outre-Mer, pour rattraper LaREM. Pendant ce temps, l'équipe de campagne des Républicains se structure avant la publication de son programme en avril (Geoffroy Didier a été nommé porte-parole de la liste LR), et la bataille semble toujours mal engagée à gauche…

Alors que le Parti socialiste, isolé, a fini par officialiser son ralliement à Place publique la semaine dernière, la sélection de ses candidats a provoqué une "crise de nerfs" à la direction du PS, selon Le Monde. La liste de Place publique, menée par Raphaël Glucksmann, ne réunit que 5% des intentions de vote dans le sondage Ifop actualisé le 27 mars… soit à peine une demie douzaine de sièges, à partager avec la myriade de formations ou personnalités isolées qui s'y sont alliées (le PS, l’Union des démocrates et des écologistes, le parti radical de gauche, mais aussi Pierre Larrouturou de Nouvelle Donne, ou encore Aurore Lalucq, ex-Génération.s).

Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen, Eric Andrieu, l'eurodéputé socialiste qui préside la commission sur les pesticides, et Nora Mebarek, représentant l'aile gauche du PS, ont obtenu les premières places du Parti socialiste. Ils pourraient ainsi figurer en 2e, 3e et 4e positions sur la liste commune emmenée par Place publique.

Trop mal positionnée pour avoir une chance d'être réélue, l'eurodéputée sortante Christine Revault d’Allonnes, qui présidait jusque-là la délégation socialiste française au Parlement européen, a quant à elle démissionné de sa fonction.

Raphaël GlucksmannEn interne, plus d'un tiers des votants s'est opposé à la sélection du bureau national du PS, dont des proches des anciens ministres Stéphane Le Foll et Martine Aubry, ainsi que des soutiens du premier secrétaire Olivier Faure. Les militants doivent désormais se prononcer le 2 avril sur la liste du PS.

Au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, Raphaël Glucksmann (photo ci-contre) a, de son côté, distillé quelques éléments de son programme. "Rétablir le sentiment de justice" en matière de fiscalité, sortir les dépenses "vertes" du déficit public pris en compte au titre des critères de Maastricht (la règle des fameux 3%), instaurer une taxe écologique "dans un cadre global" incluant le trafic aérien à l'échelle européenne, ou encore lutter contre les paradis fiscaux.

On votera en prison… et en dehors ?

Le Conseil constitutionnel a validé, le 21 mars, l'installation d'urnes dans les prisons. Une expérimentation inédite en vue des élections européennes. Les 56 070 prisonniers français (qui ne sont pas déchus de leurs droits civiques) pourront ainsi voter depuis leurs établissements pénitentiaires, entre le 18 et le 22 mai. Jusqu'à présent, ce droit était difficilement exercé, via l'établissement de procurations ou des permissions de sortie…

De quoi faire remonter le taux de participation aux européennes, mal-aimées des Français ? Dans un tout autre registre, le 25 mars, un autre "Conseil" a appelé les électeurs à voter pour "dire quelle Europe nous voulons" : celui de la Conférence des évêques de France.

Les citoyens n'ont plus que quelques heures, jusqu'au 31 mars, pour s'inscrire sur les listes électorales !

New deal contre new deal

Benoît Hamon, de son côté, continue d'avancer seul, à la tête de son parti Génération.s. Ecarté du grand débat télévisé du 4 avril, il a d'ailleurs intenté le 28 mars une action en justice contre France Télévisions. Au niveau européen, il compte néanmoins dans la coalition emmenée par l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, qui se présente en Allemagne sur la liste Démocratie en Europe. Leur alliance transnationale, appelée "Printemps européen", a lancé le 25 mars à Bruxelles sa campagne en vue des élections européennes. Des candidats porteront son programme de "New deal européen" en Pologne, au Danemark, au Portugal, en Grèce ou encore en Belgique francophone et néerlandophone, selon Le Soir. Parmi les propositions de ces Européens "convaincus" mais "critiques" : de nouvelles taxes sur le carbone et le plastique, l'inscription de "tous les paradis fiscaux sur la liste noire", un programme d'investissement annuel de 500 milliards d’euros pour la transition verte, un renforcement des pouvoirs du Parlement européen ou la création d’un fonds pour éradiquer la pauvreté.

Alors que l'environnement arrive en tête des préoccupations des citoyens ayant participé à l'initiative WeEuropeans, EELV propose elle aussi son "nouveau pacte". Le parti a présenté son programme lundi 25 mars, en dénonçant la "capitulation" des écologistes qui ont rejoint Emmanuel Macron et le "modèle économique [actuel] destructeur pour la planète". Dans un entretien au Journal du Dimanche, Yannick Jadot, qui dirige la liste EELV, propose "un Green New Deal : un plan d'investissement de 100 milliards pour les énergies renouvelables et l'isolation des logements, qui nous permettra, en vingt ans seulement, […] de créer des millions d'emplois". EELV propose de faire de l’écologie la "norme juridique supérieure" de l'UE, de créer une banque européenne du climat, d'instaurer une taxe carbone aux frontières, de mieux défendre les droits des minorités, de mettre en place des référendums européens d'initiative citoyenne et de lutter contre les paradis fiscaux.

Un programme qu'a attaqué Jean-Luc Mélenchon à Saint-Brieuc, lors d'un meeting le 28 mars. "Presque rien sur le Rassemblement national. Pas un mot sur les Républicains, Place publique ou Benoît Hamon", relève France Inter. "Je lis dans le programme de M. Jadot qu'il veut faire une banque d'investissement pour le climat et la biodiversité. Ça ne leur pose pas un problème une trouvaille pareille ? C'est la même que M. Macron !", a plutôt lancé l'ancien candidat à la présidentielle, alors que La France insoumise talonne EELV dans les sondages (8% contre 8,5% pour les écologistes). "Il ne peut pas y avoir de capitalisme vert", avait-il déjà déclaré à Caen le 14 mars.

Les Gilets jaunes choisissent leurs camps

De leurs côtés, les Gilets jaunes se structurent pour faire valoir leurs idées. Après Christophe Chalençon, qui a annoncé le 3 mars qu'il présenterait sa propre liste "Évolution citoyenne", c'est Jean-François Barnaba, une autre figure du mouvement, qui a lancé sa liste "Jaunes et citoyens" en vue des élections du 26 mai.

Le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan a quant à lui confirmé que le Gilet jaune Benjamin Cauchy figurerait à la 9e place sur sa liste des "Amoureux de la France". Dévoilée ce jeudi 28 mars, on y retrouve l'ancienne députée des Républicains Marie-Jo Zimmermann à la 4e place, mais pas le président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD), Jean-Frédéric Poisson, dont le ralliement avait pourtant été annoncé mi-mars.

Le NPA soutient Lutte ouvrière

Le NPA a jeté l'éponge faute de financements suffisants pour présenter sa liste aux élections européennes. Le parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot et de Philippe Poutou fera campagne pour Lutte Ouvrière.

Nicolas Sarkozy et son "ami" Viktor Orban

Alors que chacun compte ses soutiens, l'ancien président français Nicolas Sarkozy plaide quant à lui pour le "rassemblement" des conservateurs européens. Le Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orban a été suspendu du parti populaire européen (PPE) le 20 mars. Mais "la Hongrie, c'est le pays de mon père. C'est un grand pays. Un pays qui est fort de son Histoire. C'est un peuple courageux, qui osa se lever seul - le Fidesz était à la tête de ce mouvement - contre la dictature communiste et contre le totalitarisme. La Hongrie est profondément européenne par son histoire, sa culture, ses valeurs", a déclaré Nicolas Sarkozy lors d'un colloque sur les migrations, en présence de son "ami" Viktor Orban.

Mais aussi : les Européens et leurs six millions d'amis britanniques

Donald Tusk, le président du Conseil européen, s'inquiète pour sa part du sort réservé par les Européens aux six millions de Britanniques qui ont signé la pétition pour annuler le Brexit et au million supplémentaire qui a défilé à Londres samedi 23 mars pour réclamer un nouveau référendum. "Nous devrions être ouverts à une longue prolongation si le Royaume-Uni souhaite repenser sa stratégie sur le Brexit, ce qui signifie bien sûr la participation du Royaume-Uni aux élections", a-t-il plaidé devant le Parlement européen. "On a entendu des voix disant que ce serait dommageable. Permettez-moi d'être clair : une telle pensée est inacceptable".

Si un accord de sortie n'est pas ratifié dans les tous prochains jours par les députés britanniques, un report long du Brexit (et donc la participation du Royaume-Uni aux élections européennes de mai) serait le seul moyen d'éviter une sortie sans accord le 12 avril.

 

Dossier spécial Elections européennes : tout comprendre