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[Le Récap' des européennes] Nomination des postes clés de l'UE : un processus tumultueux

Actualité 27.06.2019 Boran Tobelem & Steven Kakon

A trois jours du sommet de "crise" et à cinq jours de l'installation du nouveau Parlement, les Vingt-Huit sont toujours dans l'embarras du choix en ce qui concerne les nominations des dirigeants de l'UE. Pendant ce temps, en France, on tire toujours les leçons des européennes.

De gauche à droite : Emmanuel Macron, Manfred Weber et Angela Merkel - Crédits : Wikimedia Commons / Wikimedia Commons / Flickr CC BY-NC-ND 2.0

De gauche à droite : Emmanuel Macron, Manfred Weber et Angela Merkel - Crédits : Wikimedia Commons / Wikimedia Commons / Flickr CC BY-NC-ND 2.0

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Les Européens se mettront-ils enfin d'accord sur les nominations aux postes clés ?

Rien n'est moins sûr. A trois jours d'un sommet européen de crise, dimanche 30 juin, les chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres n'ont toujours pas réussi à s'entendre sur les personnalités qui occuperont les cinq "top jobs" à pourvoir prochainement (présidences de la Commission, du Conseil européen, du Parlement, haut représentant pour les affaires étrangères et président de la Banque centrale européenne).

Comment sont choisis les présidents des institutions européennes ?

Si Donald Tusk a affirmé à l'issue du précédent sommet, le 20 juin, que les dirigeants européens n'avaient pas retenu le système des Spitzenkandidaten - qui veut que le chef de file du parti vainqueur des élections européennes brigue la tête de la Commission européenne - trouver d'autres noms s'annonce particulièrement compliqué.

Crédits : Manfred Weber / Wikimedia CommonsD'autant que l'Allemand Manfred Weber, le Spitzenkandidat du PPE, arrivé en tête du scrutin européen du 26 mai, refuse de renoncer à ses ambitions. Et ce malgré le refus, annoncé jeudi 20 juin par les représentants des sociaux-démocrates et des libéraux au Parlement européen, d'approuver sa candidature. Peut-être estime-t-il qu'il pourrait profiter du bras de fer opposant Paris et Berlin à son sujet ?

Car le camp de la chancelière allemande Angela Merkel ne semble pas avoir apprécié l'attitude d'Emmanuel Macron, qui a rejeté dès le début des négociations la candidature de M. Weber. Mardi 25 juin, le chef de file de la CDU dans l'hémicycle européen Daniel Caspary est même allé jusqu'à accuser le chef de l'Etat français de "devenir anti-allemand".

Quoi qu'il en soit, Manfred Weber ne dispose pas d'une majorité "super-qualifiée" au Conseil européen (21 Etats membres sur 28 représentant 65 % de la population de l'UE), nécessaire pour que son nom soit soumis à l'approbation des eurodéputés. Pas plus que le chef de file des sociaux-démocrates Frans Timmermans (Pays-Bas) et celle des libéraux Margrethe Vestager (Danemark).

Crédits : Angela Merkel - Crédits : Flickr / International Labour Organization CC BY-NC-ND 2.0

L'Allemagne pourrait cependant accepter un candidat ne s'appelant pas Manfred Weber, Angela Merkel ayant finalement fait savoir mercredi 26 juin aux députés allemands qu'elle pourrait accepter un compromis : "Ne peut être candidat à la présidence de la Commission que celui qui a été présenté [au Parlement européen] par le Conseil européen (qui représente les 28 Etats membres), et cela ne dépend pas de moi seule [...]. Je souhaite que cela se fasse en accord avec le principe du Spitzenkandidat, mais je ne peux pas dire aujourd'hui que ce sera le cas", a affirmé la chancelière allemande.

Mais comment trouver d'autres personnalités capables pour les cinq postes à pourvoir d'assurer un équilibre nord-sud, est-ouest ainsi que la parité hommes-femmes ?

Selon une source de l'hebdomadaire Le Point, une proposition a été faite aux chefs d'Etat et de gouvernement au cours du dernier Conseil européen du 20 juin, laquelle consistait à répartir les fonctions à partir des couleurs politiques : la présidence de la Commission pour le PPE ou encore celle du Conseil européen pour les sociaux-démocrates. Avec la possibilité pour chaque camp de choisir en interne qui nommer. Mais Emmanuel Macron y aurait mis son veto.

Toujours d'après Le Point, les dirigeants européens ont convenu pendant leur dernière rencontre que lorsqu'ils se retrouveraient le 30 juin, ils présenteraient chacun deux noms de potentiels présidents pour la Commission. Et de préférence une femme et un homme. Cela sera-t-il pour autant suffisant ?

Et quels noms pourraient faire l'unanimité ? Peut-être le Premier ministre croate Anrej Plenkovic, la présidente de la Lituanie Dalia Grybauskaite ou bien la Bulgare Kristalina Georgieva, laquelle dirige la Banque mondiale, comme le mentionne une envoyée spéciale à Bruxelles du Parisien.

Pourquoi pas, sinon, Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit, dont la candidature est un secret de Polichinelle à Bruxelles ? Membre du PPE, il serait qui plus est soutenu par le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), d'après une source diplomatique de L'Opinion.

(Eléments de) réponse dimanche 30 juin à Bruxelles ? 

 

Le Parlement européen se réunit pour sa première plénière

Six semaines après les élections européennes, les 751 eurodéputés élus vont entrer en fonction à l'occasion d'une première session plénière, du 2 au 4 juillet. Ils éliront à cette occasion le président de l'institution, qui occupera le poste pendant la première moitié de la législature, soit pendant deux ans et demi.

Jusqu'à présent, une alternance tacite et plus ou moins fluide a eu lieu entre les deux principaux groupes politiques, majoritaires à eux deux dans l'hémicycle : le Parti populaire européen (PPE, droite) et les socialistes et démocrates (S&D, gauche). La donne devrait cette année être différente dans la mesure où le Parlement européen apparaît éclaté comme jamais auparavant et où un équilibre non seulement partisan, mais aussi géographique et paritaire devra certainement être respecté avec les autres postés clés à pourvoir au niveau européen (Commission européenne, Conseil européen, Banque centrale européenne, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères). Les autres membres du bureau (14 vice-présidents et 5 questeurs) seront également élus.

 

Fin du "cordon sanitaire" contre l'extrême droite au Parlement européen ?

Les quatre groupes parlementaires majoritaires dans l'hémicycle (PPE (droite conservatrice), S&D (sociaux-démocrates), RE (libéraux) et Verts) ont décidé, selon les informations du Monde, qu'ils laisseraient l'extrême droite présenter des candidats pour les vice-présidences du Parlement, ainsi que pour les présidences et vice-présidences des commissions parlementaires élues le 8 juillet. Le groupe Identité et démocratie (ID), cinquième de l'assemblée et fort de 73 membres, souhaite en effet obtenir quelques-uns de ces postes.

Pour l'heure, les chances de l'extrême droite sont cependant faibles, les quatre formations ayant déjà annoncé qu'elles lui feraient ensuite barrage lors des votes.

Comment fonctionne le Parlement européen ?

 

En France, les partis continuent de tirer les leçons des européennes (et visent toujours les municipales)

Le Rassemblement national (RN), arrivé en tête des européennes en France, continue d'affiner sa stratégie en vue de la bataille des municipales de mars 2020, que Marine Le Pen a lancée dès le soir du 26 mai. Le parti ne cache en effet pas son intention, tout comme La République en Marche (LaREM), de faire alliance avec des maires membres des Républicains, parti en position de faiblesse depuis sa débâcle lors des européennes. Cèderont-ils aux sirènes de l'extrême droite ? Pour le moment, les élus locaux concernés semblent résister.

Christian Jacob - Crédits : compte FacebookEn attendant, chez LR, on cherche toujours le successeur de Laurent Wauquiez, démissionnaire depuis le 2 juin. Ce sont les 12 et 19 octobre que les militants auront l'occasion de choisir leur nouveau leader. Pour le moment, un seul candidat est déclaré : Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale. L'enjeu pour la droite ? Définir une ligne politique claire et donc éviter une nouvelle déroute à l'occasion des municipales.

Pour sa part, LaREM cherchera à capitaliser sur l'important regain de popularité d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe qui progressent, selon un sondage BVA réalisé pour La Tribune, Orange et RTL, de respectivement 3 et 4 points de popularité. Dans un entretien accordé au New Yorker, journal américain, le chef de l'Etat est à cet égard revenu sur les européennes, se félicitant d'avoir contribué à empêcher qu'une coalition d'extrême droite obtienne la majorité au Parlement européen.

Pour la suite du quinquennat, l'exécutif français entend accentuer le verdissement de sa politique, avec notamment le projet de loi énergie et climat. Actuellement débattu à l'Assemblée nationale, celui-ci prévoit d'atteindre la "neutralité carbone" à l'horizon 2050 tout en décrétant l'"urgence écologique et climatique".

Yannick Jadot - Crédits : compte FacebookUn texte qui peut aussi s'avérer utile pour contrer les Verts, renforcés depuis les européennes. Ceux-ci affichent en effet clairement leurs ambitions pour les prochaines échéances électorales, évoquant même ouvertement la présidentielle de 2022. Pour David Cormand, secrétaire national d'EELV et nouvel eurodéputé, Yannick Jadot est en effet un "candidat légitime". De fait, à en croire le sondage BVA précédemment cité, la cote de popularité de M. Jadot et de la formation écologiste apparaissent en forte hausse.

La percée de l'eurodéputé est toutefois perçue avec circonspection à gauche. "Sans être désobligeant, les Verts ont fait 13 %, pas 35 ! Cette euphorie posteuropéenne est assez déplacée. Ils devraient mesurer que l’arrogance n’est jamais bonne conseillère", a ainsi cinglé Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste. Dans la même gamme d'idées, Manon Aubry, tête de liste de La France insoumise (LFI) lors des européennes reproche à Yannick Jadot de ne pas proposer une écologie "au service des classes populaires". "Nous restons droit dans nos bottes. On ne va pas dire que l'écologie libérale est bien, parce que c'est celle qui fait voter davantage les gens", a-t-elle asséné lors d'un entretien donné à Franceinfo.

Plus généralement, un mois après son score en l'occurrence très décevant lors des européennes, LFI tente de refaire surface. Pour Mathilde Panot, vice-présidente des Insoumis à l'Assemblée nationale, le parti a connu un "problème de fédération, de dégagisme, de participation électorale", reconnaissant que LFI ne gagnera pas seule lors des municipales. Quant à Jean-Luc Mélenchon, le leader du mouvement a démenti toute velléité de mise en retrait des instances dirigeantes de LFI : "mon rôle est consubstantiel au mouvement", a-t-il affirmé.

 

Dossier spécial Elections européennes : tout comprendre