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Le plan de redressement irlandais : entre austérité et espoir

Actualité 25.11.2010

Le ministre des Finances Brian Lenihan a dévoilé hier le plan d'austérité très attendu tant par le peuple irlandais que par les dirigeants européens et les marchés financiers. Les grandes lignes de ce plan étaient connues depuis quelques semaines déjà. Le gouvernement avait tenté de préparer l'opinion publique et d'apaiser les marchés en laissant filtrer des bribes de ce plan important qui veut "remettre l'Irlande sur la bonne voie " selon M. Lenihan. La présentation du plan est une première étape avant le vote du budget le 7 décembre.

Avant de présenter une litanie de mesures draconiennes, le Premier ministre et le ministre des Finances ont souligné qu'il s'agissait d'un plan de "redressement national pour assurer l'avenir du pays". Malgré les problèmes graves créés par l'effondrement du secteur bancaire, presque entièrement nationalisé, l'Irlande a encore de bonnes raisons d'espérer une sortie de crise à l'horizon de 2014. Selon M. Lenihan, il existe des signaux positifs : "les exportations ont augmenté de 6% en 2010. La crise du secteur bancaire cache une réalité économique moins pessimiste". Ce plan de redressement a pour but de rassurer les marchés financiers et les partenaires européens de l'Irlande qui financent le plan d'aide. L'lrlande veut démontrer à tous qu'elle est prête à faire des efforts sérieux pour remédier à sa situation.

10 milliards d'économies sur quatre ans

Le plan de plus de 160 pages détaille comment le gouvernement compte arriver à 15 milliards d'économies d'ici 2014. Il comporte 10 milliards de coupes budgétaires et 5 milliards de hausses d'impôts. La plus grande partie du plan sera mise en œuvre dès 2011 avec des réductions de 6 milliards d'euros.

Afin d'atteindre ces objectifs, les dépenses de l'Etat seront réduites de 15% dans les domaines de la sécurité sociale, de la fonction publique et de l'investissement dans les infrastructures. Cependant, le gouvernement ne toucherait pas au régime général des retraites. Lors des précédents budgets, des coupes sur les retraites avaient donné lieu à de grandes manifestations par les "seniors", une tranche d'âge qui a largement contribué à la réussite économique du pays mais qui votent aussi le plus. Par contre, une réduction de 12% du salaire minimum est prévue (de 8.65 à 7.65 euro).

Un élargissement de l'assiette fiscale

Très ambitieux sur les réductions des dépenses, le plan irlandais vise également une augmentation des revenus de l'Etat. Pendant la période du 'tigre celtique' le gouvernement de M. Cowen avait réduit de manière significative le nombre de personnes imposables et avait réduit les taux d'imposition. Des revenus d'impôts de la bulle immobilière avait permis de compenser ces réductions. Depuis l'implosion du secteur immobilier en 2008, ces revenus se sont taris.
Les chiffres clés : 15 milliards d'économies au cours des quatre prochaines années afin de réduire le déficit de 32% à 3% en 2014. Il s'agit de 10 milliards de coupes budgétaires et de 5 milliards de hausses d'impôts.
Actuellement presque la moitié des salariés ne paie pas d'impôts et les recettes de l'Etat ont baissé de 35% depuis 2007. En présentant le plan, le Premier ministre Brian Cowen a insisté sur le fait que tous les Irlandais doivent contribuer au redressement du pays mais que "ceux peuvent payer, paieront plus et que personne ne sera à l'abri des augmentations".

Dorénavant, une plus grande proportion de la population paiera donc des impôts et à des niveaux plus élevés. Le taux le plus élevé d'impôt sur le revenu serait à 42%, voire plus. La fin des réductions d'impôts pour le secteur immobilier devrait également renflouer les caisses de l'Etat.

Dans un deuxième temps, l'Irlande introduira des taxes d'habitation et une facturation de l'eau. Ces nouvelles taxes seront très impopulaires car jusqu'à là les Irlandais ne payaient ni taxe d'habitation, ni pour l'eau. La TVA sera augmentée de 21% à 22% en 2013, et jusqu'à 23% en 2014 ce qui pourrait inciter les Irlandais à faire leurs courses en Irlande du Nord où la TVA est moins élevée.

Une batterie de petites mesures (tel le gel de l'assistance pour la redevance audiovisuelle pour les retraités, la fin de la réduction fiscale pour les cotisations syndicales…) seront aussi mises en œuvre afin d'augmenter les recettes fiscales par des impôts indirects.

7 décembre, date cruciale pour le vote du budget par le Parlement irlandais

De manière assez prévisible, le plan a reçu un accueil mitigé selon le positionnement politique de chacun.  Salué par l'organisation des employeurs, IBEC, et la Chambre de Commerce américaine en Irlande, il a été critiqué par les syndicats qui ont prévu une manifestation samedi à Dublin. Le parti socialiste, le Labour, a critiqué certaines mesures 'idéologiques' telle la réduction du salaire minimum.

Le plan présenté hier déterminera pour la majeure partie le budget qui sera présenté le 7 décembre. Le climat politique d'ici là sera crucial. Avec une majorité de seulement deux députés au Parlement, M. Cowen aura des difficultés à faire voter son budget. Même à l'intérieur de son propre camp des voix se lèvent pour exiger sa démission et la tenue d'une élection anticipée.

La perspective d'une élection inquiète les pouvoirs européens. Olli Rehn a appelé les politiques irlandais à ratifier le budget le plus rapidement possible. Une élection anticipée repousserait le budget de plusieurs mois et augmenterait la spéculation sur les marchés, aggravant encore plus la situation de l'Irlande et d'autres pays européens fragilisés. Le ministre des Finances a souligné qu'à son avis même les partis de l'opposition auraient été obligés de faire un budget similaire.

Les choix politiques seront difficiles dans les jours qui viennent à la fois pour le gouvernement qui essaie de maintenir sa majorité de peau de chagrin, et l'opposition qui hésite entre sa responsabilité de voter ce budget ou de pousser le gouvernement à la démission. L'exposé du plan de redressement aujourd'hui aura au moins servi à clarifier l'étendue du problème et de proposer une résolution à moyen terme aux malheurs du pays.


Les 10 principales mesures du plan irlandais :

 

  • 15 milliards d'euros d'économies sur quatre ans ;
  • Une réduction des dépenses publiques de 10 milliards d'euros et une augmentation de l'impôt de 5 milliards d'euros ;
  • L'impôt sur les sociétés sera maintenu à 12.5% ;
  • Les dépenses de la sécurité sociale seront réduites de 2.8 milliards d'euros d'ici 2014 ;
  • Les dépenses pour la santé baisseront de 1.4% milliards d'euros ;
  • La TVA augmentera de 21% à 23% d'ici 2014 ;
  • Le salaire minimum baissera d'un euro à 7.65 euro ;
  • Une taxe d'habitation et une facturation de l'eau seront créées ;
  • Les salaires des fonctionnaires baisseront de 4% supplémentaires et les nouveaux entrants à la fonction publique seront payés 10% en moins que leurs collèges ;
  • Une réduction de la fonction publique de 24750 agents.

 

En savoir plus :

Le mécanisme européen de stabilisation : Comment ça marche ? - Touteleurope.eu 

Articles d'actualité sur l'Irlande - Touteleurope.eu

National recovery plan - Ministère des Finances irlandais (PDF 160 pages)

Résumé du Plan national de redressement irlandais - Ministère des Finances irlandais