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Le Parlement européen vote en faveur de l'interdiction totale de l'expérimentation animale pour les cosmétiques

Actualité 01.06.2018

Le Parlement européen a voté, le 3 mai 2018, en faveur de l'arrêt total de l'expérimentation animale pour les cosmétiques dans le monde. L'objectif est de promouvoir les normes européennes en matière de protection animale.

Expérimentation animale

Expérimentation animale. Photo : iStock - Crédits : Artfully79.

L'Europe est le plus grand marché au monde pour les produits cosmétiques. Secteur prospère et innovant, il fait travailler deux millions d'Européens. L'expérimentation animale, pratiquée depuis la Seconde Guerre mondiale, est à cet égard un enjeu majeur dans la mesure où cette pratique a jusqu'à présent été considérée comme le meilleur moyen de s'assurer de la non-toxicité des substances.

Pour que les réactions aux substances soient comparables avec celles des humains, les animaux cobayes ont, logiquement, un profil génétique et physiologique également proche. Lapins et rats sont ainsi utilisés pour avaler, inhaler ou recevoir quotidiennement sur leur peau rasée des substances cosmétiques pendant des périodes allant de 28 à 90 jours. Les animaux sont ensuite abattus pour être disséqués afin de vérifier l'innocuité des produits.

Outil de la sécurité sanitaire des consommateurs, l'expérimentation animale est aujourd'hui condamnée par de nombreux Européens, pour qui elle est un acte violent inutile. De plus, l'exactitude des résultats obtenus est également remise en cause, tandis que des alternatives fiables sont désormais disponibles. C'est pourquoi l'Union européenne se place en précurseur de l'interdiction de ces pratiques sachant qu'environ 80% des pays dans le monde continuent à autoriser l’expérimentation animale et la commercialisation de produits cosmétiques expérimentés sur des animaux.

Opinion publique favorable

Un eurobaromètre spécial a été commandé pour mieux connaitre le sentiment des Européens à l'égard du bien-être animal. Les résultats, publiés en mars 2016, révèlent que 90% des personnes interrogées déclarent qu’il est important d’établir des normes élevées universelles en matière de bien-être animal et 89% d’entre elles pensent que l’UE devrait faire davantage de sensibilisation sur l’importance du bien-être animal au niveau international.

Corine Pelluchon, professeure de philosophie et auteure de plusieurs ouvrages sur l'éthique animale tels que Manifeste animaliste, politiser la cause animale, explique que "les Européens se sentent vraiment concernés. Ils sont de plus en plus nombreux à prôner un plus grand respect des animaux et même s'ils ne sont pas tous prêts à abandonner certaines pratiques, la question animale devient un véritable enjeu de société".

Interdiction des tests sur les animaux dans l'UE depuis 2013

Depuis 2004, l'UE légifère pour limiter l'expérimentation animale. D'abord en interdisant les tests sur les animaux pour les produits finis puis, en 2009, pour la majeure partie des ingrédients qui les composent. En 2013, c'est une interdiction totale de la commercialisation des produits cosmétiques ayant été testés sur des animaux qui est décidée, qu’ils aient été produits en Europe ou en dehors. Ce texte bannit en outre les tests de combinaisons d'ingrédients sur les animaux. Ainsi, entre 2004 et 2009, le nombre d'animaux utilisés par l'industrie cosmétique pour des expérimentations a été réduit de 96%.

La Commission européenne précise que ces lois n'ont pas entamé le développement du secteur des cosmétiques. La règlementation européenne a même permis, selon Bruxelles, une intensification de la recherche pour l'élaboration de substituts à l'expérimentation animale. Entre 2007 et 2011, ce sont d'ailleurs 238 millions d'euros provenant du budget européen qui ont été affectés à cet effort.

Malgré ces avancées, les expériences sur les animaux sont tolérées dans le cadre de la loi REACH qui s'applique au secteur de la chimie, pour les produits pharmaceutiques, les détergents industriels, les composants utilisés dans l'agro-alimentaire. La loi prévoit de tester sur les animaux les substances en cas de nécessité absolue pour s'assurer qu'elles ne sont pas nuisibles pour la santé de l'Homme. Une majorité de ces substances est également employée dans la formulation de cosmétiques. Ainsi les composants peuvent aussi bien être concernés par l’interdiction posée dans la directive de 2013 que par les essais autorisés dans le cadre de la règlementation REACH. Sur ce point, les associations de défense de la cause animale demandent des avancées.

Promouvoir l'interdiction des tests à l'échelle mondiale

En revanche, la directive de 2013 n'agit pas sur les ventes à l'extérieur de l'UE et certains pays exigent que des tests sur des animaux soient pratiqués pour autoriser le produit sur leur marché. L'exemple le plus emblématique est celui de la Chine qui représente un marché majeur pour l'industrie mondiale des cosmétiques.

La résolution de 2018 compte sur l'extension de l'interdiction des tests sur les animaux à l'échelle mondiale. Le texte ne sera pas contraignant à l'international, mais devrait permettre de porter la norme européenne dans les instances mondiales. "Nous espérons inscrire la résolution à l'ordre du jour de la prochaine session de débat des Nations unies en septembre 2018", explique Frédérique Ries, eurodéputée libérale belge et auteure de la résolution. "L'expérience européenne montre par l'exemple que le marché des cosmétiques s'adapte à cette nouvelle réglementation et qu'elle pousse les industriels à investir dans la recherche" : "il est important de montrer nos résultats à nos partenaires", ajoute-t-elle. Plusieurs pays non-européens ont déjà interdit les tests sur animaux pour les cosmétiques, comme l'Inde, la Nouvelle-Zélande, l'Islande, la Suisse et le Guatemala.

Pour Corine Pelluchon, les dernières réticences à l'abolition des expériences sur les animaux s'expliquent par "la routine des industriels, qui ont du mal à mettre en place rapidement les alternatives disponibles". Mais le marché s'adapte à la demande, estime-t-elle, et "si les clients refusent d'acheter des produits testés sur les animaux, les producteurs seront contraints de changer leur pratiques". "Aujourd'hui c'est surtout les institutions politiques nationales qui n'entendent pas les préoccupations des leurs citoyens et n'agissent pas suffisamment en conséquence". En revanche, conclut Mme Pelluchon, ce que fait l'Europe pour le bien-être animal représente "un véritable pas en avant".