Derniers articles publiés

Le Pape François et la "culture du déchet"

Actualité 25.11.2014

Le 25 novembre, le Pape François a effectué une visite historique à Strasbourg pour prononcer deux discours, au Parlement européen d’abord, puis au Conseil de l’Europe. Une première depuis 1988. Lors de ses allocutions, François n’a pas mâché ses mots, appelant l’Europe à cesser de se replier sur elle-même, à remettre l’humain au centre de la politique et également à en terminer avec la "culture du déchet". Les eurodéputés ont, presque tous, apprécié.

Le Pape François et Martin Schulz

Pour l’occasion, Strasbourg a été bloquée. Du propre aveu d’un policier interrogé, il s’agissait probablement de la ville "la mieux protégée d’Europe". Probablement vrai. Des routes barrées. Les transports publics arrêtés. Des centaines de policiers mobilisés. Et un hélicoptère qui tournoie en permanence au-dessus du quartier européen. Même les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pas droit à un tel dispositif de sécurité.

Peu après 10h30, l’interminable cortège de voitures banalisées arrive au Parlement européen. Le Pape est à l’heure. De fait, de mémoire d’homme, il s’agit de la plus courte visite à l’étranger d’un souverain pontife. 3h50 au total. L’emploi du temps est cadencé. A 11h15, François fait son entrée dans l’hémicycle et, après une introduction du président du Parlement européen Martin Schulz, à l'initiative de son invitation, entame un discours infiniment plus politique que religieux.

Les constats se font alors sombres. "Trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets", déclare-t-il immédiatement. François fustige les modes de vie égoïstes et indifférents des autres, et spécialement des plus pauvres. Il dresse le portrait-robot d’une Europe vieillissante et repliée sur elle-même, donc peu en phase avec le monde actuel. Selon lui, l’Occident est en panne d’idée et le christianisme peut l’aider à retrouver les valeurs qui sont les siennes. Pour cela, il faut investir dans l’éducation, défendre la famille, assurer la dignité du travail. Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde, le résume en un tweet, le Pape "exhorte pour que l’Europe redécouvre sa bonne âme".

Car l’heure est plutôt à la "culture du déchet", assène le Pape François. "Trop souvent lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupules, comme dans le cas des malades en phases terminale, des personnes âgées abandonnées sans soin ou des enfants avant de naître", précise-t-il, fidèle à la doctrine de l’Eglise sur l’euthanasie et l’avortement. Un des rares points de son discours où le plutôt large consensus autour de sa visite parmi les eurodéputés aura été mis à mal. Comme par l’eurodéputé socialiste Marc Tarabella (Belgique) ou encore par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier fut d’ailleurs l’un de rares députés européens à vivement dénoncer la venue du Pape au Parlement européen, estimant que ce n’est "pas le lieu pour un prêche".

De toute évidence, les retours furent néanmoins largement positifs de la part des députés européens ou encore de Ségolène Royal, ministre française de l’Ecologie, présente à Strasbourg aux côtés d’Harlem Désir, ministre chargé des Affaires européennes, pour accueillir le Pape François. Selon Mme Royal, le Pape a prononcé un "très beau discours", saluant ses mots en faveur de la défense de l’environnement. "L’Europe a toujours été en première ligne dans son louable engagement pour l’écologie. Nous ne sommes pas les propriétaires de la Terre", a-t-il en effet scandé.

Quant à l’immigration, thème sur lequel les déclarations du souverain pontife étaient particulièrement attendues, François n’a pas manqué l’occasion de rappeler à l’Union européenne qu’il relève de son devoir de venir en aide et d’accueillir les migrants risquant leur vie pour traverser la Méditerranée. "Il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut pas tolérer aujourd’hui que la Méditerranée devienne un grand cimetière", a-t-il ainsi déclaré.Comme prévu, le discours du Pape s’est terminé vers 12h, sous le bruit d’une standing-ovation des eurodéputés présents en nombre dans l’hémicycle strasbourgeois. Comme en 1988, année de la dernière visite d’un pape au Parlement européen, à l’époque Jean-Paul II, le contexte historique de la venue de François est important. Passée la Guerre froide, l’Europe est aujourd’hui en proie à la montée de l’euroscepticisme et des formations politiques opposées aux partis de gouvernement traditionnels. Le Pape a ainsi tenu à mettre en garde l’Europe contre les dérives de son modèle économique qui, selon lui, peut laisser de nombreuses personnes dans l’incertitude et la pauvreté. Un discours que le philosophe Michel Onfray a résumé en moins de 140 caractères : "l’Europe libérale qui répand la misère libérale s’offre un Pape anti-libéral qui critique les effets du libéralisme".