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Le monde au chevet de la Libye, l'Europe en tête

Actualité 02.09.2011

Bien timide et divisée sur la réaction à avoir face à la révolution en Libye, l'Europe semble aujourd'hui prête à jouer un véritable rôle d'accompagnement auprès du peuple libyen, suite au départ du colonel Kadhafi. L'Europe des Etats membres bien sûr puisqu'ils étaient déjà quelques-uns, France et Grande-Bretagne en tête à soutenir activement l'intervention de l'OTAN, mais aussi l'Union européenne, qui a levé les sanctions sur les entreprises et les ports libyens, et proposé son soutien financier.

15 milliards de dollars pour la démocratie en Libye

Si Mouammar Kadhafi reste introuvable, la Libye semble d'ores et déjà tourner la page de plus de quarante ans de règne de celui qui s'était auto-proclamé 'Roi de l'Afrique'. Et la communauté internationale semble bien prête à l'y aider.

Soixante grandes puissances mondiales et l'Organisation des Nations Unies se sont ainsi réunies hier à Paris, sous l'égide de la France et de la Grande-Bretagne, afin "de réfléchir au travail à long terme que nous aurons à mener pour aider le peuple libyen dans son ambition d'avoir un pays démocratique", selon les mots de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Cette conférence a permis notamment de faire acter la reconnaissance par de nombreux pays du Conseil national de transition (CNT) des rebelles libyens, même si certains s'y refusent toujours. Rappelons que la France a été la première a le reconnaître comme "représentant légitime du peuple libyen" dès le mois de mars. La Chine, représentée par un "observateur" hier à Paris n'a pas encore reconnu le CNT, même si elle concède que le Conseil joue un rôle considérable dans la reconstruction du pays.

Le CNT était représenté par son président Moustafa Abdel Jalil qui a présenté devant ses partenaires internationaux les plans de formation d'un gouvernement intérimaire ouvert à tous pour engager la reconstruction de la Libye. Selon les conclusions de la présidence française, la "déclaration constitutionnelle du Conseil national de transition fournit un projet clair pour mener à bien la transition politique dans un esprit d'unification du peuple libyen et de réconciliation des deux parties au conflit actuel".

Afin d'accompagner concrètement cette transition libyenne, les participants au sommet de Paris ont acté le versement de quelques 15 milliards de dollars sous la forme d'un dégel des avoirs de Kadhafi au profit du peuple nouvellement libre. Mais sous condition : que cet argent serve uniquement à la transition démocratique.

Nicolas Sarkozy a cependant annoncé que le conflit était loin d'être fini : l'OTAN poursuivra ses frappes tant que le colonel sera une menace pour le pays. Ce dernier, toujours en fuite, a fait diffusé hier un message annonçant clairement qu'il ne baissait pas les armes.

L'Union européenne prête à mobiliser ses propres outils

Elle n'avait pas souhaité s'engager dans le conflit en Libye, ses membres étant bien trop divisés sur la question (l'Allemagne par exemple s'est opposée à l'intervention de l'OTAN), mais l'Union européenne est aujourd'hui prête à mettre à disposition ses outils de soutien à la démocratie libyenne naissante, notamment via une aide financière.

Une aide débloquée en fait dès le mois de mars, puisque la Commission européenne a mobilisé à l'époque 70 millions d'euros d’aides d'urgence, soit 152 millions d'euros au total avec les contributions des Etats membres. 

A l'issue de la Conférence de Paris sur la Libye, le Président du Conseil européen Herman Van Rompuy a déclaré que "la réconciliation et la transition doit être un processus dirigé par  la Libye. Nous savons tous que la transition
ne sera ni facile ni rapide. (...) L'UE est prête à contribuer à ce processus".

La Commission européenne a ainsi ouvert un bureau d'aide humanitaire à Tripoli, afin d'accélérer ses efforts de soutien à la population sur le terrain, dont les besoins sont très importants, a-t-elle annoncé par la voix de sa commissaire chargée de l'aide humanitaire d'urgence, Kristalina Georgieva.

Cette dernière a précisé que l'UE avait dégelé 10 millions d'euros - sur les 70 millions d'euros alloués dans le cadre de la crise libyenne par l'UE - pour les opérations humanitaires d'urgence dans la région de Tripoli. "Préserver la sécurité des civils est de première importance et un point de préoccupation majeur dans cette période volatile", a-t-elle dit.

Une implication qui pourrait ne pas être suffisante aux yeux de certains, notamment au sein de l'hémicycle européen. En effet nombreux sont les députés européens qui ont dénoncé l'inaction de l'Union européenne durant le conflit. Auditionné par les membres de la commission des Affaires étrangères mercredi, l'Espagnol Bernardino León, représentant de l'Union dans la région considère que "l'Europe doit prendre l'initiative en Libye et c'est ce que la communauté internationale attend d'elle". Ce qui lui permettra, peut-être, de se rattraper.

 

Sources

Conférence internationale pour le soutien à la Libye nouvelle - 01/09/11 - Communiqué de presse - Présidence de la République française

"L'Europe doit prendre l'initiative en Libye" - Bernardino León, représentant de l'UE dans la région - 02/09/11 - Parlement européen

"We were, we are and we will be on your side in facing these tremendous challenges" - Message by President Herman Van Rompuy to the Paris Conference on Libya - 01/09/11 - Conseil européen

Q/A: The European Commission’s humanitarian assistance in Libya - 01/09/11 - Commission européenne