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Le Conseil européen des 20 et 21 mars sous l'œil de Moscou

Actualité 20.03.2014

Aujourd'hui et demain, les chefs d'Etat et de gouvernement européens se retrouvent à Bruxelles pour le dernier Conseil européen de l'ère Barroso – Van Rompuy. Originellement orienté autour des questions climatiques et économiques, l'ordre du jour du Sommet a naturellement été revu en raison de la crise ukrainienne. Les pays membres de l'Union européenne devraient ainsi discuter de potentielles nouvelles sanctions à l'encontre de la Russie, suite à l'annexion de la Crimée, entérinée par Vladimir Poutine.

Réunion des chefs d'Etat et de gouvernement (c) Conseil européen

L'ordre du jour bouleversé par la crise ukrainienne

Ce n'était pas prévu, mais le dossier ukrainien devrait occuper la majeure partie des discussions des chefs d'Etat et de gouvernement, réunis aujourd'hui et demain à Bruxelles. Alors que chaque jour réserve son lot de rebondissements, la reconnaissance du référendum en Crimée, puis l'officialisation de l'annexion de la province ukrainienne pro-russe par Vladimir Poutine, ont constitué de nouveaux paroxysmes dans l'escalade des tensions. Par conséquent, la possibilité de formuler de nouvelles sanctions à l'encontre de la Russie devrait, selon toute logique, être abordée.

De fait, l'Union européenne dans son ensemble a été prompte à dénoncer l'annexion de la Crimée par la Russie et à contester sa validité au regard du droit international. Si les autorités ukrainiennes par intérim se sont logiquement offusquées d'une décision qu'elles jugent "dangereuse pour l'Europe et le monde", elles ont été suivies dans cette démarche par José Manuel Barroso ou encore Herman Van Rompuy. Dans un communiqué commun, le président de la Commission et le président du Conseil européen ont déclaré que "la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de l'Ukraine doivent être respectées et que l'UE ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l'annexion de la Crimée et de Sébastopol par la Fédération de Russie".

Pour l'heure, les sanctions émises contre la Russie sont restées plutôt limitées, principalement en raison des liens économiques et énergétiques qui lient les Etats membres de l'Union et Moscou. Reste à savoir si les différents dirigeants européens parviendront à s'entendre sur l'ampleur d'éventuelles mesures complémentaires.

Selon François Hollande, "le Conseil européen doit fournir une réponse européenne forte et coordonnée à la nouvelle étape qui vient d'être franchie". En la personne de David Cameron, le président français devrait trouver un allié de poids. En effet, le Premier ministre britannique est allé jusqu'à plaider en faveur d'une "exclusion permanente de la Russie du G8". Toutefois, cette posture de fermeté a été tempérée par la chancelière allemande, pour qui "dialogue" et "discussions" doivent être "privilégiées".

Les discussions sur le climat remises à plus tard

Dans l'ombre derrière la crise ukrainienne : les discussions européennes sur le climat. Le Conseil européen des 20 et 21 mars devait être l'occasion de véritablement lancer les débats en vue d'un accord ambitieux pour la conférence internationale qui se tiendra à Paris en 2015. L'enjeu pour l'Europe ? Ne pas arriver en ordre dispersé et jouer un rôle moteur pour éviter de rééditer les erreurs commises à Copenhague en 2009. C'est pourquoi la France, le Royaume-Uni et les pays scandinaves militent pour ne pas perdre de temps et valider dès à présent l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici à 2030.

Cependant, cette volonté d'approfondir les engagements pour le climat ne séduit pas l'ensemble des Etats membres et certains se trouvent donc soulagés de ne pas avoir à se prononcer sur cette question lors du Conseil européen.

En effet, l'Allemagne, qui a renoncé à son parc nucléaire pour se lancer dans les énergies renouvelables recourt aujourd'hui massivement au charbon, augmentant temporairement, mais significativement, son empreinte carbone. Et il en va de même de pays comme la Pologne, dont l'industrie est fortement dépendante des énergies fossiles polluantes. Au grand dam des associations et responsables politiques écologistes, les décisions devraient donc être reportées. "Au plus tard à la fin de l'année", a assuré la Commission.

Tôt ou tard, les Etats membres devront nécessairement se prononcer sur des sujets aussi cruciaux que le prix du carbone, le rôle dévolu à la Commission européenne pour cette politique, la réforme du système européen d'échange de quotas, ou encore la limitation des fuites de carbone.

Croissance, compétitivité et emploi également au programme

S'il reste du temps aux chefs d'Etat et de gouvernement au cours de leur passage de 24 heures à Bruxelles, il est prévu que des sujets économiques soient également traités. En effet, le Conseil européen doit être l'occasion de clôturer la première phase du semestre européen, en évaluant les progrès d'ensemble réalisés dans la mise en œuvre des recommandations par pays et par la formulation d'orientations concernant les programmes de stabilité et de convergence pour 2014.

Enfin, l'ordre du jour prévoit d'insister sur l'importance d'une base industrielle européenne solide et compétitive, comme moteur de la croissance et de l'emploi. Parmi les questions à aborder figurent le coût de l'énergie, l'inadéquation des compétences, le développement des infrastructures, la délivrance des brevets, ou encore la spécialisation intelligente.