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Le commerce extérieur de l'Union européenne

Synthèse 29.06.2020 Léo Lictevout

L'Union européenne est la première puissance commerciale au monde, et possède des accords de libre-échange avec des dizaines de partenaires économiques. En quoi consiste sa politique commerciale, entre libre-échange et lutte contre la concurrence déloyale ? L'essentiel à connaître sur le sujet.

Le commerce extérieur de l'Union européenne

L'Union européenne à 27 est aujourd'hui la première puissance commerciale du monde en termes de flux : la somme de ses importations et de ses exportations représente 4 067 milliards d'euros en 2019. Elle devance de peu la Chine et les Etats-Unis : à eux trois, ils représentent 42 % du commerce international de marchandises en 2018.

Hors commerce entre Etats membres (qui représente environ 1,5 fois le montant du commerce extérieur), les échanges de biens (exportations et importations) de l'UE avec le reste du monde représentent environ 15 % du commerce mondial de biens. En 2019, les exportations européennes atteignent 2 132 milliards d'euros, et ses importations 1 935 milliards d'euros. Sa balance commerciale, excédentaire depuis 2012, atteint 196 milliards d'euros.

Si l'UE-27 se place en première puissance commerciale au monde, elle n'est en 2018 que deuxième importatrice (devancée par les Etats-Unis) et deuxième exportatrice (devancée par la Chine).

Ses principaux partenaires commerciaux sont les États-Unis, plus importante destination des exportations européennes en 2019 et deuxième source d'importations (pour un flux total de 616 439 milliards d'euros), la Chine, le Royaume-Uni, la Suisse, la Russie et la Turquie. Avec le Japon et la Norvège, ces marchés représentent 62,6 % des flux commerciaux de l'UE, et plus de la moitié des exportations de biens européens. Ces sept pays sont également les plus grands fournisseurs de biens importés par l'Union européenne, la Chine se classant ici au premier rang.

Dans le cas de la Suisse et de la Norvège, les échanges sont facilités par leur présence au sein du marché commun : il n'y a pas d'obstacle tarifaire, quantitatif ou normatif aux échanges de marchandises entre ces pays et l'UE-27. Depuis sa sortie de l'UE, le Royaume-Uni est également dans une situation similaire, la période de transition le maintenant temporairement dans le marché intérieur.

La carte ci-dessous, réalisée par l'office de statistiques européennes Eurostat, représente les principaux partenaires commerciaux de l'Union européenne pour l'année 2018.

Le Royaume-Uni étant encore membre de l'UE à l'époque, il n'apparait donc pas comme partenaire extérieur, et est intégré dans les données de l'UE-28.

Partenaires commerciaux de l'Union européenne (c) Eurostat 2019

L'UE est le plus grand exportateur mondial de produits manufacturés et de services, et notamment le premier pôle touristique mondial. Selon la Commission européenne, 36 millions d'emplois européens, soit un travailleur sur sept, dépendaient en 2018 du commerce extérieur (pour l'UE à 28).

Parmi les États membres de l’UE, l’Allemagne possède de loin la plus grande part du commerce extra-européen. Elle totalise ainsi 30 % des exportations européennes de biens à destination des pays tiers et plus d’un cinquième (21 %) des importations européennes en 2019. Elle est suivie par la France (12 %), l'Italie (11 %) et les Pays-Bas (10 %) pour les exportations de biens, et par les Pays-Bas (18 %), la France (11 %) et l'Italie (9 %) pour les importations.

L'Union a ainsi pu ces dernières années maintenir une position relativement forte dans le commerce de biens, tout en renforçant son rôle dominant dans le commerce des services, et ce malgré le ralentissement mondial entraîné par la crise économique de 2008.

La politique commerciale européenne

La politique commerciale de l’Union européenne est l’une des politiques communes les plus intégrées. Elle relève pour l'essentiel de la compétence exclusive de l'Union européenne, ce qui permet à l'UE de défendre ses intérêts internationaux d'une seule voix.

Celle-ci est alors représentée par la Commission européenne auprès des Etats tiers (c'est elle qui négocie par exemple les accords de libre-échange) et des organisations internationales. Les Etats membres et le Parlement européen conservent toutefois des prérogatives importantes. Les premiers, à travers le Conseil de l'Union européenne, donnent mandat à la Commission pour la négociation des accords, sont consultés par cette dernière pendant le processus de négociations et décident de la signature et de la conclusion de ces accords (à la majorité qualifiée ou à l’unanimité selon les cas). Le second dispose quant à lui d'un droit de veto sur la ratification des accords.

Régie par les traités, la politique commerciale européenne s'efforce de contribuer "au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres" (article 206 TFUE). La libéralisation du commerce mondial est ainsi l'un de ses objectifs, rappelle la Commission européenne.

Dès l'origine, le traité de Rome de 1957 prévoit la réalisation d'un Marché commun et, à ce titre, d'une Union douanière. Celle-ci implique non seulement une liberté de circulation des marchandises entre les Etats membres, mais également des règles communes envers les pays tiers. En 1968, la Communauté européenne instaure alors un tarif douanier commun à tous les Etats membres, qui s'applique aux importations de marchandises franchissant les frontières extérieures de l'union.

La libre circulation des marchandises

Aujourd'hui, et bien que les deux dimensions soient liées, la politique commerciale de l'Union européenne, qui concerne le commerce international, est le corollaire du commerce intra-européen (marché unique).

L'un des axes principaux du commerce extérieur de l'UE est le développement des échanges bilatéraux avec les pays tiers, concrétisés ou non par des accords commerciaux, notamment de libre-échange. L'Union européenne compte notamment occuper la place que la réorientation protectionniste engagée par le président américain Donald Trump laisse vacante, y compris sur le terrain de la régulation du commerce mondial, tandis que la concurrence des pays émergents et notamment de la Chine se renforce.

A cet effet, la Commission européenne a entamé il y a quelques années des négociations avec un nombre croissant de pays. Des accords conséquents ont été conclus avec le Canada (CETA, entré en vigueur en septembre 2017), le Japon (JEFTA, en vigueur depuis février 2019), Singapour (en vigueur depuis novembre 2019) et le Vietnam (en attente de ratification par les Etats membres). D'autres sont en cours de négociation ou de modernisation avec le Mexique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande… L'Union européenne négocie enfin un accord commercial avec le Royaume-Uni, pour pallier la sortie de ce dernier du marché commun à l'issue de la période de transition.

A l'inverse, les négociations autour de certains accords sont pour l'instant au point mort. L'accord entre l'UE et le Mercosur, signé en juin 2019 mais pas encore entré en vigueur, est remis en cause par plusieurs pays européens, qui lui reprochent le manque de garanties environnementales notamment vis-à-vis du Brésil, dirigé par le climatosceptique Jair Bolsonaro. De même, le projet de partenariat avec les Etats-Unis (TAFTA) a été enterré en 2016 par l'élection du président protectionniste Donald Trump. De nouvelles négociations, d'ampleur plus limitée, ont toutefois repris en 2019 entre les Etats-Unis et l'UE.

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Une autre dimension concerne la défense de l'Union européenne contre les pratiques déloyales de ses partenaires, qu'elle assure notamment via des instruments antidumping ou anti-subvention. La Commission a notamment lancé le 16 juin 2020 une consultation pour réviser sa doctrine commerciale, avec pour objectif de renforcer l'autonomie stratégique du continent. Elle entend ainsi développer de nouveaux instruments de contrôle des investissements et subventions étrangères susceptible de créer une distorsion de concurrence au sein du marché intérieur. A l'inverse, elle octroie un certain nombre d’avantages commerciaux aux pays en développement et aux pays les moins avancés, à travers un système dit de "préférences généralisées".

La carte ci-dessous, réalisée par la Commission européenne, présente les accords commerciaux de l'Union européenne avec des pays tiers (en 2019). Les pays en marron foncé sont ceux avec lesquels l'UE a adopté de tels accords, en marron clair ceux dont l'accord doit encore être formellement adopté ou ratifié, en jaune ceux dont l'accord est en cours de négociation.

Cliquez sur l'image pour agrandir.

Carte des accords commerciaux de l'Union européenne

Le Royaume-Uni, bien que ne faisant plus partie de l'Union européenne et négociant actuellement un accord de libre-échange avec celle-ci, demeure rattaché au marché commun pendant la période de transition.

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Débats et perspectives

Le commerce extérieur européen génère son lot de débats et de polémiques. Une partie de l'attention est portée sur les questions relatives à la mondialisation, au libre-échange et au protectionnisme.

Les controverses se sont un temps focalisées sur les accords de libre-échange négociés par la Commission européenne avec certains pays tiers, à commencer par les Etats-Unis (TTIP/TAFTA) puis le Canada (CETA). D'un côté, l'Union européenne promeut les gains économiques de tels accords. De l'autre, un certain nombre de voix se sont élevées pour critiquer l'opacité des négociations, les risques d'une concurrence trop importante pour l'agriculture européenne, ou encore ceux liés à l'instauration de tribunaux d'arbitrage privés pour régler les litiges commerciaux entre Etats et entreprises. Ces accusations ont entraîné un certain nombre de réponses en Europe comme en France : les tribunaux ont été réformés pour garantir l'indépendance des juges (la première de ces "Cours internationales d'investissement", ou "ICS", a été mise en place à travers l'accord UE-Mexique), les mandats de négociation sont désormais publics et les exigences environnementales vis-à-vis des partenaires commerciaux ont été renforcées. De fait, les accords signés par la suite (Japon, Singapour…) ont suscité une opposition beaucoup plus faible.

Par ailleurs, les intérêts européens sont parfois exposés à la concurrence déloyale de pays tiers, notamment la Chine. L'Union européenne s'efforce ainsi de rétablir une meilleure réciprocité dans ses échanges extérieurs. Un point sur lequel elle a fait des pas importants ces dernières années, comme avec le renforcement de ses instruments de défense commerciale (2016) ou un filtrage accru des investissements étrangers (2019). Elle cherche à aller plus loin à l'avenir, comme l'y invite notamment la Commission européenne dans son document de réflexion sur la mondialisation et dans son livre blanc sur les subventions étrangères. Dans le même temps, l'ascension des pays émergents offre de nouvelles opportunités de développement pour l'Union européenne, qui multiplie ainsi les négociations commerciales avec ces derniers.

Enfin, la remise en question du multilatéralisme, déjà entamée avec l'immobilisation de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) dans les années 2000, s'est fortement accentuée avec la présidence américaine de Donald Trump. L'Union européenne a dû faire face à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, et réagir de même à plusieurs relèvements des droits de douane américains la visant expressément, en faisant de même sur certains produits américains et en saisissant l'Organe de règlement des différends de l'OMC. Parallèlement, elle mène une politique active, auprès des Etats-Unis et du Japon, pour réformer l'OMC.

 

Article initial rédigé par Vincent Lequeux