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Le Caucase du Sud inquiète l'Union européenne

Actualité 24.05.2011

Entre la récente visite du président du Parlement européen, Jerzy Buzek, et les déclarations de Catherine Ashton, le Caucase du Sud semble être au cœur des priorités de l'Union. La région connait actuellement un regain de tensions autour du Haut-Karabakh, tout en voyant se multiplier les contestations populaires. Inquiets, les responsables politiques craignent pour la stabilité aux frontières de l'Europe.

"L’Union Européenne est préoccupée par la situation dans le Caucase du Sud", a annoncé Catherine Ashton, lors de la réunion du Conseil Affaires étrangères de l’UE lundi 23 mai. Selon la commissaire générale de la politique extérieure et de la sécurité de l’UE, les récentes tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabakh ont été au centre des débats, de même que les nouvelles confrontations entre l'opposition et la police en Géorgie.

Mercredi 18 mai, le ministre arménien de la Défense, Seyran Ohanian, a été jusqu'à décrire "une situation instable aujourd’hui au Caucase du Sud avec une forte probabilité d'explosion".


Malgré un cessez-le-feu signé en 1994, les accrochages armés entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises au Haut-Karabakh se sont multipliés ces derniers mois, et 11 soldats y ont déjà été tués depuis janvier. L’Azerbaïdjan a également menacé mi-mars d’abattre des avions civils arméniens survolant cette région si les autorités séparatistes y ouvraient un aéroport.

Quelques jours plus tôt, c'était Jerzy Buzek qui s'inquiétait ouvertement des derniers développements dans la région. En visite officielle de trois jours (du 18 au 20 mai), il y a rencontré les dirigeants politiques de l'Arménie, de la Géorgie puis de l'Azerbaïdjan. Enumérant les priorités du partenariat entre l'Europe et ses voisins orientaux, il a surtout souligné l'importance de la démocratie, les droits de l'homme, et l'Etat de droit comme source de stabilité et de prospérité, invoquant à maintes reprises l'exemple des révolutions du monde arabe.

Et ce même exemple a été souvent repris par la presse régionale pour décrire le vent de contestation qui souffle sur les trois pays. Ainsi d'après le journal kazakh Liter, cité par le Courrier international, "les peuples de certains pays ex-soviétiques semblent succomber au 'syndrome arabe'".

En Géorgie, un nouveau mouvement de contestation a vu le jour, dirigé par l'ancienne présidente du Parlement, Nino Bourdjanadzé. Seul mot d'ordre : la démission du président Mikheïl Saakachvili. De même, en Azerbaïdjan, les Azéris se sont mobilisés en nombre derrière l'opposition en avril, dans un pays peu habitué aux contestations. Certes, celles-ci ont été rapidement esquivées par les autorités : dans un contexte de tensions avec l'Arménie, les Azéris, selon leurs dirigeants, doivent avant tout se concentrer sur la préservation de l'intégralité territoriale. Mais, si pour l'instant le pouvoir est en mesure de contenir l'opposition, le pays reste lui-aussi au bord de l'explosion sociale.

En Arménie également, l'opposition conduite par l'ex-président Levon Ter-Petrossian réclame depuis plusieurs mois des élections parlementaires et présidentielles anticipées. Lors de sa visite, Jerzy Buzek a d'ailleurs appelé les autorités arméniennes à accélérer les réformes et à favoriser le pluralisme des médias. Il a tout particulièrement encouragé le dialogue en cours entre le gouvernement arménien et ses adversaires politiques.

L'Union européenne ne s'y est donc pas trompée : la situation est potentiellement explosive aux marges de l'Europe. Les dirigeants européens ne souhaitent de toute évidence pas se faire surprendre à nouveau, comme cela a été le cas en Afrique du nord. Mais leurs appels répétés au dialogue et aux réformes démocratiques pourraient ne pas être entendus, laissant la région dans l'expectative.


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