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Le Brexit (3 minutes pour comprendre l'Europe - n °10)

Synthèse 16.09.2019 Vincent Lequeux

Vous n'êtes pas spécialiste des questions européennes ? Toute l'Europe vous explique l'essentiel en 30 épisodes de 3 minutes ! Institutions, espace Schengen, politiques... redécouvrez "l'UE" simplement. Dixième épisode de la série : "Le Brexit".

Le Brexit en 3 minutes

Le 23 juin 2016, 52% des électeurs britanniques disent "Oui" au "Brexit". C'est la première fois qu'un pays entier s'apprête à quitter l'Union européenne. Mais le divorce prend plus de temps que prévu…

Quitter l'Union européenne

"Brexit", pour "British exit", ou "sortie du Royaume-Uni" en français… c'est bien ce qu'ont décidé les Britanniques le 23 juin 2016. A la question : "Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ?", 52% d'entre eux ont choisi la deuxième option.

Restait ensuite à régler quelques détails, car on n'efface pas 45 ans de vie commune en un trait de plume !

En déclenchant, en mars 2017, la procédure prévue à l'article 50 du traité sur l'Union européenne, le pays s'était initialement donné jusqu'en mars 2019 pour préparer sa sortie...

Deux ans pour décider, entre autres, du sort des 3 millions d'Européens présents au Royaume-Uni et du million de Britanniques expatriés sur le "continent". Pour calculer le "solde de tout compte" à verser à l'UE avant le grand départ. Ou encore pour savoir si des droits de douane seront réinstaurés sur les biens échangés avec l'UE, qui accueille aujourd'hui près de la moitié des exportations britanniques.

Mais surtout, et c'est peut-être le point le plus complexe, pour trouver un moyen de ne pas rétablir de frontière physique entre l'Irlande du Nord (une région du Royaume-Uni) et la République d'Irlande (un pays qui reste membre de l'UE). Car un tel scénario pourrait réactiver de graves tensions entre nationalistes et unionistes en Irlande du Nord, vingt ans après l'accord de paix du Vendredi saint qui avait mis fin, en 1998, à d'importants conflits dans la région.

L'accord de retrait

En novembre 2018, l'ex-chef du gouvernement britannique Theresa May conclut ainsi, après de longues et difficiles négociations, un accord de sortie avec les Européens. Celui-ci règle une partie des questions... et en repousse d'autres.

Après la sortie, les résidents européens déjà installés au Royaume-Uni, tout comme les Britanniques du continent, conserveraient ainsi leurs droits (santé, retraite, prestations sociales...).

L'accord prévoit également une période de transition, qui s'étalerait de la date de sortie jusqu'au 31 décembre 2020. Pendant ce temps, le Royaume-Uni ne serait plus membre de l'UE (il ne siègerait plus dans ses institutions) mais continuerait à appliquer les règles européennes, tandis qu'un "filet de sécurité" serait mis en place provisoirement, le temps de trouver une solution satisfaisante pour la frontière irlandaise. Ce "backstop" maintiendrait, jusqu'à ce qu'un autre accord soit trouvé, le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE, avec un alignement plus poussé sur les règles européennes pour l'Irlande du Nord. Ainsi les échanges pourraient-ils rester fluides entre les deux Irlande.

Et maintenant ?

Mais les nombreuses divisions internes au Royaume-Uni ont eu raison de cet accord, rejeté par une majorité de députés britanniques début 2019. Car les lignes de fractures sont multiples entre soutiens de la première heure et partisans de l'annulation du Brexit, entre unionistes et indépendantistes irlandais voire écossais, entre conservateurs, travaillistes et libéraux et bien sûr au sein même de ces partis. A tel point qu'en mars 2019, le Parlement britannique n'a pu se mettre d'accord sur aucune des huit alternatives à l'accord de sortie de Theresa May.

Depuis, la date du Brexit a été repoussée deux fois, du 29 mars au 12 avril, puis au 31 octobre 2019. Et elle pourrait l'être encore...

Car en juillet, le Premier ministre britannique a changé. Et si Boris Johnson, qui a remplacé Theresa May, ne craint pas de faire sortir son pays de l'UE sans accord, le Parlement britannique a adopté une loi en septembre - promulguée par la Reine - censée exclure ce scénario.

Le no deal (non-accord) aurait en effet de graves conséquences économiques et politiques que beaucoup redoutent au Royaume-Uni. Dès lors, Boris Johnson se résoudra-t-il à demander un nouveau report du Brexit, alors même que les Européens ont à maintes reprises précisé qu'il n'y aurait pas de nouvel accord sans backstop pour l'Irlande ?

- Janvier 2013 : Le Premier ministre britannique David Cameron annonce qu'il organisera un référendum sur la sortie de l'UE s'il remporte les élections de 2015.
- 23 juin 2016 : 51,9% des Britanniques votent pour le "Brexit".
- 29 mars 2017 : Le gouvernement britannique déclenche l'article 50 : le pays a alors 2 ans pour négocier sa sortie avec les 27 autres Etats membres.
- 14 novembre 2018 : Un projet d'accord de sortie est trouvé entre le Royaume-Uni et l'UE.
- 15 janvier 2019 : La Chambre des communes rejette l'accord une première fois. Elle fera de même les 12 et 29 mars.
- 21 mars 2019 : Les Vingt-Huit s'entendent pour repousser la date de sortie au 12 avril. Le 5 avril, un nouveau report est décidé au 31 octobre 2019.
- 31 octobre 2019 : A moins d'un accord à 28 pour repousser de nouveau l'échéance, le Royaume-Uni quittera l'UE, avec ou sans accord.