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La Turquie entre rapprochement diplomatique et critiques du Parlement européen

Actualité 05.09.2006

Le Parlement turc s’est réuni mardi 5 septembre pour décider de l’envoi de troupes au Liban. Le gouvernement turc envisage de déployer jusqu’à 1000 soldats au sein de la Finul renforcée.

Alors que plus de 10.000 personnes manifestaient à proximité du Parlement, les députés se sont prononcés pour ce déploiement par 340 voix contre 192, un seul s'abstenant.

En décidant d’envoyer des soldats au Liban, Ankara se range du côté de Bruxelles et espère ainsi favoriser son dossier d’adhésion à l’UE. Ce rapprochement diplomatique ne semble cependant pas suffisant pour garantir la réussite des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La commission des Affaires étrangères du Parlement européen l'a rappelé, en adoptant, lundi 4 septembre 2006, un rapport très critique à l’égard de la Turquie.

Camiels Eurlings, député européen néerlandais et membre de la commission des Affaires étrangères dit regretter l’absence "d’accélération du rythme des réformes depuis l’ouverture des négociations (d’adhésion) en octobre 2005".

Les parlementaires européens, qui reconnaîssent que des avancées ont été réalisées, insistent sur l’insuffisance des progrès et sur "les lacunes persistantes dans de nombreux domaines" tout particulièrement "en matière de liberté d'expression, de religion et de droits des minorités, de relations entre civils et militaires, de mise en œuvre de la loi sur le terrain, de droits des femmes, de droits syndicaux, de droits culturels et d'indépendance judiciaire".

Le rapport souligne également l’obstacle que constitue le refus turc d’ouvrir ses entrées maritimes et aériennes à Chypre. La Turquie, signataire depuis juillet 2005 du protocole d’Ankara, qui étend l’union douanière avec l’Union européenne aux 10 nouveaux Etats membres (dont Chypre), n’a toujours pas ratifié ce protocole et se refuse à l’appliquer à Chypre.

La Présidence finlandaise de l’Union européenne a menacé la Turquie "au minimum" de suspendre partiellement ses négociations d’adhésion à l’Union européenne si Ankara ne ratifiait pas le protocole d’union douanière. Les députés européens ont demandé à la Turquie de procèder à la réforme de son système électoral en abaissant le seuil des 10 % des voix nécessaires pour intégrer la grande assemblée nationale afin "d’assurer  une plus large représentation des forces politiques, notamment des partis kurdes".

Enfin, le rapport souligne la nécessité d’une reconnaissance du génocide arménien comme condition préalable à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Ce rapport adopté par 53 voix contre six et huit abstentions au sein de la Commission des affaires étrangères du Parlement européen doit être adopté en session plénière des 25-28 septembre 2006. Bien que non décisive, la position du Parlement européen présente une grande importance au regard de la publication par la Commission européenne du rapport annuel sur les progrès accomplis par la Turquie prévue le 24 octobre 2003.

 

Sources

 La Turquie pressée de relancer ses réformes et d'autoriser avions et navires chypriotes, Parlement européen
 "Les députés européens examinent un rapport critique sur les performances de la Turquie", Euractiv