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La situation économique en Europe est stable mais l'économie mondiale fait face à de nouveaux risques

Actualité 22.10.2015

Le Fonds monétaire international (FMI) a organisé ses rencontres annuelles à Lima entre les 6 et 11 octobre 2015. En marge de l’Assemblée générale, se sont tenues de nombreuses tables-rondes dont le discours de fond a laissé percer un certain pessimisme sur la situation de l'économie mondiale. Le FMI a dû revoir ses prévisions de croissance à la baisse pour l’année 2015 (3,1% contre 3,4% en 2014). Malgré les incertitudes sur les prix des matières premières et la situation des géants américain et chinois, celle de l'Europe semble se stabiliser.

 

Meeting annuel du FMI 2015

L’année 2015 marquée par la baisse des prix des matières premières

Le World Economic Outlook publié par le FMI est clair : l'objectif de cette année a été de gérer la baisse des prix des matières premières. Lors de leurs rencontres annuelles, les différents membres exécutifs du FMI ont martelé l'importance de ce phénomène qui a pris tout le monde par surprise. La directrice de l'institution, Christine Lagarde, lors du débat sur l'économie mondiale organisé le mardi 8 octobre, a souligné que cette baisse a eu des effets positifs pour certains pays membres du FMI et négatifs pour d'autres.

En effet, pour les pays développés et industriels (Corée du Sud, Taïwan, Allemagne), souvent importateurs de matières premières, la baisse des prix soulagent leurs balances commerciales. Elle sert également certains pays émergents (Chine, Inde) ou en développement (Thaïlande, Vietnam, Malaisie). A l’inverse, certains pays développés - comme le Canada grand producteur de  blé, de bois, de gaz naturel, de fer, de plomb, de zinc, de cuivre, de nickel et d'uranium - subissent la baisse du prix des matières premières de plein fouet. Mais la volatilité des marchés impacte surtout les pays en développement, dont certains concentrent la production d’une ou deux denrées. Il s’agit de la 5ème année consécutive où le FMI revoit les prévisions de croissance à la baisse dans les pays émergents. Un phénomène qui s'explique par la baisse généralisée des prix des matières premières. Conséquence logique de la baisse des "commodities", les investissements dans les infrastructures sont également en recul, ralentissant encore la croissance.

Les perspectives de croissance sont donc inférieures de 0,2 point aux prévisions de printemps. Selon Maurice Obstfeld, économiste en chef du FMI, "cela s’ajoute aux fragilités de certains pays dans leur structure macro-économique (faiblesse des infrastructures, aménagement du territoire indigent, industrialisation à deux vitesses), politique (corruption, centralisation des pouvoirs entre peu de mains) et fiscale (absence de cadastre, de collecte et mauvaise gestion)".

Chine et Etats-Unis, les nœuds de l'économie mondiale

Deux autres préoccupations ont émergé lors des discussions du FMI pendant ces six jours de sommet. La première est la situation économique de la Chine. La chute du marché chinois n'a finalement pas eu les impacts redoutés sur le système financier mondial. Selon les participants, la Chine n'est pas en crise mais bien en "période de transition". Avec une économie poussée par les investissements publics et les exportations de produits manufacturés, la Chine initie sa mue vers une économie de services et de consommation interne avec une croissance qui devrait rester entre 6,5% et 7,0% en 2015. Un modèle présenté comme plus stable voire bénéfique à l'ensemble de l'économie mondiale. Pour autant, "la transformation de la Chine doit être surveillée de près", souligne Maurice Obstfeld, "car une crise aggravée en Chine demeure un risque non négligeable pour l’économie mondiale".

Au sujet des Etats-Unis, c’est la politique monétaire de la Réserve fédérale (FED) qui a été au cœur des discussions : après neuf années consécutives de 'quantitative easing' - système selon lequel la banque centrale fait fonctionner la planche à billets en maintenant des taux bas pour relancer les investissements - certains conférenciers à l’instar de Richard Quest, journaliste économique à CNN, s’exaspèrent dans l’attente d’une nouvelle hausse des taux et invectivent la FED : "Do it now !" s’est-il exclamé.

En effet, le maintien d’un dollar peu cher et facile d’accès incite notamment les entreprises à réaliser d’immenses investissements dans les industries lourdes comme l’extraction de matières premières – au premier rang desquelles le gaz de schiste. La surproduction qui en découle contribue à accentuer la baisse des prix sur les marchés mondiaux et donc à fragiliser les économies des pays émergents, grands exportateurs de matières premières.

Le conseiller financier du rapport sur la stabilité financière du monde, José Vinals, conseille à la FED "d'attendre pour augmenter ses taux jusqu'à ce qu'il y ait davantage de signes d'une inflation en croissance stable". Les marchés émergents doivent toutefois se préparer au changement des taux indicateurs du dollar dont l’évolution marquera selon lui "une transition importante pour l'économie mondiale".

En Europe, des signes de reprise fragiles

L'économie mondiale connaît de profonds changements structurels en 2015.  Dans ce contexte, la situation en Europe a finalement été assez peu évoquée lors des rencontres du FMI. Et pour cause : la plupart des pays européens bénéficient de la baisse des matières premières et la Grèce ne semble plus être une menace de premier plan.

Le Fonds prévoit une croissance de 2% en 2015 (moins 0,2 point par rapport aux prévisions de printemps) et une faible amélioration en 2016 à 2,2%. Mentionnant la crise des migrants, Thomas Helbling du FMI a rappelé que seul 5% des réfugiés décide d'aller en Europe et qu’un prêt de soutien a été accordé à la Jordanie qui accueille près de 1 million de réfugiés syriens et irakiens. Le FMI se concerte également avec les autorités libanaises pour soutenir l’effort d’accueil des réfugiés qui représentent aujourd’hui un quart de la population.

Bien que l'horizon se dégage selon les prévisions du FMI, les défis que l'Europe et la zone euro ont à relever pour retrouver le chemin d'une croissance forte, stable et partagée, restent immenses. Selon José Vinals, les legs des crises doivent continuer d’être traités pour consolider la stabilité financière et réduire les freins à la croissance. Pour lui, "la zone euro ne peut se reposer sur la BCE et doit s'efforcer de compléter l'union bancaire afin de fortifier sa stabilité financière. Elle doit également avancer dans l'union des marchés".

Malgré des prévisions à la hausse pour l'année 2016 à 3,6%, la situation globale en cette fin d'année reste caractérisée par l'incertitude. Les pays émergents qui se partagent "la part du lion" de la croissance mondiale ralentissent avec les prix des matières premières et les deux premières économies mondiales font face à leurs propres contradictions. L'Europe doit donc utiliser le contexte actuel qui lui est plutôt favorable pour se renforcer afin d'amortir d'éventuels chocs futurs. Malgré sa croissance faible et ses crises politiques répétées que l’afflux de réfugiés ne fait que réveiller, l’Europe reste un îlot de stabilité. C’est donc aussi peut-être l’occasion pour elle de s’affirmer et de renforcer ses positions en accélérant le processus d’intégration européen.

 

* Article rédigé par Camille Grenier dans le cadre de notre partenariat avec Open diplomacy