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La Scala, ou la culture oubliée par le gouvernement italien

Actualité 29.08.2012

Fondé en 1778, le Teatro alla Scala de Milan est l'un des plus importants opéras du monde. Aujourd'hui, pourtant, le théâtre qui fut la scène de Giuseppe Verdi est de moins en moins subventionné par l'Etat italien. La Scala figure ainsi dans la carte européenne des "coupes dans le budget de la culture", réalisé par le quotidien anglais The Guardian.



The Guardian a publié une carte européenne des coupes dans les budgets de la culture.

Elle présente les musées, les théâtres ou encore les universités dont le budget a été réduit à cause de la crise.

Allez à l'article.

"Tous les ans, notre budget prévisionnel est en déficit"

Rossini, Verdi ou encore Puccini, ne sont que certains des grands noms de l'opéra liés à l'histoire de La Scala de Milan. Rivale historique des théâtres La Fenice de Venise et San Carlo de Naples, la scène milanaise existe depuis près de deux siècles et demi et est aujourd'hui un symbole international de la culture italienne. Cependant, les fonds que le gouvernement de Rome destine au Teatro ont atteint en 2012 le niveau plus bas en valeur absolue. Un triste record.

"Le budget de La Scala est d'environ 115 millions d'euros par an", explique Carlo Maria Cella, chef du pôle communication au théâtre. "Plus de 72 millions d'euros proviennent de la vente des tickets et des abonnements, environ 43 millions nous sont donnés par les particuliers et les sponsors, les financements publics [ndr. De la part de l'Etat, de la région, etc.] enfin ne dépassent pas 30 millions d'euros, c'est-à-dire environ un quart du budget".

Au fil du temps l'Etat s'est désengagé du budget du théâtre, alors que les ventes et les donations des particuliers ont augmenté. "La demande de culture s'accroit sans cesse", affirme M. Cella. "Entre   2004 et 2011 les ventes ont doublé, tandis que les donations des particuliers sont passées de 17 à 25 millions d'euros". Dans la même période, les contributions publiques n'ont fait que diminuer.

"Tous les ans, notre budget prévisionnel est en déficit", poursuit M. Cella. "Tous les ans, nous commençons l'année en faisant le calcul des financements publics annulés à la dernière minute. La loi oblige les institutions à garantir un financement pendant trois ans, en réalité d'une année à l'autre tout peut changer". L'incertitude des fonds publics est donc plus grave que leur diminution, car elle ne permet pas aux administrateurs de prévoir le futur du théâtre à court terme.

The show must go on, à tout prix

Le théâtre La Scala est ouvert presque tous les jours, sauf pendant la pause estivale qui sert à préparer les tournées. Les machines de scène permettent de monter un spectacle en 24 heures et garantir environ 300 levers de rideau par an. Mais comment garantir un tel rythme quand les financements manquent?

Les sources de financement du Teatro alla Scala :

72 millions d'euros - vente des tickets et des abonnements

43 millions d'euros - donations des particuliers et des sponsors

30 millions d'euros - financement public (Etat, région, département, mairie de Milan)

Budget total : 115 millions d'euros

"Réduire la programmation ne ferait qu'aggraver un éventuel déficit", explique Carlo Maria Cella. "La seule chose que le théâtre peut faire est réduire ses coûts et le contrat de travail de nos salariés nous permet de ne pas fermer en cas de déficit". Dans ce cas, une partie du salaire d'environ 20-30% n'est pas payée par le théâtre.

En ce moment La Scala est justement dans cette délicate situation. "A ce jour, il nous manque 7 millions d'euros pour combler le déficit", poursuit M. Cella, "trois millions auraient dû être versés par l'Etat, trois par la Région et un par la ville de Milan. Donc, en ce moment, nous ne pourrions pas payer tous les salaires". Heureusement pour les employés du théâtre, la direction arrive toujours à trouver d'autres sources financières pour terminer l'année avec un déficit zéro. Mais M. Cella est loin de s'en réjouir.

"La crise justifie toute coupe aux budgets de la culture", conclue-t-il, "mais en réalité l'Etat dépense très peu pour les arts : il s'agit de 0,65 % du PIB national, quelque 200 millions d'euros. Pour la patrie de l'opéra ce n'est vraiment pas beaucoup".

Bien qu'en difficulté économique, La Scala poursuit la préparation de la nouvelle saison : 6 spectacles restent pour terminer la programmation 2011. Le 7 décembre 2012, jour de la Saint-Ambroise (ancien évêque de Milan et docteur de l'Eglise), le Teatro lèvera le premier rideau de la saison 2012 : au programme, le Lohengrin de Richard Wagner.


En savoir plus


Le site officiel du théâtre La Scala de Milan

La culture, une autre victime des marchés? - Touteleurope.eu