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La qualité de l'air en Europe

Carte et comparatif 25.04.2019 Justine Daniel

La pollution de l'air a de sérieuses conséquences sur l'environnement et la santé. Par leur nature volatile, les polluants atmosphériques produits dans un pays atteignent les États voisins, dégradant la qualité de l'air sur l'ensemble du continent. Depuis une trentaine d'années, la qualité de l'air s'améliore dans l'UE mais certaines régions émettent encore une forte pollution atmosphérique.

La pollution de l'air est une cause majeure de maladie et est à l'origine d'environ 400 000 morts prématurées par an en Europe. Ces dernières sont causées par des maladies cardiaques, des attaques cardiaques, des maladies des poumons ou encore des cancers du poumon imputables à la pollution de l'air, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Plus généralement, l'exposition prolongée à un air pollué conduit à une réduction de la fonction pulmonaire, à des infections respiratoires et à de l'asthme. D'autres études lient également la pollution de l'air à l'obésité ou encore à la maladie d'Alzheimer.

La pollution de l'air a aussi des effets nocifs sur la végétation et la faune, le changement climatique, la qualité de l'eau, etc.

D'un point de vue global, les émissions de la plupart des polluants suivis par l'Agence européenne de l'environnement (AEE) ont diminué par rapport à leurs niveaux de 2000, à l'échelle de l'UE-28.  

Plusieurs directives européennes ont été adoptées ces dix dernières années en la matière. La directive Qualité de l'air ambiant (2008) définit notamment des plafonds d'exposition à une quinzaine de polluants atmosphériques, notamment les particules fines.

Une exposition aux particules fines bien au-delà des standards dans certaines régions

Les particules fines ou "poussière en suspension" sont présentes naturellement dans l'environnement du fait de l'érosion provoquée par le vent, de tempêtes ou d'éruptions volcaniques. Néanmoins, l'activité humaine augmente fortement leur concentration atmosphérique.

Deux types de particules fines sont particulièrement encadrées : les PM10 (de diamètre inférieur à 10 micromètres) et les PM2,5 (de diamètre 2,5 microns).

En 2015, le principal secteur responsable des émissions de particules fines en France est le "résidentiel" (29 % des PM10 et 46 % des PM2,5), et plus particulièrement la combustion des appareils de chauffage, selon le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA). Les voitures diesel sont quant à elles responsables de 9 % des émissions de PM2,5, tandis que l'élevage émet 14 % des PM10.

A l'échelle de l'UE, la production de particules fines est issue en premier lieu des "activités commerciales", des "activités des ménages" ainsi que de la "production industrielle" et du transport routier, selon l'AEE.

S'agissant des PM10, selon les standards européens, l'exposition ne doit pas excéder 50 microgrammes quotidiens par mètre cube (µg/m3) d'air, et ce plus de 35 jours par an.

Pourtant, selon les relevés réguliers et les calculs de l'Agence européenne de l'environnement (AEE), 12,9 % des citoyens des Etats membres de l'UE sont exposés à des concentrations de PM10 dépassant les standards de qualité européens.

Dans de nombreux Etats membres, tels que le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, la quantité de particules fines PM10 n'affecte aucune tranche de la population au regard de ces standards, comme la carte permet de constater. C'est en Bulgarie que le pourcentage de la population exposée à des concentrations supérieurs au standards européens est le plus élevé (71,4 %), suivie de la Pologne (63,1 %) et de la Croatie (42,5 %).

La mise en place de tels standards provoque cependant des effets de seuil. Si 0 % des Maltais sont exposés à des concentrations de PM10 supérieures au standard de 50 µg/m3, 96 % d'entre eux sont exposés à des concentrations comprises entre 40 et 50 µg/m3. Même chose pour les citoyens chypriotes, qui sont 89,4 % dans la même situation, ainsi que 74,6 % des Hongrois.

Par ailleurs, les standards recommandés par l'OMS sont plus exigeants que ceux de l'Union européenne. Selon l'organisation internationale, la concentration de PM10 ne doit pas dépasser 20 microgrammes par mètre cube d'air en moyenne par an. Selon cette perspective, c'est 45 % de la population de l'UE-28, et non plus 12,9 %, qui a été exposée à des niveaux supérieurs aux standards en 2015, dont 53 % dans les zones urbaines…

Condamnations de la CJUE

Dans plusieurs pays, des améliorations sont constatées. Mais tous ne fournissent pas les mêmes efforts. En Pologne ou en Bulgarie notamment, qui font partie des quatre États membres exposant le plus leurs citoyens à des niveaux élevés de pollution atmosphérique, aucune amélioration tangible ne peut être notée en trois ans.

Plus généralement et en considérant la totalité des composants régulés par la directive, neufs États membres considérés comme mauvais élèves pour leurs dépassements réguliers des limites d'émissions de polluants, ont été convoqués à Bruxelles le 30 janvier 2018 pour un sommet sur la qualité de l'air.

Parmi eux, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, la Hongrie et la Roumanie ont été renvoyés par la Commission européenne devant la Cour de justice de l'UE pour non-respect de la législation européenne. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, cela concerne les dépassements de plafonds de dioxyde d'azote (voir plus bas). L'Espagne, la Slovaquie et la République tchèque échappent pour l'instant à la procédure.

La Bulgarie et la Pologne ont quant à elles été condamnées par la CJUE en 2017 et 2018 pour non-respect des valeurs limites applicables aux particules fines PM10 dans l'air ambiant.

Dioxyde d'azote et ozone

Parmi les autres polluants atmosphériques notables, le dioxyde d'azote (NO2), irritant pour les bronches est produit en Europe à 39 % par le secteur routier, selon l'AEE, et à 17 % par la production d'énergie et sa distribution.

Selon la directive européenne de 2008 et l'OMS, l'exposition doit être en moyenne inférieure à 40 microgrammes par mètre cube d'air par an. Les stations qui ont mesuré des valeurs annuelles moyennes supérieures au standard européen sont notifiées en rouge et violet sur la carte ci-dessous. Les grandes villes et l'Europe centrale sont particulièrement touchées.

Vert : moins de 30 µg/m3 ; orange : entre 30 et 40 µg/m3 ; rouge et violet : plus de 40 µg/m3.

Concentration moyenne annuelle de dioxyde d'azote en 2016 pour chaque station de mesure
- source : AEE (2018)

Le dioxyde d'azote contribue par ailleurs à produire l'ozone, irritant pour l'appareil respiratoire et qui contribue à l'effet de serre. Selon la directive européenne, l'exposition à l'ozone doit être limitée à "une moyenne quotidienne sur 8 heures de 120 µg/m3 d'air, à ne pas dépasser plus de 25 fois par an".

Selon les calculs de l'AEE, 32,9 % de la population de l'UE-28 en 2015 vit dans des zones où la concentration en ozone excède le niveau fixé par la directive. Le niveau atteint en 2015 est par ailleurs le plus élevé depuis 2005. Dans les pays suivants, le dépassement concerne plus de deux tiers de la population : Autriche, Croatie, République tchèque, Hongrie, Italie, Slovénie, France, Allemagne, Grèce, Pologne, Slovaquie et Espagne.

Vert : moins de 90 µg/m3 ; jaune et orange : entre 100 et 120 µg/m3 ; rose et rouge : plus de 120 µg/m3.

Concentration moyenne d'ozone par région selon le plafonds de la directive en 2015 - source : AEE (2018)

Sources :