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La politique économique européenne au sommaire de la revue Le Débat

Actualité 18.12.2006

Et si l’Union européenne avait tout faux sur le plan économique ? C’est la question que pose la revue le Débat en affirmant que "le vrai choix politique" des élections à venir se trouve probablement dans la définition du modèle économique souhaitable pour l’Union européenne.

Les auteurs invités à s’exprimer dans les pages de la revue pointent l’échec économique et social de la stratégie de Lisbonne, définie en 2000 en vue d'adapter les économies européennes à la mondialisation. Cet ensemble de recommandations de politique économique préconise l’ouverture des marchés et la recherche de compétitivité par la flexibilité du marché du travail, l’investissement dans la recherche et la spécialisation dans les productions à haute valeur ajoutée.


Les auteurs jugent ces orientations inefficaces. Avec l’entrée d’acteurs comme la Chine dans le commerce mondial, la théorie des avantages comparatifs est devenue inopérante : il est impossible de s’aligner sur les coûts de main d’oeuvre des pays émergents, dont les productions à haute valeur ajoutée concurrencent de plus en plus celles des pays européens. Aux yeux des auteurs, la (vaine) course à la compétitivité européenne, qui favoriserait le dumping fiscal et compresserait les salaires sans résoudre le chômage, s'avère dangereuse pour la cohésion sociale des pays d’Europe.

L'Europe doit-elle changer d'orientation économique ?

L’Allemagne joue un rôle central dans l'orientation actuelle de l'économie européenne. En visant le marché mondial pour assurer la relance de sa croissance, la première puissance économique européenne a choisi la voie de la "désinflation compétitive" (Xavier Timbeau) qui favorise les entreprises au détriment des salariés et donc de la consommation. Malgré des résultats à l’exportation spectaculaires, le chômage de masse serait loin d'être résorbé outre-Rhin. En outre, la compression de la demande allemande s’avèrerait néfaste pour les exportations de ses partenaires européens, notamment la France. L'Allemagne jouerait donc "contre ses intérêts" (Edouard Husson), mais aussi contre ceux de ses partenaires en essayant vainement de poursuivre une stratégie mondiale, alors que le marché européen représente encore l'essentiel de ses échanges.

Davantage centrée sur la France, l’analyse de Hakim El Karaoui aboutit aux mêmes conclusions. Les Français, traditionnellement épris d’égalité, sont aujourd'hui demandeurs de protection face à un "libéralisme libre échangiste" accusé de creuser les écarts sociaux, et dont ils sentent qu'il "ne marche plus".

Face à une dissolution du projet des Pères fondateurs "dans la mondialisation américaine et chinoise à laquelle se dévouent les élites européennes"(Jean-Luc Gréau), les auteurs militent chacun à leur manière pour un recentrage de l’économie européenne sur le marché intérieur. En d’autres termes, un retour du protectionnisme économique qui se traduirait notamment par une réhabilitation du tarif douanier commun. Ils préconisent également de substituer aux actuelles "stratégies non coopératives" (Xavier Timbeau) des projets communs, notamment dans le domaine de l'énergie.