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La politique agricole commune (PAC) (3 minutes pour comprendre l'Europe - n°14)

Synthèse 16.09.2019 Vincent Lequeux

Vous n'êtes pas spécialiste des questions européennes ? Toute l'Europe vous explique l'essentiel en 30 épisodes de 3 minutes ! Fonctionnement, espace Schengen, Brexit... redécouvrez "l'UE" simplement. Aujourd'hui : la politique agricole commune.

La politique agricole commune (PAC) (3 minutes pour comprendre l'Europe - n°14)

La première politique commune

Prévue dans les traités de Rome, la Politique agricole commune (PAC) voit le jour en 1962. Elle vise alors à relancer la production alimentaire du continent, dévasté par la guerre, tout en assurant des revenus satisfaisants aux agriculteurs et des prix convenables aux consommateurs.

La PAC met alors en place plusieurs instruments afin d'inciter les agriculteurs à produire plus. Elle supprime les droits de douane des principaux produits agricoles entre les six pays fondateurs de l'Union européenne. Elle subventionne les exportations vers le reste du monde et taxe les importations.

Enfin, elle permet aux agriculteurs de vendre leur production quoi qu'il arrive, grâce au système des "prix garantis". Avec ce mécanisme, les denrées qu'un producteur ne parvient pas à vendre sur le marché, par exemple à un distributeur, sont rachetées par la communauté européenne à un prix minimum fixé. De quoi travailler sans trop s'inquiéter pour l'avenir…

De succès en défis

Quelques années plus tard, le succès de la PAC est incontestable. La production et les revenus montent en flèche pour les agriculteurs, qui modernisent leurs fermes tandis que les consommateurs voient les prix de l'alimentation chuter.

Seul hic : la PAC pèse de plus en plus lourd dans le budget de la Communauté européenne, qui s'est engagée à racheter toute la production que les agriculteurs ne parviennent pas à écouler...

C'est pourquoi à partir des années 1980, les réformes se succèdent pour tenter de réduire ce coût... et donc la production. A cela s'ajoutent peu à peu d'autres défis : répondre aux pays (en particulier les Etats-Unis) qui critiquent le protectionnisme européen, et limiter l'impact négatif de l'agriculture sur l’environnement.

De révisions en révisions, la PAC se transforme et se complexifie… à tel point que le système actuel n'a plus grand-chose à voir avec celui d'origine. Des aides financières sont aujourd'hui versées directement aux agriculteurs, en fonction de leur surface agricole ou du nombre de leurs bêtes. Et seulement si l'agriculteur respecte certaines pratiques environnementales. Un budget spécifique soutient également le "développement rural" : agriculteurs des zones défavorisées, jeunes, producteurs en "bio"… Une vaste panoplie d'outils et de règles encadrent aujourd'hui l'agriculture européenne.

Quelle PAC pour demain ?

Bien que réduites, les dépenses de la PAC représentent toujours près de la moitié du budget européen. La Commission européenne a proposé d'en réduire à nouveau l'enveloppe à partir de 2021, mais une majorité de pays s'y oppose. A la tête de la "fronde"... la France, premier bénéficiaire de ces financements.

Mais les enjeux sont plus vastes : la PAC ne satisfait plus aujourd'hui bon nombre d'agriculteurs, qui souhaiteraient vivre davantage de leurs ventes que des aides européennes, et dont l'emploi se raréfie. Enfin, et bien que la PAC ait rapidement permis aux Européens de se nourrir en quantité suffisante, de plus en plus de consommateurs exigent désormais une alimentation de meilleure qualité et des méthodes de production plus respectueuses de l'environnement.

Reine d'Angleterre, fille d'un ministre bulgare, Nestlé… en 2010, la publication des bénéficiaires de la PAC avait fait scandale, en révélant que de riches propriétaires terriens et des entreprises millionnaires avaient bénéficié des subventions de la PAC. Pour mieux comprendre la répartition des aides, Toute l'Europe s'est livré à un exercice de "fact checking" sur la question.