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La nouvelle politique européenne de voisinage

Actualité 31.05.2011

Jusqu'à présent, la stratégie européenne envers ses voisins avait pour mots d'ordre sécurité et stabilité, un pragmatisme que les révolutions arabes sont venues quelque peu bouleverser. La Haute représentante pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, et le commissaire à la Politique européenne de voisinage (PEV), Stefan Füle, ont dévoilé mercredi 25 mai les grandes lignes d'une nouvelle politique de voisinage.

Le Parlement européen pour une nouvelle PEV

Lors de la session plénière d'avril, les parlementaires européens avaient souhaité attirer l'attention de l'Union européenne sur l'échec de la promotion des droits de l'homme dans les pays tiers. Pour le Portugais Mário David (PPE), rapporteur du texte, le constat était évident : l'UE a privilégié la stabilité à ses frontières plutôt que les droits fondamentaux. "Nous avons été critiqués pour cela, à raison !" avait-il ainsi affirmé.

La politique européenne de voisinage (PEV), a été lancée en 2004 pour renforcer la prospérité, la stabilité et la sécurité aux frontières de l'UE. Elle englobe 16 pays.


Dans la résolution adoptée à l'issue de la session plénière, les députés souhaitaient mettre l'accent sur "l’indépendance de la justice, le respect des libertés fondamentales et notamment la liberté des médias, ainsi que la lutte contre la corruption".

Le texte réclamait également :

  • Une augmentation des budgets alloués à la politique de voisinage
  • Un développement de la coopération avec la société civile
  • La création d'une force euro-méditerranéenne de protection civile pour réagir aux catastrophes naturelles et renforcer la solidarité entre les peuples

 

"Une stratégie nouvelle à l'égard d'un voisinage en mutation"

Six pays d'Europe orientale : Ukraine, Moldavie, Belarus (bien que la coopération dans le cadre de la PEV n'y soit pas encore opérationnelle), Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie.

C'était désormais au tour de la Commission européenne de présenter ses propositions de réforme de la PEV.

Et les parlementaires européens ont de quoi être satisfaits : la nouvelle stratégie présentée par Catherine Ashton et Stefan Füle le 25 mai suit l'essentiel de leurs recommandations. "Les événements qui se sont déroulés (…) récemment justifient que l'UE examine avec un œil neuf les relations qu'elle entretient avec ses voisins" peut-on ainsi lire dans la communication.

Un peu plus loin, on trouve ces quelques lignes : "une nouvelle approche est nécessaire pour renforcer le partenariat entre l'UE et les pays et sociétés du voisinage: elle doit être définie sur la base d'une responsabilité mutuelle et d'un attachement commun aux valeurs universelles des droits de l'Homme, de la démocratie et de l'État de droit". Les mots sont donc lâchés. Désormais, la nouvelle Politique de voisinage doit favoriser l'enracinement durable de la démocratie.

Pour cela, elle propose de renforcer le principe de différenciation en adoptant un contrat particulier avec chaque pays : elle privilégiera ainsi les partenaires qui s'emploient à approfondir une démocratie durable et à garantir les droits de l'Homme.

Dix pays d'Afrique du Nord et du Proche-Orient : Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Territoires palestiniens occupés, Syrie et Tunisie.


Mais la nouvelle stratégie entend également encourager "le développement d'une économie solidaire" en favorisant tout particulièrement les petites et moyennes entreprises. Les liens commerciaux doivent donc être renforcés d'après Mme Ashton, qui a précisé que "l’accès au marché ne se limite pas à l’ouverture aux marchés, il s’agit également d’être sûr et certain que les pays en question pourront bénéficier de l’ouverture de ces marchés." La Commission entend ainsi négocier la mise en place de zones de libre-échange.

Pour atteindre tous ces objectifs, la PEV est dotée d'un budget supplémentaire de plus d'1,24 milliard d'euros de dons en complément aux 5,7 milliards déjà alloués pour 2011-2013, auxquels s'ajoutera un milliard d'euros de prêts additionnels de la Banque européenne d'investissement.

Sur ces sept milliards au total, cinq devraient aller aux pays du Sud de la Méditerranée. Mais la stratégie dévoilée par la Commission comprend également des mesures pour contrôler les flux migratoires. D'après Catherine Ashton, il ne s'agit en aucun cas d'acheter la coopération des pays du Sud sur cette question, mais plutôt d'introduire une conditionnalité : ceux qui respectent leurs engagements doivent obtenir plus d’appui de l’UE.

Conseil et Parlement européen sont désormais appelés à se prononcer prochainement sur cette nouvelle approche.


En savoir plus

Politique européenne de voisinage – Toute l'Europe

La Banque européenne d'investissement – Toute l'Europe

"Une nouvelle posture vis-à-vis des voisins méridionaux" – Communiqué du Parlement européen

Communication "Une stratégie nouvelle à l'égard d'un voisinage en mutation" – Commission européenne