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La liberté de la presse en Europe

Carte et comparatif 27.04.2018

Chaque année, Reporters sans frontières (RSF), publie un classement mondial sur la liberté de la presse. En Europe, les résultats des Etats membres affichent de fortes disparités. Si les pays scandinaves sont parmi les mieux classés dans le monde, ce n’est pas le cas de la plupart des pays méditerranéens et d’Europe du Sud-Est.

L’érosion du modèle européen en matière de liberté de la presse, observable depuis plusieurs années selon l'association Reporters sans frontières (RSF), tend à se confirmer en 2018. Bien que l'Union européenne figure en tête du classement mondial, certains pays sont touchés par des atteintes graves aux journalistes, comme en témoignent récemment les deux assassinats à Malte et en Slovaquie. Ceux-ci viennent s'ajouter aux menaces régulières contre le travail des journalistes et aux attaques verbales sans précédent contre la profession dans plusieurs Etats membres.

L'Europe en tête de classement

Parmi les 10 pays du monde où la liberté de la presse est la mieux garantie, 7 sont européens, aux côtés de la Jamaïque (6e), de la Nouvelle-Zélande (8e) et du Costa Rica (10e).

Cinq de ces pays sont membres de l’Union européenne : la Suède (2e du classement), les Pays-Bas (3e), La Finlande (4e), la Belgique (7e), le Danemark (9e). A noter que la Norvège reste le premier pays de la liste et que la Suisse obtient la 5e place.

De la 11e à la 20e place du classement figurent également un grand nombre de pays membres de l’Union européenne. C’est le cas de l'Autriche (11e), de l'Estonie (12e), du Portugal (14e), de l'Allemagne (15e), de l'Irlande (16e) et du Luxembourg (17e).

Dès lors, les classements de pays tels que la Lettonie (24e), Chypre (25e), la Slovaquie (27e), l'Espagne (31e), la France (33e), la République Tchèque (34e), la Lituanie (36e) le Royaume-Uni (40e) et enfin l'Italie (46e) apparaissent plus préoccupants. A noter que d'autre pays occidentaux comme les Etats-Unis (arrivés à la 45e place) ou le Japon (67e) ne sont pas mieux notés.

Une rhétorique anti-média ?

De nombreux pays européens chutent dans le classement, comme la Slovaquie (-10), la Hongrie (-2), la République tchèque (-11), la Pologne (-4) et Malte (-18). Dans ces Etats, RSF s'inquiète de la rhétorique anti-médias de certains hommes politiques qui gagne en intensité et se voit de plus en plus soutenue par les citoyens. En République tchèque par exemple, le président Milos Zeman, qui jadis aux côtés de Vladimir Poutine suggérait de ”liquider les journalistes”, des “fumiers" et des "hyènes", s’est présenté à une conférence de presse muni d’une kalachnikov factice sur laquelle était inscrit le mot “journalistes”.

Concernant la France, même si elle a gagné 6 places en 2018 (une remontée partiellement mécanique grâce à la chute de ces voisins européens), le rapport RSF regrette le "mediabashing et le dénigrement systématique de la profession par certains leaders politiques", dont Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez, qui a connu son paroxysme pendant la campagne électorale de 2017.

Des entraves étatiques inquiétantes

En France, l’annonce d’un projet de loi pour lutter contre les fausses nouvelles en période électorale suscite de vifs débats en France. Certains y voient une menace pour la liberté d’information, d’autres une volonté de défendre un "journalisme de qualité".

En Europe de l'Est, c’est l’ingérence du pouvoir en place qui pose problème à RSF. En Croatie, la société de radiotélévision subit régulièrement l'ingérence du gouvernement. En Espagne, les journalistes de la télévision publique TVE ont manifesté contre leur direction au sujet de la couverture partiale et orientée du référendum qui leur était imposée. En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán compte restreindre les droits des médias indépendants.

Les journalistes en danger à Malte, en Slovaquie, en Bulgarie et en Italie

Deux assassinats en moins de cinq mois (à Malte et en Slovaquie) sont des signes particulièrement préoccupant pour les démocraties en Europe. Malte est à la 65e place du classement de RSF, avec un recul de 18 rangs par rapport à 2017. La journaliste assassinée, Daphne Caruana Galizia, avait fait la lumière sur le harcèlement judiciaire et les pressions répétées que subissent les journalistes dans le pays.

En Slovaquie (27e place du classement, -10 points), le meurtre de Ján Kuciak, journaliste qui enquêtait sur la corruption et la mafia, a également retenu l'attention des citoyens européens.

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La Bulgarie, pays qui occupe la présidence tournante de l’Union européenne, a chuté du 36e rang en 2006 au 111e en 2018, de loin la pire place de l'UE. Les journalistes y sont fréquemment attaqués physiquement, essentiellement par des groupes mafieux, et subissent souvent des menaces de mort.

En Italie (46e place, +6), plusieurs journalistes sont menacés pour avoir enquêtés sur les réseaux mafieux ou des gangs criminels. Ils vivent sous la protection des services de sécurité de l'Etat.

Même les pays nordiques sont mis à mal

Cette détérioration du climat autour des journalistes n’épargne pas, dans une certaine mesure, les pays nordiques, qui occupent le haut du classement mondial. En Finlande (4e, -1), le domicile d’une journaliste renommée a fait l’objet d’une perquisition rocambolesque qui a failli divulguer l'identité de certaines sources de la journaliste. Le Danemark (9e, -5) a été marqué par la mort d’une journaliste suédoise de 30 ans, Kim Wall, à bord d'un sous-marin dont le propriétaire est actuellement jugé pour meurtre.

Méthodologie

La note méthodologique du "Classement mondial de la liberté de la presse 2018", établi par Reporters sans frontières, stipule que le but d’une telle hiérarchisation vise à refléter "le degré de liberté dont bénéficient les journalistes, les médias et les net-citoyens de chaque pays ainsi que les moyens mis en œuvre par les Etats pour respecter et faire respecter cette liberté".

A cet égard, un questionnaire, permettant de mesurer le pluralisme, l’indépendance des médias, l’environnement et l’autocensure, le cadre légal, la transparence et les infrastructures, a été adressé "aux organisations partenaires de RSF, à son réseau de correspondants, à des journalistes, des chercheurs, des juristes ou des militants des droits de l’homme".