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La gauche italienne déchirée face à l'élection du Président de la République

Actualité 19.04.2013

Deux mois après les élections législatives qui ont eu lieu fin février, l'Italie est toujours sans gouvernement. Son parlement, privé d'une majorité stable au Sénat, est incapable de trouver un accord. Dans ce contexte, le mandat de Giorgio Napolitano, élu président en 2006, arrive à échéance le 15 mai prochain. Aujourd'hui, le parlement devrait élire le nouveau Président de la République, qui pourrait être Romano Prodi.

Le garant de la Constitution

Onzième président de la République, Giorgio Napolitano, aura été le premier ancien communiste à occuper ce poste. Pourtant, le Parti communiste italien (PCI) a eu un poids considérable dans la politique italienne : à son apogée, en 1976, les communistes occupaient plus d'un tiers des sièges au Parlement. En Italie, le choix du Président de la République n'est donc pas une conséquence directe du résultat des élections législatives.

Alors qu'en France le président est élu directement par les citoyens et qu'il détient le pouvoir exécutif, en Italie, le Président de la République a un tout autre rôle.  Le chef d'Etat italien est avant tout le garant de la Constitution : il est donc la dernière personne à ratifier une proposition de loi, avant de la promulguer.  Il est le chef de l'armée et le représentant de l'Etat. Sa photo est présente dans tous les lieux publics (et non pas celle du Premier ministre comme c'est le cas dans certains pays). Il peut, dans certains cas, dissoudre le Parlement.

Pour garantir ce rôle super partes, l'élection du Président est confiée à une large assemblée (d'environ mille personnes) formée par les députés, les sénateurs et par une soixantaine de délégués régionaux. Il est donc élu indirectement et par une grande majorité : lors du premier vote, il faut réunir les deux tiers des voix pour qu'un candidat soit élu.

Les propositions pour l'après-Napolitano : l'échec de Marini

En février dernier, Giorgio Napolitano, âgé de 88 ans, a annoncé qu'il ne se porterait pas candidat après la fin de son difficile septennat. Surnommé "Roi Giorgio" par le New York Times, M. Napolitano a assisté à trois élections législatives et nommé quatre différents présidents du Conseil (dont le dernier, Bersani qui n'a pas réussi à former un gouvernement). Napolitano a également été le deus ex machina du gouvernement "technique" de Mario Monti.

Trouver un successeur à Giorgio Napolitano n'était donc pas une tâche facile pour les partis politiques, depuis deux mois dans l'impasse gouvernementale. En outre, la majorité spéciale nécessaire à l'élection du nouveau président (deux tiers de l'Assemblée), imposait un vaste accord entre des factions opposées.

Le Mouvement Cinq Etoiles du comédien Beppe Grillo, vraie surprise des élections législatives, a organisé une consultation en ligne pour choisir son candidat. Fidèles à leur ligne "anti-partis", les militants du M5S ont voté pour des personnalités provenant pour la plupart de la société civile : la journaliste Milena Gabanelli, le fondateur de l'ONG Emergency Gino Strada, ou encore le juriste Stefano Rodotà. Ce dernier aura été le candidat du mouvement, à cause du désistement de Mme Gabanelli et de M. Strada.

Bien que M. Rodotà possède un passé d'élu de gauche, le Parti Démocrate n'a pas retenu sa candidature à la présidence de la République et a préféré trouver un accord avec le parti de Silvio Berlusconi, le Peuple de la liberté. Le candidat commun a donc été trouvé dans le groupe catholique du centre gauche, et plus précisément dans la figure de Franco Marini, ancien syndicaliste et ministre du Travail en 1991. Ensemble, le centre-droite et le centre-gauche disposent des voix nécessaires pour élire leur candidat. En outre, la formation de centre (dont fait partie Mario Monti) et la Ligue du Nord ont soutenu le choix de Franco Marini.

Lors du premier vote, hier au Parlement, le Parti Démocrate et le Peuple de la liberté ont donc voté pour Franco Marini, mais sans atteindre le quorum nécessaire de deux tiers des voix. En plus, alors que sénateurs et députés votaient pour l'ancien syndicaliste, les électeurs du centre-gauche protestaient sur le web et dans les rues de Rome, pour un choix qu'ils ne comprenaient pas.

Les réactions à gauche et la candidature de Prodi

"Les meilleurs Italiens veulent Rodotà président", la photo d'une pancarte avec ce slogan a rapidement fait le tour de la toile hier soir. Sur le profil Facebook de Pier Luigi Bersani, le dernier billet a reçu quelques 7.000 commentaires. Pour la plupart, ils contiennent le mot "traître" ou "honte". Les électeurs du Parti Démocrate, qui avaient attendu longtemps la fin du gouvernement de Berlusconi, n'ont pas accepté le choix du groupe dirigeant, qui a préféré un accord avec le centre-droit plutôt qu'un vote conjoint avec le Mouvement 5 étoiles.

Et à l'intérieur du parti, le débat était enflammé dès ce matin. "Je préfère voter pour Stefano Rodotà", a coupé court jeudi soir Matteo Renzi, maire de Florence et principal adversaire de Bersani lors des dernières primaires de gauche. Comme M. Renzi, d'autres membres du Parti Démocrate ont dénoncé le choix du groupe dirigeant. Debora Serracchiani, élue au Parlement européen, a partagé le même avis : "le choix de Marini est gravissime". Le quotidien La Repubblica, pourtant proche du Parti Démocrate, a lui aussi exprimé son désaccord avec ce choix. Pour le directeur du journal, Ezio Mauro, la "méthode" de choix utilisée par Bersani n'est pas la bonne.

Le résultat du premier vote a donc été un soulagement pour une partie du Parti Démocrate, mais le groupe dirigeant est encore sous le feu des critiques. Hier soir, lors d'une énième assemblée très tendue, M. Bersani a avancé la candidature de Romano Prodi, et a été applaudi à l'unanimité. L'ancien président de la Commission européenne pourrait donc devenir le prochain Président de la République italienne. Le Parti Démocrate a annoncé qu'il votera à l'unisson pour Prodi lors du quatrième vote, qui a lieu dans l'après-midi et pour lequel une majorité simple est suffisante. Le PD a le soutien du parti gauchiste Sinistre écologie et liberté (SEL), mais il doit également convaincre d'autres élus pour atteindre la majorité absolue de l'Assemblée.