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La France prend le flambeau de la Présidence de l'Union européenne

Actualité 01.07.2008

La France a pris le mardi 1er juillet les rênes de l'Union européenne pour une durée de six mois. Une Présidence courte - les deux mois d'été étant marqués par une inactivité quasi-totale à Bruxelles - et difficile, après la victoire du "non" au référendum irlandais sur le traité de Lisbonne.  Cet événement n'est pas sans conséquences sur le programme, ficelé depuis plusieurs mois, d'une Présidence française qui se veut, selon Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, "citoyenne, moderne et écologique".

 

Une Europe citoyenne

"Réconcilier l'Europe avec le citoyen français". Bien qu'elle n'apparaisse pas parmi les priorités officielles de la Présidence française de l'Union européenne, cette préoccupation est un objectif affiché du gouvernement français. Un objectif qui ne semble pas facile à atteindre lorsque l'on sait qu'un tiers des Français perçoivent la construction européenne comme une source de crainte (selon le sondage réalisé par BVA pour Touteleurope.fr, Orange et Ouest France).  Comme l'explique Thierry Chopin, le rapport des Français à l'Europe semble avoir évolué au cours des dix dernières années.

Alain Lamassoure, Député européen, auteur du rapport sur "Le citoyen et le droit communautaire"




L'inquiétude des Français vis-à-vis de l'Europe s'était clairement exprimée à l'occasion du référendum sur la constitution européenne en 2005. Nul doute que la victoire du "non" au référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande le 11 juin dernier a semé le doute dans les esprits des citoyens qui n'ont pas été appelés à s'exprimer sur ce texte. Ainsi 41 % des personnes interrogées par BVA pour Touteleurope.fr considèrent qu'il faut renoncer au traité. Un texte que les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne auront du mal à abandonner, après dix ans d'intenses négociations institutionnelles et le sentiment d'être parvenus au meilleur compromis possible.

La France va donc devoir assumer dans les mois à venir la gestion de la "sortie de crise". Alors que Jean-Pierre Jouyet annonçait la mise en oeuvre du traité de Lisbonne et la nomination du Président du Conseil européen d'ici janvier 2009,  la France va désormais devoir se focaliser sur le prochain conseil d'octobre, où l'UE devra trouver une solution pour sortir de cette nouvelle impasse institutionnelle.

Malgré cet aléa, la France semble déterminée à rapprocher l'Union européenne de ses citoyens. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a ainsi demandé à Alain Lamassoure, député européen, d'analyser les causes et de trouver des solutions à une Europe censée être trop éloignée des préoccupations quotidiennes du citoyen. Deux mois de travail qui ont permis la rédaction d'un rapport conséquent , intitulé "Le citoyen et le droit communautaire", et énumérant soixante-et-une propositions concrètes.

Une Europe moderne

La Présidence française de l'Union européenne va se mettre, pendant six mois, au service de ses vingt-six partenaires européens. Outre la gestion de la crise consécutive au rejet du traité par les Irlandais, la France a élaboré, en concertation avec la République Tchèque et la Suède qui lui succéderont, un programme de priorités qui entendent répondre aux défis actuels auxquels doit faire face l'Union européenne. 

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy



 

La France entend ainsi préciser la place de l'Union européenne dans le monde, et notamment vis-à-vis de ses voisins. Ainsi, le projet d'Union pour la Méditerranée, porté depuis le départ par le gouvernement français, devrait se concrétiser le 13 juillet prochain à l'occasion d'un sommet à Paris sur ce dossier.

La France a également inscrit aux titres de ses priorités la défense, sujet controversé au sein des Vingt-Sept. Cette question a notamment été avancée comme une des justifications du refus du traité de Lisbonne par l'Irlande. Le gouvernement français souhaite conclure le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan avant la fin de l'année 2008, tout en faisant progresser la politique européenne de la défense.

La Présidence française de l'Union européenne souhaite également faire avancer la gestion des flux migratoires par l'adoption du Pacte européen sur l'immigration et l'asile. Le vote par le Parlement européen, le 18 juin 2008, de la directive "retour" a été un premier par vers une politique commune sur ce dossier. Son adoption a cependant suscitée de nombreuses réactions, notamment au sein de la société civile.

La France profitera enfin de ses six mois de Présidence pour dresser le bilan de la politique agricole commune (PAC) et amorcer la réorientation de cette politique dans l'optique des débats qui devront s'ouvrir sur son avenir après 2013.

Une Europe écologique

L'environnement est l'une des préoccupations majeures des citoyens européens. Ainsi, le sondage réalisé par BVA pour Touteleurope.fr, Orange et Ouest France montre que 27% des Français considèrent que ce doit être la première priorité de la Présidence française de l'Union européenne.

Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie



La France est consciente, comme le souligne la Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, que l'Union européenne "doit jouer un rôle de moteur" dans les négociations internationales sur le changement climatique.

La Présidence française a ainsi inscrit parmi ses priorités l'adoption, par les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne, du paquet "énergie-climat". Cet ensemble de mesures, adopté par le Conseil européen de mars 2007, a été présenté par la Commission européenne en janvier dernier. Il devrait permettre, dans le cas d'un accord rapide entre l'ensemble des partenaires européens, de dégager une position commune à l'Union européenne, indispensable en vue des négociations internationales sur le changement climatique qui auront lieu en janvier 2009 à Copenhague.

Cette position commune ne sera pas facile à obtenir, certains Etats membres, notamment les nouveaux entrants, estimant ne pas avoir les ressources économiques suffisantes pour atteindre les objectifs fixés par le paquet "énergie-climat".




Sources

La Présidence française de l’UE : intérêt général et protection des citoyens - 19/05/2008 - Portail du gouvernement
Le citoyen et l'application du droit communautaire - Alain Lamassoure - 08/06/2008- Rapport au Président de la République [pdf, 1 Mo]
Propositions du rapport Lamassoure - 08/06/2008 [pdf, 112 ko]


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