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La France et ses partenaires : vus d'Europe, vues sur l'Europe

Actualité 21.12.2006

A l'approche des élections présidentielles, la livraison d'automne de la revue Géoéconomie souhaite relancer la réflexion sur "notre espace européen". Quelle est la place de la France dans le processus de construction européenne, quelle relance possible après le "non" à la Constitution et quelle perception les partenaires de la France portent-ils sur elle ? Telles sont les questions soulevées dans les différents articles qui composent ce dossier.

Selon Jean-Dominique Giuliani, Président de la fondation Robert Schuman, "la France n'a pas entièrement pris conscience de la nature de la construction européenne". Il explique le sentiment de perte d'influence de la France par son manque "de culture de négociation" au sein d'une Europe élargie. Estimant que le "non" de la France au référendum de 2005 a "incontestablement jeté un doute" sur son engagement européen, Jean-Dominique Giuliani affirme qu'il est à présent essentiel que la France définisse une stratégie européenne.

Dans ce contexte, le couple franco-allemand, peut-il à nouveau jouer un rôle moteur ? Selon l'auteur, l'influence des deux pays à décru au fil des élargissements et seule une "rupture avec le discours de noyau dur" permettrait de rendre ce couple plus crédible au sein de l'Europe.

Jean-Dominique Giuliani estime par ailleurs que la France devrait s'appuyer davantage sur ses autres partenaires européens: la Grande-Bretagne pour la défense, et les pays du Sud pour une relation renforcée. De plus, des sujets comme l'énergie, démontrent selon lui que la France ne peut pas agir seule et que son action doit s'inscrire dans une politique européenne commune. L'auteur souligne enfin que l'Union européenne est la première puissance commerciale du monde, mais qu'elle doit à présent "développer sa puissance sur la scène internationale".

Identité singulière de la France

La seconde contribution, signée Markus C. Kerber, aborde la question de "l'Europe après le couple franco-allemand". Ce professeur d'économie à Berlin avance dans son article une idée forte : "la construction européenne ne réussira pas sans que les Allemands y mettent tout leur poids politique", ce qui impose aux dirigeants allemands d'oser une "confrontation critique et constructive" avec la France. Selon l'auteur, un tel conflit d'intérêt peur se révéler utile dans le processus d'unification européenne. Markus C. Kerber affirme que le passé douloureux des Allemands ne doit pas leurs interdire de faire valoir leurs intérêts et de jouer un rôle majeur dans la construction européenne, où "le manque d'enthousiasme des peuples européens […] met en péril toute l'œuvre accomplie".

Dans son article intitulé "Singularité française : la France, son Etat, son identité et l'Europe", Jean-Thomas Lesueur, directeur des études de l'Institut Thomas More, suggère que "le refus de prendre en compte la réalité prégnante des divergences constitutives des identités européennes" peut expliquer "la panne et l'inanité de l'Union". L'auteur rappelle l'identité singulière de la France par rapport à ses partenaires européens : elle a été construite par l'Etat. Dès lors que l'Etat est en crise, c'est "le modèle identitaires français qui craque". Jean-Thomas Lesueur analyse le "non" au referendum et les violences dans les banlieues comme deux exemples de cette crise. Selon lui, "la question de l'Europe" est liée à la question de l'identité française. L'auteur invite donc à s'interroger sur la finalité politique de la construction européenne et sur le rôle des identités nationales dans le processus d'unification du continent.