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La fragmentation du parlement grec pourrait conduire à la sortie de la zone euro

Actualité 07.05.2012

Dimanche 6 mai, les Grecs ont voté pour des élections législatives sous haute tension. La déroute annoncée des deux partis de gouvernement, la Nouvelle Démocratie (conservateur) et le PASOK (socialiste), a bien eu lieu. N'obtenant que 149 sièges sur 300 à eux deux, il est probable qu'ils ne soient pas en mesure de former une coalition. En effet, aucun de cinq autres partis faisant leur entrée au parlement ne partage leur position favorable à la mise en œuvre des plans d'austérité voulus par l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Les résultats donnent un parlement très fragmenté

Avec 19,1% des suffrages, la Nouvelle Démocratie (ND) est arrivée en tête des élections législatives. Le PASOK obtient quant à lui 13,3% des voix et perd donc deux tiers de ses sièges par rapport aux élections de 2009. Ainsi pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1974, les deux grands partis de gouvernement grecs sont désavoués par une population désabusée par les conséquences dramatiques de la crise et des plans d'austérité.

Le grand vainqueur des élections est Syriza. Cette formation politique de la gauche radicale obtient 16,6% des suffrages. Devançant le PASOK et améliorant son précédent score de 12 points, ce parti proche du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, s'impose comme une force politique incontournable en Grèce, avec comme figure de proue Alexis Tsipras (notre photo), son leader charismatique de 37 ans. Aux côtés de Syriza, deux autres partis de gauche entrent au parlement. Le Parti communiste (KKE) obtient un score habituel de 8,4% des voix et la Gauche démocratique, plus proche du PASOK sur l'échiquier politique, 6,1% des suffrages.

A droite, les Grecs Indépendants, parti souverainiste, recueille 10,1% des voix et l'Aube Dorée, formation d'extrême droite fascisante obtient également des sièges avec 7% des voix. Ces deux partis, à l'image de ceux de gauche, sont "anti-rigueur", et il est très probable que tous refusent de prendre part à une grande coalition avec la ND et le PASOK. L'Aube Dorée ne sera de toute façon pas conviée aux négociations en raison de son message particulièrement violent. Son leader, Nikos Mihaloliakos, se réjouissant du score de son parti, a ainsi déclaré que "l'heure de la peur avait sonné pour les traitres à la patrie".

Le risque d'une sortie de la zone euro

C'est dans ce contexte d’assemblée fragmenteé et de colère sociale qu'Antonis Samaras a été invité par le chef de l'Etat à constituer un gouvernement. S'il venait à échouer, il reviendrait à Alexis Tsipras puis au PASOK de tenter pareille opération. En cas de blocage persistant, de nouvelles élections pourraient avoir lieu dès le mois de juin. La Gauche démocratique ayant refusé de participer à un gouvernement de coalition, il est désormais plus que plausible qu'une grande coalition soit impossible. Et les scores cumulés des partis de gauche, hors PASOK, étant trop faibles pour atteindre la majorité absolue, tout porte à croire à une impasse.

Par conséquent, l'inquiétude est de rigueur à Athènes et à l'étranger. L'indice boursier grec a chuté de 9% ce lundi et le cours de l'euro à la bourse de Tokyo a atteint son niveau le plus bas depuis janvier 2012. En outre, le Crédit Agricole subit de lourdes pertes en raison de sa position de créancier de la dette grecque. Le pays étant considéré comme ingouvernable, l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international pourraient être tentés de suspendre leur aide.

Par le refus des mémorandums, le pays pourrait être amené à sortir de la zone euro. "Mme Merkel doit comprendre que la politique d'austérité vient de subir une immense défaite", a déclaré Alexis Tsipras. "Par leur vote, les électeurs grecs ont donné un mandat pour une nouvelle aube pour notre pays, où la solidarité et la justice remplacerait les mesures barbares des plans de renflouement".

Cette position n'est bien entendu pas partagée par les autorités européennes et internationales. Pour Klaus Regling, directeur général du Fonds européen de stabilité financière, "une sortie de la Grèce de la zone euro serait une catastrophe pour les autres pays aidés, pour les banques et pour la Grèce elle-même". En effet, le retour à une monnaie nationale entrainerait une dévaluation et donc de nouvelles pertes pour les investisseurs étrangers.




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