Derniers articles publiés

La FIFA, ou les eaux troubles du football

Actualité 19.06.2014

Dans le football mondial, une instance est incontournable : la FIFA. Elle est chargée de l’organisation de la prestigieuse Coupe du monde de football. A plus forte raison encore que l’UEFA ou le CIO, la FIFA est connue et décriée pour son pouvoir, son poids financier et son opacité. Elle se trouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs avec le « Qatargate » et le coût colossal de la Coupe du monde au Brésil. Décryptage.

FIFA

Le "Qatargate", dernier scandale d’une longue série

La Fédération internationale de football association – FIFA – est fortement critiquée et accusée de corruption. Lui sont principalement reprochés le choix du Qatar pour l’organisation de la Coupe du monde 2022 et son pouvoir croissant lui permettant d’instaurer sa loi sur les pays hôtes durant l’organisation des compétitions.



Michel Platini, Français né en 1955, ancien meneur de jeu de l'équipe de France de football, président de l'UEFA depuis 2007.

De fait, le choix du Qatar pour l’organisation de cet événement ne cesse de faire tousser. Ce pays n’est guère plus grand que la Corse. Il ne dispose donc pas de la dizaine de stades ultramodernes requis. Son championnat n’est pas prestigieux, pas plus que son équipe nationale. Il y fait une chaleur écrasante l’été, période de l’année durant laquelle le Mondial est normalement organisé. Et le gouvernement est régulièrement critiqué pour son autoritarisme. A cette longue liste d’inconvénients, s’ajoute également que le pays est régulièrement épinglé pour ses graves entorses au droit du travail. Un grand nombre de travailleurs immigrés, principalement venus d’Inde et du Népal, est nécessaire à la construction de stades et des infrastructures. Ils n’ont droit qu’à des salaires de misères, dans des conditions déplorables et des situations de quasi-esclavage.

Par conséquent, les accusations de corruption liées à l'organisation de la coupe dans ce pays commencent à pleuvoir sur les officiels de la FIFA. Selon l'hebdomadaire France Football, ces derniers auraient été influencés par des pots de vin, pratique qui serait de toute façon inhérente au processus de décision. Michel Platini, actuel président de l’UEFA – Union des associations européennes de football – et membre de la FIFA, se trouve personnellement au cœur du scandale. Or il est l’un des rares membres du comité de décision à avoir révélé son vote. Son implication pourrait être le fruit d’un conflit avec Sepp Blatter, actuel président de la FIFA. Ce dernier aurait préféré la candidature des Etats-Unis, sans que cela soit vérifiable, et chercherait à évincer Michel Platini pour assurer sa réélection à la tête de la Fédération.



Joao Havelange
, Brésilien né en 1916, président de la FIFA de 1974 à 1998.

Hélas pour lui, l’affaire qui l’on surnomme désormais "Qatargate" n’est pas la seule qui vienne entacher sa présidence. Ce Suisse de 78 ans est entré à la FIFA en 1975 en tant que directeur des programmes de développement. Dans l’ombre du président de la FIFA d’alors, le Brésilien Joao Havelange, Sepp Blatter a grimpé les échelons au point de devenir directeur exécutif en 1990 et de succéder à son mentor en 1998. En effet, après 24 années à la tête de la Fédération internationale de football, M. Havelange est poussé vers la sortie afin d’éviter… un scandale de corruption. Au total, durant la présidence de Joao Havelange, les dirigeants de la FIFA auraient perçu 130 millions de dollars de pots de vin, selon le journaliste Andrew Jennings.

"Lei geral de la Copa"

L’arrivée de Sepp Blatter à la tête de la FIFA n’aurait donc pas résolu ces dysfonctionnements. Au contraire, la Fédération est de surcroît accusée d’abuser de sa position pour favoriser les intérêts économiques de ses sponsors, parfois au détriment des pays choisis pour l’organisation de la Coupe du monde. De fait, organiser un tel événement nécessite des investissements toujours plus colossaux, pour la construction ou la rénovation de stades, d’infrastructures ou encore d’hôtels. Le montant de ces fonds est actuellement largement dénoncé au Brésil, tant parce que la pérennité ou l’utilité des installations une fois la compétition terminée pose question, que parce que ces ressources publiques ne sont pas investies dans d’autres secteurs comme l’éducation ou la santé.



Joseph - Sepp - Blatter, Suisse né en 1936, président de la FIFA depuis 1998, probable candidat à sa succession en 2015 pour un 5e mandat.

En outre, la FIFA peut aller jusqu’à temporairement modifier les lois des pays hôtes si ces dernières ne sont pas en accord avec ses intérêts économiques. Il s’agit par exemple d’imposer une affiliation à la FIFA à tous les vendeurs opérant dans un rayon de 2 kilomètres autour des stades. Ou encore de réautoriser au Brésil la consommation de bière dans les stades alors qu’elle est normalement interdite pour des raisons de sécurité, ou de mettre en place des tribunaux exceptionnels chargés de juger les délinquants en un temps record durant la période du Mondial. En une phrase, il s’agit de la « lei geral de la Copa » - la loi générale de la Coupe.

D’une manière générale, qu’il s’agisse de l’organisation de la Coupe du monde, de l’Euro ou encore des Jeux olympiques, la prise en charge de tels événements est devenue extrêmement sensible. Les cahiers des charges ne cessent de s’accroître d’année en année, rendant de plus en plus incertaines les retombées économiques et politiques. Le choix de l’Afrique du Sud en 2010 se justifiait par la volonté légitime de confier pour la première fois à un pays africain l’organisation du Mondial. Tout comme le choix du Brésil cette année se comprend aisément au regard de la place prépondérante du football dans la vie du pays. Toutefois, il y a fort à parier que les Sud-africains et les Brésiliens ne bénéficieront pas d’avoir accueilli la compétition. Les dépenses consenties ne seront pas intégralement amorties, laissant donc une impression de gâchis dans des pays subissant de forts taux de pauvreté et de très importantes inégalités sociales.

Joao Havelange, Sepp Blatter et maintenant Jérôme Valcke ?    

Et outre le choix douteux du Qatar pour la Coupe du monde 2022, la FIFA a fait celui de la Russie pour l’édition de 2018. Certes le pays n’a jamais accueilli un événement footballistique majeur, dispose d’un championnat correct et participe régulièrement à la compétition. Toutefois, l’ampleur des dépenses risque une nouvelle fois de crever le plafond. De nombreux stades sont vétustes ou restent à construire. Les infrastructures de transport sont extrêmement rudimentaires, tout comme les capacités d’accueil dans les villes de province. La facture est appelée à se chiffrer en milliards de dollars, sans compter sur l’empreinte carbone d’une telle opération. En 2012, l’Ukraine avait été choisie avec la Pologne par l’UEFA pour accueillir l’Euro. Le pays, dans une situation comparable à celle de la Russie pour ce qui est de la modernité des installations sportives et des capacités de transport, avait connu d’immenses problèmes pour être prêt à temps, pour ne pas mentionner d’importantes dérives dans l’attribution des marchés publics.



Jérôme Valcke, Français né en 1960, ancien journaliste et directeur de la chaine Sport+, secrétaire général de la FIFA depuis 2007.

En somme, la pression s’intensifie sur la FIFA pour réformer son fonctionnement et ses méthodes. Michel Platini et la majeure partie des fédérations européennes de football militent ouvertement pour la nomination d’un nouveau président en remplacement de Sepp Blatter, trop impliqué dans les différents scandales touchant l’institution. Le cas échéant, l’ancien meneur de jeu de l’équipe de France pourrait être tenté de prendre les rênes de la Fédération internationale de football, mais aurait encore à affronter son actuel n°2, le Français Jérôme Valcke. Connu pour ses méthodes expéditives, M. Valcke est également dans l’œil du cyclone pour avoir critiqué l’organisation du Mondial brésilien, ou encore pour avoir déclaré qu’un "moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde". "Quand on a un homme fort à la tête d’un Etat, comme Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux".

Pour mémoire, Jérôme Valcke avait été licencié de la FIFA en 2006 pour avoir négocié secrètement avec Visa en dépit du contrat entre la Fédération et Mastercard, ce qui avait coûté 90 millions de dollars à son employeur. Six mois plus tard, M. Valcke était inexplicablement réintégré à un poste plus élevé.