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La droite de l'eurodéputé Plenkovic remporte les élections en Croatie

Actualité 12.09.2016

Contrairement à ce qui avait été annoncé par les sondages, la droite croate a remporté les élections législatives anticipées de dimanche 11 septembre. L’eurodéputé Andrej Plenković, président du parti conservateur Hdz, peut compter sur une majorité relative de parlementaires et viser le poste de premier ministre. Il devra néanmoins former une coalition pour gouverner.

Andrej Plenkovic

Victoire du parti conservateur

Le nouveau Premier ministre croate viendra-t-il du Parlement européen ? Au lendemain des élections législatives anticipées de dimanche 11 septembre, l’Union démocratique croate (Hdz) présidée par le député européen Andrej Plenković sort gagnante.

Avec 61 sièges sur les 151 qui composent l’assemblée de Zagreb, le Hdz redevient ainsi la première force politique du pays, devant le Parti social-démocrate (Sdp) de Zoran Milanović, considéré vainqueur jusqu’à la veille du vote mais qui n’a obtenu que 54 députés.

Pour gouverner, le Hdz aura cependant besoin de nouer des alliances, car la majorité absolue est fixée à 76 députés. Le partenaire le plus probable est Most, une formation libérale et proche de l’église catholique qui sera représentée par 13 parlementaires. Ensuite, les conservateurs pourront chercher du soutien parmi les représentants des minorités nationales (8 députés) ou auprès des partis mineurs. Impossible, par contre, de prévoir un accord avec le “Mur vivant” (Zivi zid), un mouvement anti-système qui a d’ores et déjà exclu toute alliance.

“Nous formerons rapidement un gouvernement stable”, a assuré dimanche soir Andrej Plenković, élu à la tête du Hdz en juillet après la démission de l’ancien chef du parti Tomislav Karamarko, accusé de corruption.

Lorsque Plenković a pris la place de son prédécesseur (suite à un vote interne dans lequel il était le seul candidat), le Hdz était au plus bas dans les sondages. Le parti venait de voter la défiance au premier ministre Tihomir Orešković, au pouvoir depuis à peine six mois et jusque-là soutenu par une coalition Hdz-Most. Le Sdp avait un avantage de quelques 10% et Plenković devait faire oublier aux citoyens le virage nationaliste que son parti avait pris sous le mandat de Karamarko (notamment avec la nomination comme ministre de la Culture de l’historien Zlatko Hasanbegović, accusé de révisionnisme). L’eurodéputé, vice-président de la commission Affaires étrangères à Strasbourg, commençait alors son travail de “recentrage” du Hdz qui l’aurait emmené à la victoire de dimanche.

“Plusieurs scénarios sont possibles à ce jour”, affirme le journaliste politique Ilko Ćimić du portail croate Index.hr. “Il y aura sûrement de longues négociations entre Hdz et Most et entre Hdz et d’autres formations mineures”, analyse Ćimić, qui ajoute que “ceci déboucherait sur une coalition de centre-droit qui me semble très probable”. En cas de désaccord entre Plenković et Božo Petrov, le leader de Most, le Hdz pourrait chercher à dialoguer avec les sociaux-démocrates de Zoran Milanović afin de former une grande coalition, “mais celle-ci est la solution la moins plausible”, précise le journaliste de Index.hr.

Enfin, en cas d'impasse dans la formation du gouvernement, la présidente Kolinda Grabar-Kitarović devrait appeler à des nouvelles élections. Mais encore une fois, Ilko Ćimić commente : “tous les partis feront le maximum pour éviter un retour aux urnes, d’autant plus que le taux de participation extrêmement bas (52%) a révélé une grave désaffection de la part des électeurs”.

Les chantiers du futur gouvernement

Du chômage des jeunes qui s'élève à 43% aux tensions diplomatiques avec la Serbie, le nouveau gouvernement croate aura plusieurs dossiers importants à traiter. D'autant plus que l’exécutif sortant, qui a gouverné à peine six mois, n’a pu entamer aucune réforme structurelle.

Alors que l'économie de ce petit pays (4 millions d’habitants environ) recommence à croître après six ans de récession (2009-2015), le phénomène de l’émigration des jeunes ne décélère pas, avec des départs quotidiens vers l’Irlande, l’Allemagne et d’autres pays de l’Europe du Nord.

Quant à la politique étrangère, les autorités de Belgrade ont écrit une lettre à la Commission européenne pour protester contre la politique de Zagreb jugée “anti-serbe” (notamment à cause des déclarations controversées de certains ministres sortants). Le président de l’exécutif européen Jean-Claude Juncker a appelé les deux pays à la réconciliation et la semaine dernière le commissaire à l’élargissement Johannes Hahn s’est rendu en Serbie. Mais la tension entre les deux capitales demeure néanmoins élevée. 

Quel avenir pour le parti social-démocrate ? 

Tandis que les forces politiques commencent leurs consultations pour donner à la Croatie un nouvel exécutif, le règlement de comptes commence au sein du parti social-démocrate, grand perdant de ce scrutin. Durant sa campagne électorale, l’ancien Premier ministre Sdp Zoran Milanović a surpris les observateurs avec des affirmations offensives vis-à-vis de la Serbie (“ce sont des misérables”, a-t-il dit en parlant des Serbes), prononcées probablement dans l’espoir d’obtenir le vote des électeurs les plus nationalistes.

Non seulement cette stratégie n’a visiblement pas marché, mais elle a aussi crispé les citoyens fidèles au Sdp. “Si ces résultats sont confirmés, Milanović doit partir”, confiaient au quotidien Jutarnji List certains membres du Sdp durant la nuit du vote. Et lundi après-midi, le leader socialiste a annoncé son départ durant une conférence de presse. “Je ne me porterai plus candidat à la présidence du Sdp”, a affirmé Milanović, ouvrant ainsi la course à sa succession.