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La diplomatie et la défense dans l'Union européenne

Synthèse 29.08.2017 Jules Lastennet

Eu Europe, les questions diplomatiques et de défense, hautement régaliennes, appartiennent traditionnellement aux Etats membres. Toutefois, depuis les années 1990, l'UE ne cesse de gagner en compétences en la matière, au point d'aujourd'hui envisager la mise en oeuvre d'une véritable "Europe de la défense".

Forces armées arborant le drapeau européen

Forces armées arborant le drapeau européen

La situation aujourd'hui

La politique étrangère est aujourd'hui encore en grande partie une compétence nationale. Les pays membres de l'Union européenne ne font pas exception. Au sein des Vingt-Huit, les principales diplomaties sont la France et le Royaume-Uni, compte tenu de leurs sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que de leurs réseaux d'ambassades dans le monde. Viennent ensuite l'Allemagne, qui tend à accroître son implication sur la scène internationale depuis plusieurs années, ainsi que, entre autres l'Italie ou encore la Suède.

Les pays européens et l'Union européenne sont censés agir, sur la scène internationale, selon les mêmes valeurs et principes. Une attention particulière est logiquement donnée aux relations avec les pays les plus proches géographiquement, que ce soit en Europe de l'Est, au Moyen-Orient ou encore en Afrique. Une "politique de voisinage" dédiée à ces pays frontaliers existe et met en œuvre 16 étroites coopérations bilatérales entre ces Etats et l'UE.

La politique européenne de voisinage

La politique de défense relève de la même logique et demeure, très largement, un domaine réservé des nations. En Europe, les deux pays disposant des principales forces armées sont à nouveau la France et le Royaume-Uni. Ces deux Etats membres sont les seuls à disposer d'un arsenal nucléaire. Plus généralement, le continent se trouve sous la "protection" de l'OTAN. 22 des 28 pays de l'UE en sont membres. L'OTAN et l'UE œuvrent en coopération, prennent soin de ne pas se faire concurrence et assurent la sécurité de l'ensemble de l'Union selon une alliance d'assistance mutuelle en cas de conflit.

Sur le plan opérationnel, certains pays européens sont engagés sur le plan militaire à l'étranger. C'est le cas de la France en Afrique (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad), ainsi qu'au Moyen-Orient (Syrie, Irak), ou encore du Royaume-Uni au Moyen-Orient (Syrie, Irak), en Afghanistan et en Afrique (Kenya, Sierra Leone). Aux côtés des forces françaises et britanniques contre Daech figurent également des militaires danois, néerlandais et belges. Par ailleurs, la France et l'Allemagne sont également en première ligne du dossier ukrainien, les deux pays ayant signé les accords de Minsk avec la Russie et l'Ukraine afin de faire cesser les combats dans le pays.

Il existe en outre d'importantes différences entre les pays européens concernant le montant des dépenses de défense. En 2016, seuls quatre pays – l'Estonie, la Grèce, la Pologne et le Royaume-Uni – consacraient plus de 2% de leur PIB à ce champ d'action. A l'inverse un pays comme l'Espagne dépense moins de 1% de son PIB pour sa défense.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fonctionnement actuel

Au niveau européen, les affaires étrangères et la défense prennent le nom de "politique étrangère et de sécurité commune" (PESC). Son fonctionnement actuel date de 2009 (traité de Lisbonne), la PESC faisant aujourd'hui partie de "l'action extérieure de l'Union européenne", qui comprend également la politique commerciale commune, la coopération avec les pays tiers et l'aide humanitaire.

La politique étrangère et de sécurité commune

Parmi les objectifs poursuivis dans le cadre de la PESC figurent la sauvegarde des valeurs, des intérêts fondamentaux, de la sécurité, de l'indépendance et de l'intégrité de l'UE, ou encore le soutien à la démocratie et à l'Etat de droit, ainsi que la préservation de la paix.

Le traité de Lisbonne stipule que l'Union est compétente dans tous les domaines de politique étrangère, y compris la défense, même si, dans les faits, les Etats membres conservent la grande majeure des prérogatives. Les décisions européennes en la matière se prennent à cet égard à l'unanimité, même si des dérogations existent pour permettre à un nombre restreint de pays de prendre des mesures sans la participation de tous (procédure de coopération renforcée).

Pour "incarner" cette action extérieure, l'Union européenne dispose d'un "Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité". Depuis 2014, ce rôle est joué par l'Italienne Federica Mogherini. Elle cumule cette fonction de "cheffe de la diplomatie européenne" avec celle de vice-présidente de la Commission européenne.

Histoire

La diplomatie et la défense européennes sont discutées depuis les origines du projet européen. Un projet de Communauté européenne de défense (CED) est même envisagé dès 1954, avant même la signature du traité de Rome en 1957. La CED n'aboutira alors pas, en raison d'un vote défavorable du parlement français, mais l'idée de doter l'Europe de compétences en matière de politique étrangère et de défense ne disparaîtra pas. Il faudra néanmoins attendre jusqu'en 1992 pour qu'elle se concrétise, dans le cadre du traité de Maastricht.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Enjeux et perspectives

Le contexte géopolitique actuel incite les Européens à accroître leur entente en matière de diplomatie et de défense. Les foyers de tension sont nombreux (Ukraine, Syrie, Afrique…), tout comme les sources de déstabilisation (attentats terroristes, changement climatique, élection de Donald Trump aux Etats-Unis…). Pour y faire face et peser face à des puissances telles que les Etats-Unis, la Russie et la Chine, les Etats membres de l'UE ont en effet pour intérêt commun de parler d'une même voix.

En outre, le départ programmé du Royaume-Uni de l'Union européenne est également de nature à favoriser le renforcement d'une politique étrangère européenne, ce pays s'étant toujours opposé à une perte de souveraineté en la matière. A cet égard, en tant que principale puissance militaire d'Europe continentale, avec près de 40 milliards d'euros dépensés dans ce domaine en 2016, la France est appelée à jouer un rôle de leader en matière de défense.

A cet égard, la Commission européenne a fait de ce sujet l'un de ses 5 domaines d'action prioritaires pour l'avenir de l'Union à l'horizon 2025. Un document de réflexion a été rendu public le 7 juin 2017, proposant aux Etats membres 3 scénarios différents pour la politique européenne de défense. L'option la plus ambitieuse irait jusqu'à la constitution d'une véritable politique de défense intégrée, qui confèrerait à l'UE la responsabilité de la protection du territoire européen.

Toutefois, si le contexte paraît favorable à une intensification majeure de la coopération européenne en matière de défense, les négociations entre les pays membres sur la forme à donner à cette Europe de la défense seront probablement longues. Les divergences importantes entre les pays membres relative à la taille des armées, à l'implication ou non dans l'OTAN ou encore au positionnement neutre de certains Etats comme l'Autriche seront autant d'obstacles à surmonter.

Enfin, la mise en œuvre d'une véritable Europe de la défense suppose une modification des traités car, en l'état actuel des choses, l'UE n'est pas habilitée à engager son budget dans des opération militaires. Une perspective possible mais qui, elle-aussi, nécessiterait de longues discussions entre les pays membres.

 

Sources :