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La crise vue par les Etats du dernier élargissement

Actualité 01.03.2012

Un débat sur le thème "Crise de l’euro/ Traité européen/Europe : qu’en pensent les pays du dernier élargissement ?" a été organisé le 29 février par le Club Grande Europe avec le soutien financier de la Commission européenne. Des représentants des Etats membres ayant récemment adhéré à l'Union européenne ont ainsi pu exprimer les positions de leurs gouvernements par rapport à la crise, les solutions qui pourraient y être apportées, et leur sentiment général vis-à-vis de l'euro. 

La résistance à l'austérité diffère selon les Etats

Benjamin Angel, de la Direction Générale des affaires économiques et monétaires de la Commission européenne, et chef d'unité en charge des institutions financières et du mécanisme de stabilité à la Commission européenne, est revenu brièvement sur les origines de la crise et les mesures prises pour tenter de la résoudre.

En 2008, l'Union européenne a été frappée par une crise financière, qui s'est transformée en crise bancaire en 2009. Les Etats membres sont entrés en récession, et ont dû procéder à des injections financières. Il a fallu attendre 2010 pour que des réformes de la réglementation bancaire soient opérées par les Etats membres de la zone euro, à travers la mise en œuvre et le renforcement de mécanismes de soutien financier. En janvier 2010, la première tranche d'aide à la Grèce a été versée, puis le FESF a été créé le 9 mai 2010. En parallèle, des efforts ont été menés, à travers l'adoption du six pack, qui pallie les déficiences du pacte de stabilité, et la création du semestre européen, outil de coordination des politiques économiques et budgétaires des Etats membres.

Selon lui, les problèmes qui se posent aujourd'hui sont de plusieurs ordres :

Il y a tout d'abord la détérioration des finances publiques, qui risque d'entrainer la lassitude des citoyens ;
l'exigence accrue du respect des critères du Pacte de stabilité et de croissance pour les pays qui souhaitent entrer dans la zone euro, suite aux difficultés rencontrées par plusieurs pays, notamment la Grèce et le Portugal ;
la nécessité de porter attention au juste équilibre avec les Parlements nationaux dans le renforcement de la zone euro. Pour M. Angel, "il n'est pas normal que le projet de budget irlandais ait été donné à lire au Parlement allemand avant d'être soumis aux députés irlandais". A contrario, le rôle des Parlements est trop important dans certains Etats, comme c'est le cas en Finlande.

Pour Benjamin Angel, "la capacité à faire face à l'austérité diffère selon les pays. Certains mettent en œuvre des réformes très strictes qui sont plus ou moins supportées par les populations, tandis que dans d'autres Etats, elles ne sont pas supportées." Il prend l'exemple de la Lettonie, où les salaires ont été diminués de 20 à 25 %. Cela a eu pour effet de ramener le niveau des salaires au niveau de l'année précédente, tandis qu'au Portugal, une telle baisse a ramené les salaires au niveau d'il y a 15 ans.

La Hongrie fait face à un contexte inhabituel

Zoltan Kovacs, ministre délégué auprès du Premier ministre hongrois, a été interrogé sur sa vision de la crise et des différents accords passés pour y faire face. Selon ce dernier, deux approches doivent être distinguées :

l'approche théorique tout d'abord : "la Hongrie est acquise à la cause européenne, mais la crise fiscale et économique n'a pas rendu le respect des critères pour rejoindre la zone euro facile". Mais cette question relève aussi d'une volonté politique. Il insiste sur le comportement exemplaire de son pays durant l'année 2011, qui a eu un rôle primordial dans l'élaboration des mesures nécessaires pour faire face à la crise.
l'approche méthodologique ensuite : M. Kovacs a reconnu que "la prise de décisions dans son pays nécessitait une nouvelle approche, ce à quoi les réformes institutionnelles mises en œuvre depuis un an et demi ont répondu".

Zoltan Kovacs a ajouté que la Hongrie "voulait éliminer les structures qui reproduisent les vieux systèmes. Il faut une nouvelle démarche pour le travail, un nouveau regard sur la croissance économique, c'est le chemin vers la sortie, pas seulement l'austérité." C'est pourquoi des réformes dans les domaines de l'enseignement supérieur, des retraites entre-autres ont été prises, plus de 360 lois ont été passées, et une nouvelle Constitution a été adoptée. Il ajoute que "Passer 360 lois est certes inhabituel, mais la situation du pays l'était également, il faut comprendre le contexte."

La relance de la croissance comme réponse à la crise

Pour Danuta Hübner, membre du groupe PPE au Parlement européen, ancienne ministre des Affaires européennes et ancienne commissaire européenne, la Pologne, durant sa présidence de l'UE, a eu un engagement très fort vis-à-vis de l'Europe et du renforcement de la zone euro.

La Pologne est souvent citée comme l'exemple d'un Etat membre qui n'a pas souffert de la crise. Même si le pays connait une croissance s'élevant à 3, 4 %, il n'a pas été épargné par la crise, sa croissance aurait pu être de l'ordre de 8, 9 %. "Si le pays a moins subi les effets de la crise, c'est grâce à un contrôle financier et bancaire important, et à la force économique du pays, en raison de la crise, beaucoup d'entreprises peu performantes ont disparu." Elle insiste sur "la nécessité de se concentrer sur la relance de la croissance, en encourageant les investissements, en étant davantage compétitif".

Les réductions budgétaires en Estonie, une réponse rapide à la crise

Taavi Roivas, président de la commission affaires européennes et de la commission finances du parlement estonien, le Riigikogu, explique que son pays, qui a connu une croissance rapide jusqu'en 2007 (plus de 6 %), n'a également pas été épargné par la crise. Mais l'Estonie a su apporter une réponse rapide, en prenant des mesures de  réductions budgétaires (notamment en baissant les salaires dans le secteur public).
Selon ce dernier, "la crise a permis de faire ce que les politiques ne font pas facilement d'habitude."
Il ajoute que l'Europe n'est pas fatiguée de l'austérité et qu'il faut davantage de réformes structurelles, par exemple dans le domaine des retraites.

Taavi Roivas a présenté plusieurs solutions pour résoudre la crise :

La prise de réformes structurelles : "pour plusieurs pays, il faut repenser le système des retraites, de la fonction publique, ainsi que le système social, cela sera payant sur le long terme."
se concentrer sur les niveaux de revenus et de dépenses des pays, avoir un système fiscal plus efficace. Il prend l'exemple de son pays, où la TVA sur presque tous les produits s'élève à 20 %. Il rappelle encore que la hausse des impôts n'est pas la seule solution.

L'euro, un enjeu de la politique intérieure des Etats

Jacques Rupnik, directeur de recherche au CERI, s'est exprimé sur la situation de la Slovaquie et de la République Tchèque, deux pays qui ont partagé une monnaie commune par le passé.

Sur la République tchèque, qui n'est pas membre de la zone euro, il rappelle que son Président, Václav Klaus, "a toujours été cohérent dans son discours sur l'euro, ce dernier a toujours considéré que c'était une erreur de créer cette monnaie commune, sa disparition ne serait pas une tragédie pour les Tchèques".
La République tchèque s'est alignée sur la position de la Grande-Bretagne concernant la question du traité de discipline budgétaire. Pour le Premier ministre Petr Necas, les transferts de souveraineté sont d'une telle importance qu'il est nécessaire qu'un référendum ait lieu. Mais au sein de la coalition gouvernementale, des clivages existent entre le Premier ministre issu du parti conservateur (l'ODS), opposé à l'existence de ce traité, tandis que le ministre des affaires étrangères, M. Karel Schwarzenberg, y est favorable.

"La question de l'euro devient un enjeu de la politique intérieure des Etats."


Concernant la Slovaquie, le pays est entré dans la zone euro à la veille du début de la crise. "Le gouvernement, qui a remporté les élections en juin 2010, a été élu sur un programme de responsabilité budgétaire. Or la première chose qu'on lui a demandée a été de participer au sauvetage de la Grèce, pays qui avait menti sur ses comptes, et où le salaire minimum est équivalent au salaire moyen en Slovaquie… Sous la pression, la Slovaquie s'est alignée sur la position de ses partenaires européens, mais au prix de l'implosion de la coalition gouvernementale". Les prochaines élections législatives se tiendront en mars 2012. Ainsi, "s'il y a eu un consensus pour rentrer dans la zone euro, aujourd'hui la question de la monnaie commune divise."