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La City au coeur du débat sur le Brexit

Actualité 21.06.2016

Aux heures de bureau, le quartier de La City, à Londres, est un quartier calme et studieux qui s'offre aux visiteurs. Difficile d'imaginer que dernières les devantures des plus grandes banques du monde, des enjeux colossaux pour l'avenir du pays et du reste de l'Union européenne sont en train de se jouer. Même si certains experts tentent de minimiser les conséquences à long terme d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE, l'impact à court terme sur l'économie britannique serait catastrophique, martèle depuis plusieurs semaines le gouvernement. A moins d'une semaine du référendum sur le sort du Royaume-Uni dans l'UE, l'étau se resserre. Reportage à Londres, en plein coeur de La City.

La City, Londres

Brexit : des conséquences économiques à court et à long terme

Depuis le début de la campagne sur le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni dans l'Union européenne, c'est une guerre des chiffres qui oppose le camp du "In" et le camp du "Out". Le Trésor britannique est formel, les conséquences à court terme seraient catastrophiques pour le pays, un Brexit provoquerait un "choc immédiat et violent" en Grande-Bretagne. Quitter l'UE provoquerait "des années de récession", selon le ministre britannique des Finances George Osborne.

Iain Begg et Waltraud Schelkle
Iain Begg et Waltraud Schelkle sont professeurs d'économie à l'Institut européen de la London School of Economics and Political sciences.

Ainsi, un "scénario choc" prévoit que sur deux ans, la croissance du produit intérieur brut (PIB) serait réduite de 3,6 points par rapport à ce qu’elle aurait été en restant dans l’UE. Un "scénario de choc violent" avance que le PIB reculerait de 6 points, et 800 000 emplois seraient supprimés sur la même période. Pour Iain Begg, professeur d'économie à la London School of Economics and Political sciences (LSE), ces chiffres sont "plutôt objectifs" même s'il faut distinguer les prévisions à court et à long terme. En cas de Brexit, d'ici 2030, la croissance serait de 24% au lieu de 30%, ce qui n'est pas une "perte véritable", tempère-t-il.

Pour Waltraud Schelkl, également professeur à la LSE, l'impact du Brexit interviendra sur le long terme. Et c'est là "un vrai danger, car les eurosceptiques pourront dire 'vous voyez il n'y a pas de récession immédiate, pas de punition' et le ralentissement à long terme de l'économie, qui pourra toujours être expliqué par d'autres raisons, ne pourra plus être attribué à une sortie de l'Union européenne".

Entre les études publiées par le Trésor, celles des institutions telles que le FMI ou d'autres think tanks, les scénarios sur la croissance britannique sont globalement alarmistes. Seule celle présentée par le groupe pro-Brexit "Economists for Brexit" reste optimiste. Ce petit groupe prévoit une croissance pouvant aller jusqu'à 4% du PIB d'ici 2030.

Mais un autre chiffre prête à confusion, celui du montant du chèque britannique c'est à dire de la contribution britannique au budget de l'Union européenne. A ce sujet, les partisans d'un Brexit avancent des chiffres "totalement faux" en parlant d'une contribution qui s'élève à "350 millions de livres au lieu de 280 millions de livres", avance Iain Begg.

La City, Londres

Stress tests, fluctuations sur le marché, les traders de la City retiennent leur souffle

Du côté des banques, les incertitudes pèsent depuis de nombreuses semaines et certaines se préparent, notamment via des "stress tests", à l'éventualité de subir un tel choc.

Mark Boleat
Mark Boleat dirige le comité en charge de la gouvernance et de la gestion de la City, ainsi que du développement économique et de la promotion de la City comme centre d’activité financière de dimension internationale.

Jeremy Cohen
Jeremy Cohen est coresponsable de l'activité Actions et Dérivés Actions au sein du groupe OTCEX, à Londres.

"La Banque d'Angleterre, qui est responsable de la stabilité financière et monétaire du pays, a publié des rapports indiquant que si la Grande-Bretagne quittait l'UE, ce serait une menace pour la stabilité économique du pays", indique le président du comité de la gouvernance de la City de Londres Mark Boleat. "Le débat public n'est pas très rationnel, et inévitablement très émotif. Beaucoup de banques se sentent mal à l'aise de prendre part à ce genre de débat", explique-t-il. Un débat passionné qui entraîne des fluctuations sur le marché et de grandes craintes sur les conséquences en cas de Brexit.

Pour Jeremy Cohen, qui est coresponsable de l'activité Actions et Dérivés Actions au sein du groupe OTCEX, ce sera "un vrai saut vers l'inconnu" en cas de sortie de l'Union européenne. "Le marché risque d'avoir très peur, nous risquons de vivre une période de flou pendant deux ans, voire plus, nous ne savons absolument pas ce qui pourra se passer". Jusqu'à présent les marchés fluctuent en fonction des résultats de sondages et des cotes des bookmakers. Depuis le début de la campagne, "il y a moins d'activités, plus de volatilité, les clients traditionnels se mettent en retrait en attendant le vote du référendum le 23 juin", explique l'ancien trader de la Société générale.

En cas de sortie de l'Union européenne, le pays devra réagir dès le lendemain du référendum. "Les Britanniques ont cette capacité à rebondir très vite, leur pays est particulièrement dynamique, le marché du travail très flexible. Ils sont habitués à travailler très dur", tempère-t-il. Certains s'interrogent sur un éventuel déplacement des activités financières dans une autre capitale européenne, mais même si Paris ou Francfort sont intéressées, l'éventualité d'une nouvelle place financière dans une autre ville que Londres semble peu probable pour les Britanniques.

Bureaux d'OTCEX à Londres

Brexit : quelle nouvelle relation entre l'UE et le Royaume-Uni ?

"En cas de Brexit, le Royaume-Uni devra de toute façon appliquer des standards européens pour commercer avec les autres Etats membres, et il est probable que les Britanniques se rendront compte dix ans plus tard qu'ils sont revenus à la case départ", explique Waltraud Schelkle. "Mais le Brexit ne concerne pas seulement les conséquences économiques". "Il y a bien sûr la question de la souveraineté et c’est un problème que la campagne du 'Remain' a du mal à gérer parce qu’elle fait face à certains Britanniques qui souhaitent récupérer leur souveraineté, quel qu'en soit le coût".

Pour l'économiste, "il est parfois plus facile pour conserver sa souveraineté de s’aligner avec les autres". "C’est pour cette raison que le Royaume-Uni serait bien avisé de se rapprocher des pays hors zone euro (...) mais nous nous sommes éloignés de ces éventuels alliés en raison de nos discriminations à l'égard des migrants d’Europe de l’Est", explique-t-elle. Or, conclut-elle, si nouvelle relation il devait y avoir, "nous devrions changer notre stratégie diplomatique afin d’être le leader fort des pays européens qui n’ont pas adopté l’euro".