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La burqa, objet de tous les débats

Actualité 29.01.2010

Faut-il interdire le port du voile intégrale, ou burqa, dans les lieux publics ? Née récemment en France, la polémique semble contaminer peu à peu l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Alors que le gouvernement français semble prêt à légiférer, qu'en pensent nos voisins européens ? Petit tour d'Europe de la loi sur le port du voile.

Légiférer ou ne pas légiférer : la France hésite

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C'est le nombre de femmes qui porteraient la burqa en France. La burqa parfois orthographié burka, ou plus rarement bourka, est un voile islamique intégral porté par les femmes, principalement en Afghanistan, au Pakistan et en Inde. Le niqab, qui n'est pas à proprement parler un voile, est un masque couvrant le visage (sauf les yeux). Il est porté par certaines femmes musulmanes en tant que prolongement vestimentaire du hijab, principalement au Moyen-Orient, et dans une moindre mesure en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et dans le sous-continent indien.
Le débat est franco-français, mais l'enjeu est bel et bien européen. La réunion mardi 26 janvier de la commission d'information de l'Assemblée nationale française sur le port du voile intégral ne semble pas avoir clarifier les choses.

 

En effet, la quasi-totalité des députés français est hostile au port de la burqa et du niqab dans les liens publics en France.

 

Mais, à gauche comme à droite, c'est la question d'une législation qui divise : l'Assemblée nationale doit-elle se contenter d'une condamnation solennelle du port de la burqa au nom du respect de la dignité de la femme, ou faut-il aller plus loin, jusqu'à l'interdiction du port du voile intégral en public ?

 

Les 32 députés invités à travailler sur la question ont de leur côté rendu une résolution condamnant le port du voile sans toutefois préconiser une loi d'interdiction totale.

 

Mais la polémique est loin d'être enterrée. L'interdiction du voile dans les écoles avaient déjà été au coeur des débats, comme l'ensemble des questions touchant à la religion.

 

Et si le débat français sur la burqa fait la Une des journaux européens, la France n'est pas l'unique pays à s'interroger. Mais elle semble bien avoir ouvert le bal, sans légiférer elle-même, des législations.

 

Ainsi, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a annoncé que très prochainement une loi italienne interdirait le port de la burqa. Rien de bien étonnant au regard de la politique menée par Il Cavaliere à l'égard des immigrés (voir eToile).

 

Plus 'surprenant' peut-être, le Danemark, qui, après plusieurs mois de travail d'une commission gouvernementale, a décidé jeudi 28 janvier 2010 de limiter le port du voile intégral dans l'espace public, mais sans interdire ce voile intégral, laissant le soin aux écoles, à l'administration et aux entreprises de fixer des règles à ce sujet.

 

Depuis plusieurs années, le sujet de l'intégration musulmane donne lieu à des débats parfois violents au Danemark, le pays ayant été la cible de mouvements intégristes et radicaux, notamment lors de l'affaire des caricatures de Mahomet.

 

Et le débat s'était accéléré lorsqu'une candidate à la députation, d'origine palestinienne, a déclaré vouloir siéger à l'Assemblée vêtue d'un niqab, ce qui est théoriquement permis par le règlement intérieur.

 

D'autres Etats membres planchent également sur le sujet, comme l'Autriche ou les Pays-Bas. Pour le moment cependant, il n'est absolument pas question d'une réglementation européenne sur le sujet, l'Union n'ayant aucune compétence à légiférer en la matière.

Un voile, plusieurs réactions

Pour le moment, chaque Etat membre semble gérer à sa façon le port du voile intégral.

Ainsi, en Allemagne, le port du voile intégral y est considéré comme très marginal et il n'existe aucune loi d'interdiction générale . La Conférence de l'islam est chargé de se prononcer sur la meilleure façon de concilier pratique religieuse et vie quotidienne. Une femme peut demander à être soignée par un personnel médical féminin si elle le souhaite, mais l'hôpital n'est pas contraint par la loi de satisfaire sa demande.

 

Concernant le port du foulard "simple", il est autorisé sur les photos d'identité si le menton et le front sont dégagés. A l'école, les élèves sont autorisés à porter un foulard s'il ne recouvre que la tête. En revanche, plusieurs Länder ont adopté des lois interdisant aux fonctionnaires de porter le voile islamique.


En Italie au contraire, le port du voile intégral tombe principalement sous le coup d'une loi de 1975 qui interdit de se couvrir le visage dans les lieux publics. Pour le reste, ce sont les municipalités qui pour l'instant fixent les règles lorsqu'un litige intervient. Mais la législation pourrait bien changer rapidement.


L'Autriche est l'un de Etats membres le plus ouvert : le voile intégral est autorisé partout, y compris dans les écoles. Le "burkini", ce maillot de bain qui couvre entièrement la personne qui le porte est même autorisé dans les piscines.


En Suède, malgré une communauté musulmane relativement importante, le port du voile intégral reste exceptionnel. Les débats sur le sujet sont très marqués par l'attachement de la société suédoise à l'égalité hommes-femmes, mais aussi par le respect de la liberté religieuse. Même si la loi autorise en principe le port de signes religieux, le gouvernement a jugé, en 2003, que les établissements scolaires pouvaient, s'ils le jugeaient nécessaire, prohiber le port du voile.

 

 

En savoir plus :


Burqa, l’impossible interdiction : Le dossier de Presseurop