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L'UE est passée à côté du leadership auquel elle pouvait prétendre sur le climat

Actualité 22.12.2009

La conférence des Nations Unies sur le climat s'est achevée le 19 décembre, au lieu du 18, dans une atmosphère de confusion et d'amertume sur une déclaration politique non contraignante, préparée la veille par les États-Unis, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud, à laquelle les Européens se seraient ralliés, en désespoir de cause. Les 193 pays membres ont "pris note" de cette déclaration concoctée à 28.

Politique et intérêts économiques

Regards croisés

Equipe de Regards croises

Revue en ligne qui publie trois numéros par an, "Regards croisés" est la première manifestation du partenariat noué entre ARTE et le Collège d'Europe, à partir de  2005. Elle se nourrit dorénavant du blog L'Europe en débat. Son ambition : mettre sur la place publique, à travers la webosphère, les débats qui agitent l'Europe sur son devenir. Au moyen d'une méthode simple : partir des débats tels qu'ils s'expriment dans les journaux et les sites de référence au plan national, les comparer, les mettre en perspective et tenter d'en dégager des intérêts communs aux Européens. En allemand et en français, les deux langues d'ARTE.

C’est un échec pour les scientifiques qui tentent de sensibiliser les politiques aux dangers et aux risques du réchauffement climatique depuis dix ans, pour les dizaines de milliers de militants qui maintenaient la pression sur les politiques, pour les pays et les peuples les plus menacés par les effets du réchauffement … et pour le multilatéralisme.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Union européenne sortent affaiblies de cette épreuve de force Nord-Sud et Est-Ouest, pourtant préparée depuis deux ans par une armée de diplomates et de sherpas.

Allons-nous inexorablement vers un monde globalisé dominé par les États-Unis et la Chine – le G2-, les seuls à avoir imposé leurs intérêts vitaux à la planète à Copenhague ?

Pourquoi l’Union européenne, qui avait une longueur d’avance sur les autres régions du globe, n’a-t-elle pas été en mesure d’imposer ses propositions, quitte à défier les États-Unis et la Chine, dont le retard par rapport aux engagements contraignants du protocole de Kyoto, ne pouvait être comblé d’un coup ? Pourquoi n’a-t-elle pas su négocier en amont, en son nom, des alliances avec les pays du Sud ?

Nous payons là, nous semble-t-il, les années passées à résoudre les questions institutionnelles au sein de l’Union au lieu de bâtir une réponse politique à la globalisation qui rencontre l’assentiment des citoyens, lors des scrutins nationaux comme européens.

Les conventions de l’ONU exigent l’unanimité. L’Union européenne, si elle avait un siège au Conseil de sécurité, serait mieux placée pour faire valoir l’intérêt de substituer à cette règle irréaliste à 193 un système de majorité qualifiée, comme le traité de Lisbonne le prévoit désormais en son sein.

Ce bilan n’aura pas surpris l’opinion européenne, si l’on en croit un sondage réalisé par la chaîne de télévision Euronews auprès de son public. 84 % des spectateurs étaient persuadés dès le début de la conférence que les gouvernements ne parviendraient pas à un accord.

Malheureusement, la revue de la presse que nous avons faite montre que la plupart des médias, à commencer par Euronews, n’ont eu à l’esprit que les désaccords et marchandages entre gouvernements pendant la conférence.

Si cette approche est porteuse en termes de dramatisation des enjeux, elle a pour désavantage de détourner l’attention du fait que la position des gouvernements sur l’énergie et l’environnement est déterminée par une constellation d’intérêts économiques, industriels et politiques.

Peut-on comprendre la position du gouvernement français sur l’environnement sans savoir que 90 % de l’énergie de l’hexagone provient du nucléaire ? De même, le refus de tout engagement de l’administration et du Congrès nord-américains n’est-elle pas tributaire du poids politique de l’industrie pétrolière aux États-Unis ?

Lobbies et environnement

Ce constat nous conduit à prendre conscience de l’importance des groupes d’intérêt en présence. Il doit aussi nous amener à arrêter de diaboliser les lobbies.

Lobby ne désigne presque jamais des hommes en costumes gris qui distribuent des mallettes d’argent aux politiques et aux fonctionnaires, mais un mode d’action politique où les différents intérêts plaident leur cause vis-à-vis des décideurs ou de l’opinion publique.

C’est grâce à l’action de certaines organisations non gouvernementales (ONG) autant que par la montée en puissance des partis écologistes que les préoccupations environnementales ont convaincu les politiques traditionnels et les opinions publiques.

La principale demande à adresser aux groupes d’intérêt est celle de la transparence pour permettre une réelle compétition des différents intérêts dans des sociétés pluralistes.

Or, pour qu’il y ait transparence, l’opinion publique a besoin de saisir les enjeux de questions scientifiques complexes sur le long terme plutôt que d’être happée par la représentation dramatisée d’un sommet qui attend son sauveur et où des camps antagoniques s’affrontent dans "une bataille pour le climat" qui n’est pas sans rappeler le Jugement dernier…

Bien que l’UE ait des chances d’atteindre les objectifs de Kyoto, les différences de performances de ses États membres rapportées par l’Agence européenne de l’environnement montrent que sa situation de départ dans la lutte pour réduire les émissions de gaz à effet de serre n’était pas évidente.

La prise de conscience de l’envergure du défi climatique est maintenant suffisamment forte au sein de l’UE pour qu’en dépit de situations nationales si différentes, comme le soulignent les huit mises en perspective qui précèdent, elle ait pu unilatéralement établir un objectif qui est aujourd’hui considéré comme le plus ambitieux au monde dans ce domaine.

Espérons que politiques et industriels, lobbyistes et opinions publiques ne relâcheront pas leur effort sous prétexte qu’ils n’ont pas su faire école à Copenhague.

 


Claire A. Poinsignon
Chargée de mission Europe
ARTE France

Luis Bouza Garcia
Assistant académique
Collège d’Europe

 

       

 

 

 

Sources

Regards croisés numéro 14 - Site d'Arte

 

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