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L'Irlande joue sa dernière carte

Actualité 16.11.2010

L'Irlande, en proie depuis plus d'une semaine à des taux élevés sur les marchés financiers rechigne encore à se tourner vers le fonds de stabilité européen. Depuis le G20, les leaders européens ont essayé d’apaiser la situation mais n’ont pu mettre un terme aux spéculations sur son recours ou non à l'aide européenne.

Retour sur une semaine de turbulence sur les marchés

La visite d'Olli Rehn, Commissaire européen pour les affaires économiques, en Irlande la semaine dernière se voulait rassurante mais ferme quant au programme d'austérité prévu pour les quatre années à venir. Lors de ses diverses rencontres avec le gouvernement, l'opposition et les partenaires sociaux, M. Rehn a souligné le besoin de trouver un consensus national sur la mise en œuvre des réformes nécessaires au redémarrage de l'économie irlandaise.

Cependant, ce sont les déclarations d'Angela Merkel sur la part de responsabilité que les détenteurs privés d'obligations devraient assumer à l'avenir qui ont effrayé les marchés, ces derniers ayant à leur tour répercuté cette incertitude sur les taux des obligations irlandaises. Le jeudi 11 novembre, les taux d'emprunts irlandais ont atteint le sommet historique de 9.25%, soit le double des taux allemands. Face à cette escalade des marchés, la Chancelière a été contrainte de clarifier ses propos pour souligner qu'il ne s'agirait pas des dettes déjà contractées. Depuis Séoul, les cinq plus grandes puissances européennes – la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et le Royaume Uni – ont confirmé que de futurs changements n'affecteraient pas les conditions de prêt de la dette actuelle.

Pourquoi le cas irlandais inquiète-t-il tant les marchés financiers ?

Plusieurs raisons expliquent les difficultés actuelles de l'Irlande. Premièrement, le coût du renflouement des banques irlandaises s'élève à 70 milliards d'euros, ce qui représente la plus grande proportion de dette / PIB au monde. De plus, les prévisions de croissance ont été revues à la baisse – 1,1% au lieu des 2,5% prévus initialement pour 2011. La croissance économique étant nécessaire pour rembourser la dette, des prévisions de croissance faible pèsent encore davantage sur le ratio dette / PIB. Enfin, le budget d'austérité prévu pour le 7 décembre devrait réduire de 6 milliards les dépenses de l'Etat ce qui pourrait encore diminuer la croissance. Néanmoins, afin de faire face à cette situation économique détériorée, le gouvernement irlandais prévoit quatre budgets d'austérité visant à réduire le déficit de 19 milliards à 4 milliards d'ici 2014, c'est-à-dire de 11.5% à 3% du PIB, conformément aux règles européennes.

La peur de la contagion en Europe : le dilemme irlandais

Les taux élevés sur les obligations irlandaises ont également des conséquences ailleurs en Europe. L'Espagne, le Portugal et l'Italie ont eux aussi vu leurs taux remonter dans une réaction en cascade face à la pression sur l'Irlande. Afin d'endiguer ces hausses ailleurs en Europe, certains pays, dont l'Allemagne, voudraient que l'Irlande accepte dès à présent l'aide de l'Union européenne afin d'éviter que la situation ne s’aggrave encore davantage.

L'Irlande est donc face un dilemme : accepter de l'aide du Fonds de stabilité économique européenne dès maintenant et se retrouver dans une situation similaire à la Grèce, ou attendre dans l'espoir de pouvoir voter le grand budget d'austérité le 7 décembre et ainsi calmer la spéculation sur les marchés. Pour l'instant les dirigeants irlandais ont choisi de "tenir bon".

Pour rappel, le 30 septembre dernier, l'Irlande a annoncé qu'elle n'allait pas chercher à lever des fonds sur les marchés internationaux avant le mois de janvier. A la différence de la Grèce, M. Lenihan, le ministre des Finances, fait savoir que l'Irlande a des réserves qui lui permettent de rester économiquement viable jusqu'à la mi-2011. L'Irlande n'est donc pas dans la même situation de la Grèce qui avait un besoin immédiat de refinancement au printemps dernier.

Afin de couper court aux rumeurs d'un renflouement imminent par l'Union européenne, l'Irlande a décidé hier d'avancer la publication de son programme économique pour les quatre années à venir. Toutefois, il reste à voir si l'Irlande arrivera à tenir jusqu'au vote du prochain budget début décembre. Certains économistes irlandais prônent un recours à l’aide européenne dès maintenant afin de garder une marge de manœuvre auprès des institutions européennes au lieu d'attendre le dernier instant, leur pouvoir de négociation risquant alors de fortement diminuer.

Selon le discours officiel, pas de renflouement

En pleine campagne pour une élection législative partielle dans le Nord-Ouest du pays, les membres du gouvernement rejettent catégoriquement l'idée d'un renflouement européen. "L'Irlande ne cédera pas sa souveraineté qui a été si durement gagnée" expliquait M. Batt O'Keeffe, ministre du Commerce, lors d'une émission de radio ce weekend. Le commissaire Irlandais Mme Geoghegan-Quinn a également rappelé hier que l'Irlande n'avait pas encore demandé l'aide de l'Union. L'avenir nous dira si les jeux sont faits ou si l'Irlande pourra jouer sa dernière carte avec le vote du budget d'austérité le 7 décembre prochain.


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