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L'Irlande ferait appel à l'aide européenne

Actualité 18.11.2010

Au moment où les équipes du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne arrivent en Irlande, le directeur de la banque centrale Irlandaise, M. Honohan, a déclaré ce matin sur la radio irlandaise RTE qu'il s'attend à ce que "l'Irlande accepte l'aide européenne".

"Les équipes techniques se mettent autour de la table pour en discuter. Je pense que cela est la seule possibilité d'avancer. Les conditions des marchés ne nous permettent pas de continuer sans que nous sollicitions l'aide de nos partenaires internationaux", a-t-il dit dans ce qui apparaît comme le premier signe d'un infléchissement de la position officielle. M. Honohan a indiqué que le plan pourrait déboucher sur de prêts de "plusieurs dizaines de milliards d'euros".

Un retournement de situation majeur donc depuis le Conseil des ministres Ecofin de mardi soir. Le ministre des Finances irlandais, M. Brian Lenihan, avait insisté alors sur le fait que l'Irlande n'avait pas besoin d'un renflouement dans l'immédiat et que le gouvernement irlandais voulait tenter de mettre en place un programme d'austérité draconien sur quatre ans afin de pouvoir redresser la situation économique et préserver la souveraineté économique du pays. Le refus du ministre irlandais au Conseil des ministres a été mal accueilli par M. Jean-Claude Trichet, qui selon l'Irish Times, a même été déçu et énervé que l'Irlande ne demande pas immédiatement l'aide européenne.

Les experts européens planchent sur les comptes irlandais


Des négociations intenses sont donc en cours à Dublin. Le plan d'austérité qui devait être dévoilé la semaine prochaine sera reporté afin de laisser les experts internationaux et européens (FMI, BCE et Commission) examiner les propositions de réductions budgétaires programmées par Dublin. Toutefois, selon M. Honohan, le plan d'austérité n'évoluera pas énormément. Ce dernier serait probablement suffisant et la réduction de 6 milliards serait maintenue sans grand aménagement. D'autres réductions seraient difficilement absorbées par une économie en perte de souffle. 

Au-delà du détail des comptes irlandais, une question de fond domine les négociations. En refusant jusqu'à présent l'aide européenne, l'Irlande voulait éviter le sort de la Grèce et ainsi préserver ce qui reste de sa réputation internationale. Une des stratégies du gouvernement était de scinder le problème économique en deux : d'un côté les banques et de l'autre l'Etat afin de limiter le champ d'intervention des acteurs extérieurs dans la gestion économique du pays. Il semblerait qu'il ne soit pas possible de faire une telle distinction entre l'Etat et le système bancaire, d'autant plus que l'Irlande a mis en place une garantie globale de son système banquier au tout début de la crise dans la nuit du 29 septembre 2008. De ce fait, l'avenir du système bancaire et celui du pays sont inévitablement lié même si le gouvernement tente de convaincre le public du contraire. "L'économie réelle en Irlande est forte et saine. Il n'y a pas de question d'une perte de souveraineté de l'Irlande," martèle le Premier ministre Brian Cowen.

Plusieurs banques irlandaises sont entièrement financées par l'argent de la BCE car elles ne peuvent se financer sur les marchés internationaux. Si un plan d'aide est mis en place certaines banques irlandaises seront entièrement sous le contrôle de l'Etat. Dans un entretien accordé à la radio RTE, Olli Rehn l'a précisé ce midi : "l'aide pour l'Irlande ne pourrait pas être donnée aux banques, mais uniquement à l'Etat".

Est-ce ou non un renflouement ?

Cette nouvelle étape de la crise financière arrive dans un climat politique extrêmement tendu sur le plan national. Le gouvernement ne peut réunir qu'une très faible majorité au Parlement et il se trouve très critiqué pour sa gestion de l'économie pendant les treize dernières années, mais surtout depuis le début de la crise. En outre, le terme 'renflouement' est devenu un sujet de débat virulent entre les partis politiques. Le gouvernement refuse de parler d'un 'renflouement' préférant le terme 'mécanisme d'aide' et réaffirmant que l'Irlande n'a pas décidé officiellement de faire appel à la solidarité européenne.

Pour ce pays qui a si longtemps combattu pour son indépendance, toute ingérence extérieure est très mal-vécue par la population et la classe politique, mais surtout au sein du Fianna Fail, le parti de De Valera, fondateur de la République irlandaise. De plus, dans un tour assez inattendu, le Royaume-Uni a fait savoir par la voix de son ministre des Finances, M. Osborne, qu'il pourrait participer à l'aide pour l'Irlande. "Nous nous engageons aux côtés de l'Irlande car nous sommes de bons voisins et non parce que nous avons un intérêt particulier" a-t-il expliqué. L'Irish Times, dans un éditorial cinglant, estime que "la vraie ignominie de notre situation n'est pas que l'on nous enlève notre souveraineté, mais que nous l'avons gaspillée nous-mêmes".

La situation évolue d'heure en heure à Dublin. Afin de de négocier les meilleurs termes possibles pour le plan d'aide européen, les responsables irlandais n'ont pas intérêt à céder trop rapidement. Selon Brian Cowen, l'Irlande tente de préserver ses intérêts et ceux de ses contribuables, notamment le taux d'imposition sur les sociétés à 12.5% qui est un enjeu majeur pour le pays. Un pari difficile au moment où de nombreuses voix s'élèvent en Europe pour exiger des contreparties importantes à l'aide européenne.


En savoir plus :

Dossier spécial du Irish Times -  (en anglais)

Dossier sur la crise dans la zone euro - Touteleurope.eu