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L'Irlande accepte l'aide de l'Europe sur fond de tensions politiques

Actualité 22.11.2010

Le dimanche 21 novembre dans l'après-midi, l'Irlande a transmis sa demande d'aide à l'Union européenne. La décision du gouvernement fait suite à plusieurs jours de négociations intenses entre l'Etat irlandais et les institutions internationales. Les ministres des Finances de la zone euro se sont mis d'accord hier lors d'une téléconférence avec le gouvernement irlandais. Le G7 s'est lui aussi réuni afin de donner son aval au plan d'aide pour l'Irlande.

Dans une conférence de presse très attendue à 20h30 hier soir, le Premier ministre Brian Cowen et le Ministre des Finances Brian Lenihan ont annoncé que l'Union européenne avait accepté d'aider le pays. Soulignant la nécessité absolue de faire appel à cette aide, M. Lenihan a expliqué que le système bancaire ne pouvait plus fonctionner sans cette intervention : "Il est essentiel que nous préservions la continuité économique du pays, que les distributeurs de billets marchent, que les salaires soient payés, que l'emploi soit préservé et que les entreprises étrangères continuent d'investir en Irlande". Depuis l'effondrement du système bancaire et l'implosion de la bulle immobilière en 2008, l'Irlande a connu des difficultés considérables pour se financer sur les marchés internationaux. 
Le mécanisme européen de stabilisation : Comment ça marche ?

L'Union européenne et le FMI vont renflouer les caisses de l'Irlande. La simplicité de cette phrase cache une réalité un peu complexe que Toute l'Europe vous propose de décrypter grâce à une animation interactive. Quelles sont les différentes étapes du processus, quelles institutions y sont impliquées ? Qui finance quoi ?

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L'accord d'hier se compose de deux éléments. En premier lieu une grande restructuration des banques irlandaises. "Les banques seront moins grandes que par le passé" a souligné M. Lenihan. Pour mémoire, l'Anglo Irish Bank, une des premières banques nationalisées au début de la crise, avait prêté 73 milliards d'euros en 2008, soit un peu moins de la moitié du PIB de l'Irlande. Le deuxième axe de l'accord se focalise sur les réformes structurelles : réduction des dépenses publiques, hausse d'impôts afin de réduire les emprunts de l'Etat de 15 milliards au cours des quatre prochaines années.

En contrepartie de l'intervention de l'UE et du FMI, l'économie irlandaise sera donc soumise à une supervision étroite des institutions internationales pendant au moins trois ans. Dans un entretien accordé aujourd'hui, le Commissaire européen en charge de l'Economie Olli Rehn a déclaré que l'objectif de la Commission, du FMI et la BCE était de réduire le déficit irlandais à 3% d'ici 2014.

L'UE et le FMI sont satisfaits du plan d'austérité irlandais

Interviewé ce matin par la radio irlandaise RTE, M. Lenihan a affirmé que le plan quadri-annuel d'austérité serait peu modifié par les équipes techniques du FMI et l'UE. En effet, les fonctionnaires du ministère des Finances irlandais y travaillaient depuis plusieurs mois. Ce plan d'austérité a été validé par le gouvernement irlandais hier. Il prévoit 10 milliards d'euros de coupes budgétaires et 5 milliards d'euros de recette par le biais de nouveaux impôts d'ici 2014. Les principales hausses d'impôts passent par la création d'une taxe d'habitation, des charges pour l'eau, une baisse du salaire minimum, l'élargissement du nombre de personnes imposables, des réductions des allocations familiales et une réduction des effectifs dans la fonction publique.

Pas de changement pour le taux d'impôt sur les sociétés

Cependant, malgré des appels de certains dirigeants européens, le taux d'imposition sur les sociétés ne devrait pas bouger. A 12.5%, celui-ci est un pilier de la stratégie économique du pays pour attirer des investisseurs étrangers. Accusé de 'dumping fiscal', l'Irlande défend sa politique au nom de la souveraineté fiscale et de sa situation en périphérie de l'Europe qui nécessite cette politique d'attrait des investisseurs. D'après Danny McCoy, Directeur général de l'organisation des entreprises irlandaises, "un changement quelconque du taux d'imposition sur les sociétés serait contreproductif à tous les efforts de consolidation budgétaire. Des taux plus élevés nous feraient perdre des investisseurs et des emplois ce qui impliquerait moins de revenu pour l'Etat. Un relèvement du taux d'imposition sur les sociétés ne serait pas dans l'intérêt de l'Irlande ou de l'Union européenne dans son ensemble". La fin du régime d'imposition 'low cost' en Irlande était un des enjeux des négociation sur le plan d'aide européen. Selon l'Irish Times, le maintien du taux à 12.5% est une des réussites du gouvernement qui n'aurait pas pu céder sur ce point fondamental pour la souveraineté et la survie économique du pays.

Le Royaume Uni se tient prêt à aider son voisin

L'autre volet important et inattendu de ce plan d'aide est le soutien du Royaume Uni à son voisin, "un ami dans le besoin". George Osborne, ministre des Finances britannique, a annoncé que le Royaume-Uni se tiendrait prêt à aider l'Irlande, soit par le biais d'un prêt bilatéral à la hauteur de 7 milliards d'euros, soit en participant au Fonds européen. Devant le Parlement de Westminister aujourd'hui, M. Osborne a déclaré que l'aide à l'Irlande était entièrement dans l'intérêt du Royaume Uni en tant que partenaire économique majeur de l'Irlande. En effet, 40% des exportations de l'Irlande du Nord sont vers la République d'Irlande et elle est le cinquième partenaire commercial du Royaume-Uni. Avant tout, la principale raison de cette aide est l'exposition des banques anglaises au marché irlandais qui serait à hauteur de 50 milliards d'euros. Toutefois, si cette décision relève du bon sens, des eurosceptiques britanniques montent au créneau pour dénoncer ce renflouement d'un pays de la zone euro, système auquel ils n'appartiennent pas.

Retombées politiques majeures : les Verts exigent une élection en janvier

Les retombées politiques des annonces se font sentir. D'heure en heure le gouvernement irlandais voit son soutien s'amenuiser. Les Verts, parti mineur de la coalition, a annoncé aujourd'hui qu'une élection aurait lieu en janvier, une fois le budget d'austérité passé devant le Parlement. Les Verts ont compris le désir de changement dans la population qui réclame une élection rapidement. Tous les sondages montrent le manque de légitimité du gouvernement actuel qui a été élu en 2007 bien avant le début de la crise. Plus gênant encore pour le pouvoir actuel qui n'a qu'une très faible majorité au pouvoir, deux députés indépendants qui soutiennent le gouvernement ont aussi fait savoir qu'ils ne voteraient pas en faveur du budget d'austérité.

Il semblerait que le répit ait été de très courte durée pour le gouvernement de M. Cowen qui doit encore tenir jusqu'au vote sur le budget le 7 décembre prochain.


En savoir plus :

Dossier sur la crise économique dans la zone euro - Touteleurope.eu