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L'Institut Montaigne défend l'idée d'une Europe à géométrie variable

Actualité 05.11.2010

Samedi 6 novembre 2010, 19 think tanks français issus de tous les horizons de pensée, dont l'Institut Montaigne, se retrouveront à la Sorbonne pour débattre des enjeux politiques, sociaux, environnementaux et économiques auxquels la France, l’Europe et le monde sont confrontés. A cette occasion, Touteleurope.eu a interrogé Jean-Paul Tran Thiet de l'Institut Montaigne, qui défend l'idée d'une Europe à géométrie variable.

Touteleurope.eu : Vous intervenez dans le cadre de la table ronde "Comment rendre l’Europe plus forte et plus solidaire ?". Qu'y défendrez-vous comme idée ?

Jean-Paul Tran Thiet: il y a une première question importante, c'est "pourquoi faut-il une Europe plus forte et plus solidaire ?" Il faut se poser cette question avant de dire comment la construction européenne mérite d'être relancée. Ce n'est pas dévoilé un secret de dire qu'elle est en panne depuis quelques années. Pour nous à l'Institut Montaigne, le projet européen doit être une dimension essentielle de la politique de la France, probablement encore plus aujourd'hui.

L'Europe apporte de l'influence, de la capacité de réaction, une certaine possibilité de protéger et promouvoir des valeurs, un mode de vie, auxquels nous sommes très attachés.

Touteleurope.eu: Peut-on solidifier l'Europe en passant par l'Europe de la défense après les récents accords franco-britanniques ?

Jean-Paul Tran Thiet: la politique extérieure de l'Europe, pendant des décennies et ce depuis la signature du traité de Rome, cela a été une politique de coopération et de développement. Plus une politique de chèque qu'une politique de présence.

Aujourd'hui avec le développement de la politique européenne de sécurité et de défense et la mise en place d'un certain nombre de coopérations, il y a une vraie opportunité de voir créer une véritable force internationale européenne et une capacité d'intervention, y compris d'intervention militaire.

Tout cela doit se comprendre comme étant au service d'une expression politique et diplomatique européenne.

Touteleurope.eu: les dirigeants actuels portent-ils moins le projet européen ?

Jean-Paul Tran Thiet: il y a surtout une difficulté de gérer une Europe à 27, c'est incontestable. Nous avons besoin qu'elle ait des processus de décisions efficaces, donc rapide. Les niveaux d'intérêts pour l'Europe ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre. Il y a nécessité de définir des cercles d'actions à 27 pour certains cas, à 12 pour d'autres, voir à deux ou quatre pour des domaines bien spécifiques.

Ce qui s'est passé au dernier sommet franco-britannique est une remise à l'ordre du jour de ce qui s'était passé avec le sommet de Saint-Malo il y a une dizaine d'années. Il n'y a que deux pays avec une vraie force de défense, avec un vrai budget militaire et une capacité d'intervention, y compris sur le plan atomique. Ce sont la France et le Royaume-Uni. Il n'est donc pas choquant que ces deux pays montrent l'exemple en disant qu'on a besoin des forces d'actions plus intégrées et plus efficaces pour se faire entendre sur la scène internationale. Si je fais le parallèle avec l'économie, il y a deux grands pays dans l'eurozone qui ont d'ailleurs été à l'origine de sa création. Il n'est pas choquant que la France et l'Allemagne se retrouvent pour définir les règles qui doivent être de la monnaie commune et du rapprochement des politiques économiques et budgétaires.

Aujourd'hui il faut sûrement passer à ce mode de fonctionnement à quelques-uns, qui n'est pas expressément prévu par les traités, pour retrouver de l'initiative et une force d'entrainement. Pour ré-agglomérer un certain nombre de pays qui seront intéressés.

Touteleurope.eu: Les dernières propositions de ré-aménagement du traité de Lisbonne vont-elles relancer l'Europe ?

Jean-Paul Tran Thiet: ce n'est pas fait pour répondre à ça. Les retouches au traité de Lisbonne visent à donner un peu plus d'efficacité aux disciplines budgétaires dans l'eurozone, parce que les moyens de coercitions prévus depuis Maastricht étaient quand même relativement insuffisants. Cette initiative voulait donc colmater quelques brèches dans le dispositif d'accompagnement de la création de la monnaie commune. Cela n'avait pas pour ambition de donner un nouvel élan à l'Europe, ni pour Mme Merkel ni pour M. Sarkozy.

Je ne pense pas que l'ambition d'aujourd'hui soit de ré-ouvrir le chantier insitutitonnel. Il faudra le faire un jour, une fois ouvert qu'on voudra redéfinir ce que nous voulons faire ensemble. Nous pensons que redéfinir un projet européen à 27 est trop compliqué. Il faut redéfinir des projets européens à plusieurs si on veut aller très loin. Si on est capable d'aller très loin avec notre principal partenaire qu'est l'Allemagne sur le plan des politiques économiques, budgétaires et fiscales, il faut l'afficher très rapidement et mettre en place un plan de travail ambitieux. Fut-il à deux. Car s'il est à deux, il sera en réalité à quatre ou cinq, les pays du Benelux ne pouvant alors pas se tenir à l'écart.

Touteleurope.eu: Comment expliqueriez-vous le rôle que peut avoir votre think-tank sur les questions européennes ?

Jean-Paul Tran Thiet: nous sommes là pour proposer aux décideurs politiques nationaux et européens soit des choses auxquelles il n'aurait pas pensées spontanément, soit des choses qui leur paraissent trop compliquées à mettre en oeuvre tout de suite.

Au début de l'année 2003, nous avons publié un rapport "Europe Puissance". Nous y proposions déjà des coopérations à géométrie variable pour rendre le schéma institutionnel efficace. Certaines idées ont été reprises ou amplifiées par la Convention. Notre rôle est là : apporter des solutions, même quand elles sont considérées comme un peu utopiste.

En 2004, nous avons publié un document sur la question de l'impôt européen. A l'époque tout le monde pensait qu'il était contre-productif pour l'Europe de proposer un tel projet. Aujourd'hui le débat revient. A l'époque, nous faisions déjà remarquer que les ressources propres fonctionnent mal car elles sont trop contraintes par toute une série de prédispositions politiques. Nous voulons absolument que ce débat soit repris. Il est du reste relancer par la Commission européenne.

Les points de blocages qui existent au niveau politique, nous essayons de les identifier et de les traiter au niveau technique. Après les idées sont à dispositions, ce n'est pas nous qui décidons.

 

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