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L'inspirateur de Tony Blair donne sa vision de l'Europe

Actualité 05.11.2007

Le nouveau modèle européenConsidéré comme le théoricien de la "troisième voie" blairiste, le sociologue britannique Anthony Giddens est l'un des penseurs européens les plus influents des dernières années. La publication en France de son dernier livre vient opportunément alimenter la réflexion sur la réalité sociale européenne initiée par la Commission.

L'ouvrage propose un état des lieux de la pensée de Giddens sur les questions sociales à l'heure de la mondialisation, réflexion alimentée par les préoccupations récentes de l'auteur sur la nouvelle pauvreté. L'idée principale de Giddens est désormais connue : les mutations sociales des dernières décennies (progrès technologique, atomisation du marché du travail, montée de l'individualisme…) ont rendu inefficaces les leviers d'action traditionnels de l'Etat providence. L'Allemagne, la France et l'Italie, "sociétés bloquées", paieraient le prix de cette inadaptation aux mutations contemporaines, là ou d'autres pays européens ont su prendre la mesure du changement.

Pour l'ancien directeur de la London School of Economics, il ne saurait y avoir de progrès social sans croissance. Les pouvoirs publics doivent donc encourager le développement économique et favoriser l'accès à l'emploi : politiques d'éducation et de formation permanente, accompagnement des citoyens lors des périodes de transition entre deux emplois, ciblage des politiques redistributives sur les plus vulnérables... Ce que l'auteur appelle "protection sociale positive" et que traduit assez bien la notion de "flexisécurité".

Redéfinir le modèle social européen

Sur le plan européen, Giddens regrette l'absence de réflexion sur "l'évolution des classes sociales, des inégalités et des clivages sociaux" – l'ouvrage a été écrit avant que la Commission ne lance son enquête – alors que "la protection sociale est au cœur des inquiétudes ressenties par les citoyens confrontés à la mondialisation".

L'auteur prend la défense de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi, dont il regrette les insuffisances, et qu'il souhaite voir renforcée par des objectifs sociaux et environnementaux. Il pointe les disparités régionales au sein de l'UE, que la dynamique du marché commun a parfois contribué à aggraver. Pour autant, il se déclare opposé à l'idée d'un salaire minimum européen, une mesure jugée inefficace. Pour les régions les plus pauvres, la solution passe à ses yeux par le basculement vers une économie de la connaissance et des services.

Nullement pessimiste malgré l'ampleur des défis soulevés, Giddens voit dans la période actuelle une occasion unique de "reprendre des forces sur le plan économique et d'être à l'avant-garde des changements". Il souligne à ce titre l'importance de la "modernisation écologique", "où l'Europe a les capacités de devenir un leader mondial". Mais le rebond européen passe surtout par la réforme et la redéfinition d'un modèle social qui constitue pour l'auteur le principal atout des Européens.

Peu connues en France, les idées d'Anthony Giddens n'en exercent pas moins une influence majeure sur les décideurs européens – perceptible dans le rapport sur la réalité sociale européenne du Bureau des Conseillers Politique Européenne de la Commission – qui pourrait s'avérer déterminante sur les politiques sociales de demain.


Anthony Giddens, Le nouveau modèle européen, Hachette Littératures, 2007